Il y a deux semaines de ça, ma douce et moi descendons le flanc boisé derrière la maison pour aller cueillir des poires et des mûres. Nous suivons ces temps-ci un régime quasi-végétarien et sans alcool, histoire de perdre quelques kilos superflus — et ça marche. J’ai pris le fusil en .22, au cas où un gros lièvre d’automne montrerait son nez, et comme à chaque sortie de chasse, j’ai à ma ceinture mon 1911 Kimber chambré en 10 mm. Après tout, la saison de chasse au cheveuil n’est pas encore terminée, et un cochon sauvage pourrait croiser notre chemin. Et on ne sait jamais — j’ai trouvé à deux reprises des carcasses de chevreuil abandonnées par des braconniers nocturnes. Les coupables se sont enfin fait épingler il y a un mois — sept ouvriers agricoles qui apparemment aimaient à abattre leur gibier en l’éclairant de nuit et l’abattaient avec des fusils de .22, un calibre illégal pour la prise de gros gibier, mais relativement silencieux par rapport aux percussions centrales. Leur statut de clandestin combiné à des offenses commises avec des armes à feu (leurs fusils étaient chargés dans le véhicule) va leur valoir une reconduite à la frontière une fois leur peine écoulée.

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Pour ne pas avoir tenu ce blog à jour. Bah oui, je me sens coupable. Sans doute vis-à-vis de moi-même, surtout.

Je travaille sept jours sur sept, ces temps-ci. La semaine, je suis sur une mission temporaire pour une boîte du FiDi qui relance une trentaine de sites web pour ses filiales (la localisation est ma spécialité côté tech). C’est typique du genre de projet que je gère depuis une quinzaine d’années. Je suis à San Francisco deux à trois jours pendant la semaine, et le reste, je bosse de la maison, dans le comté de Lake, à deux bonnes heures de route.

Le week-end, je bosse toujours pour Gregory Graham Wines, où je tiens la salle de dégustation, et je conseille Greg en matière de marketing, social media, et tout le tralala que les domaines vitivinicoles doivent désormais maîtriser pour se maintenir sur le marché. Cela dit, les vins de Greg sont tous excellents, donc faciles à écouler. Mais il faut travailler sur la reconnaissance de la marque, sachant que la distribution hors Californie est quasi-inexistante, à l’exception de deux ou trois autres états (la faute au three-tier system imposé à la fin de la Prohibition, très défavorables aux petits domaines).

Et puis je continue à bosser en traducteur indépendant, notamment pour la localisation d’applications mobiles et de sites web. Ça me tient occupé le soir ou tôt le matin.

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cochon

Les cochons étaient prévenus. Mais ils ont la mémoire courte. Il y a seulement un mois, à 10 heures et demie du soir, mon fermier de voisin Tad avait décoché un chargeur entier dans la direction du troupeau de cochons qui venait faire la teuf autour de sa maison (sans doute attirés par l’irrigation). Le bilan avait été conséquent : trois morts, et un blessé qui s’était sauvé en boitillant.

Les cochons sauvages sont une calamité. Il ne s’agit pas d’une espèce endémique de sangliers, mais de cochons retournés à l’état sauvage, et se reproduisant à une vitesse effrayante. N’ayant aucun prédateurs, ils peuvent faire de gros dégâts, retournant la terre à la recherche de glands, noix, patates ou autres racines. Certains les accusent aussi d’être à l’origine de contaminations bactériennes de certaines cultures.

Bref, les cochons sauvages n’ont pas beaucoup d’amis aux États-Unis. À tel point qu’en Californie, c’est le seul gros gibier pouvant être chassé toute l’année. Il vous suffit d’un permis de chasse et d’une pig tag — une vignette dédiée coûtant 20,52 dollars.

Évidemment, après, il faut les trouver. En Californie, plus de 95% des prises de cochons sauvages ont lieu sur terrains privés. Certains propriétaires organisent des chasses sur leurs terres, coûtant souvent pas moins de 500 dollars la journée. La chasse la nuit est interdite, sauf si les cochons sont en train de créer des dégâts. De nombreux chasseurs américains se passionnent pour la chasse au cochon, n’hésitant pas à faire des centaines de kilomètres pour trouver un endroit propice.

D’une certaine façon, j’ai de la chance. Les cochons aiment mon jardin. Il y a deux jours, alors que j’inspecte les ruches dont l’activité est en pleine explosion (printemps oblige), Tad descend de son tracteur pour venir taper la discute. Il m’informe qu’il a encore vu un cochon — un solitaire, celui-là — il y a deux nuits de ça. Décidément, les porcins ont la mémoire courte. Je l’informe que je vais faire mes rondes le soir, car je n’ai pas envie qu’ils viennent faire basculer mes ruches.

Hier soir, il est seulement dix heures moins le quart, mais je décide d’aller faire ma ronde. Je prends le MAS 36 qui est toujours debout contre l’armoire, devant la porte, au cas où. Il a été fabriqué dans les années 50, et a, qui sait, peut-être vu la guerre d’Indochine ou celle d’Algérie. Il a été remis en excellente condition par l’arsenal de Lille en 1976, puis importé par un distributeur américain. Le MAS 36 fut populaire dans les années 80 et 90 aux États-Unis : il était très bon marché, et chambré dans un calibre idéal pour le gros gibier. Certains armuriers en convertirent même en .308 (7,62 × 51 mm OTAN), l’un des calibres les plus populaires parmi les chasseurs du pays. C’est un fusil court, simple, et parfait pour la chasse au cochon ou au sanglier. J’ai acheté le mien à un type qui ne l’avait même jamais sorti de son emballage, le fusil toujours enduit de sa cire anti-rouille made in France.

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Samedi matin, le sud du comté était toujours privé d’électricité suite à la tempête de neige qui déposa une bonne couche de blanc. Impossible d’ouvrir la salle de dégustation au public. Pas grave, j’ai apporté ma planche.

DJ's
DJ's

Diamond Jim’s est un vieil établissement dans la ville de Ukiah, dans le comté voisin de Mendocino. Détruit par un incendie suspect il y a un an, le magasin a réouvert dans le bâtiment voisin il y a quelques mois.

Un prospectus a échoué dans la boîte aux lettres l’autre jour, dont les recto et verso confirment que l’enseigne reste fidèle à ses deux spécialités : armes à feu et spiritueux.

Only in America.

honeys

J’ai depuis ce printemps deux rucheraies. Deux ruches dans la région des Red Hills, et trois à la maison. Avant-hier, j’ai pour la première fois récolté le miel d’une de ces dernières. Grosse surprise.

Le miel des Mayacamas où j’ai mes ruches depuis trois ans est épais et ambré. Son goût riche rappelle celui des raisins à côté desquelles les ruches sont établies, même celui récolté il y a seulement deux mois, alors mêmes que les vignes étaient à peine en fleur. Les abeilles là-bas butinent la manzanita, les chardons et les fleurs de pins de cette région montagneuse au sol volcanique. Mais le miel des deux cadres que j’ai extrait avant-hier de la ruche numéro 6 située à côté de la maison est très différent.

D’abord, il est beaucoup plus clair, et plus liquide. Mais surtout, son arôme est radicalement différent. « Il a un goût de poire », me dit ma douce, après avoir caressé son doigt sur le cadre dégoulinant de miel que je viens de voler à la ruche mauve. Elle a raison. Je m’attendais à des saveurs différentes, puisque j’ai installé les trois essaims juste en face de plants de lavande. Il y a certes également une demi-douzaine de pieds de vigne, sans parler de la sauge, du romarin, des mûres, du génévrier et de nombreuses autres fleurs semi-sauvages.

ruche verte

Mais elle a raison : ce miel clair a des saveurs de poire, et semble un rien moins sucré que celui des Red Hills. En contrebas, dans la vallée, il y a une poiraie de plusieurs hectares, exploitée par notre voisin Tad, qui prend aussi gentiment soin de tondre notre modeste noyeraie en même temps qu’il entretient la sienne. Apparemment, les abeilles se sont fait une joie au printemps de butiner les poiriers en fleurs, et leur miel reflète leurs efforts. Ma douce adore le nouveau miel, qu’elle semble même préférer à celui l’autre, qui se vend cependant comme des petits pains parmi nos connaissances (je récolte désormais suffisamment pour pouvoir le vendre, mais pas encore assez pour démarcher les commerces du coin).

La différence est fascinante. Nous échangeons un pot de miel chaque saison avec des connaissances de Berkeley qui ont une ruche dans la ville. Leur miel est également très différent. Très crémeux à l’automne (comme l’est souvent le miel de cette saison), presque blanc, et très clair et liquide dans le dernier pot qu’ils nous ont donné.

Ce qui est clair, c’est que je récolte un miel excellent des deux endroits où j’ai des ruches. Pourvu que ça dure. Rien de tel qu’une cuillère de miel maison dans un thé à la camomille avant d’aller se coucher.

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