Samedi, bien que Français exilé aux États-Unis depuis douze ans, je vais faire mon devoir de citoyen, et voter. Je pousse ça loin : je vais carrément quitter le boulot (un événement qui se termine à 18 h) pour descendre jusqu’à San Francisco (un trajet de plus de deux heures), où ma douce et moi avons réservé une chambre d’hôtel. Le lendemain, à 8 heures pétante (enfin plus ou moins, c’est un samedi, faut pas déconner), je me rendrai au bureau de vote situé pour moi au 150 Oak Street, l’adresse du Lycée franco-américain de San Francisco. Je ne traînera pas, car à 11 heures je dois être de retour à Lower Lake pour vendre du pinard. Ma douce restera elle sur SF pour profiter du temps quasi-estival dont la Baie devrait bénéficier ce week-end.

Pour une raison que j’ignore (et sur laquelle je vais m’empresser d’enquêter), les Français des comtés de Marin, Sonoma et Napa votent à un bureau de vote situé à Corte Madera, ce qui est bien pratique pour eux. Mais tous les Français situés dans les comtés plus au nord (dont le mien, celui de Lake) doivent se rendre plus au sud, à San Francisco. Ça n’a aucun sens et contredit le mot d’ordre de la participation. La bureaucratie à l’état pur.

Maintenant, pour qui voter ? Peste ou choléra ? À la dernière présidentielle, j’avais voté Bayrou au premier tour, sans grand enthousiasme, mais c’est au moins le seul du groupe dont la plupart des idées ne me filent pas la nausée ou lever les yeux au ciel. En plus, c’est le seul avec qui je prendrais bien une bière. Au second tour, j’avais voté Sarkozy, ou plutôt contre Royal. Je ne faisais aucune confiance au petit Nicolas, mais l’alternative me semblait assez terrifiante.

Ce coup-ci, ça va sans doute être à nouveau centre mou au premier tour. Bah oui, je ne me vois pas voter pour Sarkozy, dont j’abhorre les idées (à l’exception peut-être de sa politique extérieure), ni Hollande et son « changement » franchement vague. Alors c’est clair, j’aime beaucoup les idées sociales de Mélenchon, mais pas du tout certaines de ses idées sur l’économie ou l’Europe. Sans doute parce que je suis un brin libertarian, soucieux des libertés individuelles, mais loin d’être pour autant anti-capitaliste. Au second tour, j’ignore franchement pour qui je voterai. Mais je n’ai pas de paranoïa extrême vis-à-vis de François Hollande, dont le programme franchement vague me suggère qu’il pourrait s’agir de Tonton II. Là où cependant je reste inquiet, c’est que contrairement à ce que j’entends ici et là, je ne vois pas dans le candidat socialiste un Tony Blair à la française. Même si ses idées sur l’économie sont dans l’ensemble relativement raisonnables (en tout cas par rapport à celles des autres candidats de gauche), je vois mal comment Hollande pourrait devenir un travailliste progressiste à la française. Même si les législatives le forcent à la cohabitation. Mais qui sait. Ce cycle électoral pourrait être ce qui force enfin le Parti socialiste à rompre avec son passé révolutionnaire et marxiste. Il est temps, après tout.

Pour les législatives, justement, ça va être une première pour les Français de l’étranger. Nous votons cette année pour un représentant à l’Assemblée nationale pour l’Amérique du Nord. Et nous pouvons voter via internet. Comme les Français inscrits auprès de leur consulat, j’ai reçu nombre de courriels provenant des différents candidats, et franchement, j’y perds mon latin. Il y a de tout, y compris un gaulliste de la vieille garde. Celle qui m’a fait le plus rire est Claire Savreux, la candidate du Front national. Se présentant comme une ex-fonctionnaire de police qui est aussi une amoureuse des bêtes (ça doit être un thème fort à Saint-Cloud, depuis que Brigitte à épousé un Fronteux), la bonne dame s’affole de « l’immigration [qui] a pris une ampleur inquiétante ». Et là je n’ai pu m’empêcher de rire. Pauvre Claire. Tu vis aux États-Unis depuis quatre ans. Tu sollicites un mandat de plusieurs années représentant les Français vivant en Amérique du Nord. Tu es toi-même une immigrée.

Commentaires

4 commentaires sur “Peste, choléra et incertitudes”

  1. nico@hou le 20 avril 2012 19:22

    J’ai vécu quelque chose de similaire quand j’habitais Hawai’i: J’avais fait le décompte des voix (pas trop durs il y avait à peu près 90 votants), et il y avait 2 personnes qui avaient voté front nationale! Pour les mêmes raisons qu’énumérées ici, cela m’avait fait halluciner.
    “J’ai un ami qui est xénophobe. Il déteste à tel point les étrangers que lorsqu’il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter !” Raymond Devos

  2. Jean Paul Mercier le 5 mai 2012 19:55

    Quelle espece d’immigrée? Une immigree qui ne s’integre pas dans la societe ou un immigre qui apporte quelque chose au pays d’accueil?

    Mon pere etait un immigrant Francais aux Etas-Unis. Ils ont completement cesse de parler le Francais a la maison. Il a fait son service militaire Americain et il n’a jamais touche une allocation sociale de sa vie et il a commence avec rien. Il s’est integre dans la societe. Il a cree de l’emploi pour des centaines d’Americains.

    Ironique que vous ayez un blog en Francais aux Etas-Unis. What’s the matter? Can’t seem to get the hang of living in America? Do you have a blog in English? You have been here over 6 years already!

    Beaucoup d’immigrants en France touche des allocations et restent des chomeurs. Le pays n’a plus les moyens de continuer cette folie. Marine Le Pen et Claire Savreux ont raison. Je suis sur que Claire Savreux ne touche aucune aide de l’etat et qu’elle suit attentivement les regles des Etas-Unis. Avant de les critiquer, combien d’immigres avez vous chez vous? C’est bien facile d’etre genereux avec l’argent des autres. Je craint que La France n’embrasse le meme destin que la Grece. Dommage c’est un beau pays.

    Je trouve franchement dommage que votre père ait cessé de parler français à la maison une fois arrivé aux États-Unis. C’est typique du complexe de certains immigrés, qui se veulent plus royalistes que le roi. On peut se déclarer américain, on peut se sentir américain sans pour autant renier sa langue maternelle et ses origines. Certains parents adoptent cette attitude, craignant que leurs enfants ne s’intègrent pas correctement. C’est généralement une crainte mal placée, car les enfants, même s’il parlent une autre langue à la maison, n’auront aucun mal à en parler une autre à l’école ou dans la rue. Je connais d’ailleurs plus d’un Américain qui regrette amèrement que ses parents ne lui aient jamais appris leur langue maternelle.

    Ce blog est en français… parce qu’il est en français. C’est le regard d’un Français vivant aux États-Unis, partageant son expérience avec d’autres francophones. Je ne sais pas pourquoi je le justifie, puisqu’après tout, je parle et j’écris en anglais 99% du temps. Ce blog est en français car c’est un lien avec ma langue et mon pays maternels. Certains immigrés décident d’abandonner leur héritage lorsqu’ils arrivent dans un autre pays. Pas moi. Je ne vois pas en quoi il est incompatible de vivre aux États-Unis, pleinement “intégré” (whatever the fuck that means), sans pour autant renier mon héritage ou ma langue. Je n’ai pas de complexe. J’ai trouvé mon identité, mon chemin, et ce que j’apprécie dans ce pays, c’est la liberté qu’il offre à quiconque d’être ce qu’il a envie d’être (cela reste un combat pour certaines minorités, mais les choses progressent dans le bon sens). Je conchie les lepénistes à cause de leur obsession pour leur idée d’une certaine France qui pue le passéisme et la xénophobie. Ce que j’aime aux États-Unis, c’est la liberté garantie (en théorie) par sa Constitution et ses amendements. Au cours des dernières décennies, les législateurs et dirigeants français se sont engagés dans une série de lois liberticides et sécuritaires qui me révoltent.

    La France a toujours connu des vagues d’immigration. Et ça continuera. Oui, il y aura plus de minarets. Oui, il y aura davantage de boucheries hallal. Il faut vous y habituer. Ces musulmans seront aussi français que les catholiques bretons. Tout en n’oubliant pas que cette “intégration” qui obsède une certaine droite, elle ne se fera pas à coup de lois, mais naturellement, au cours de plusieurs générations. Et qu’il ne s’agira pas tant d’une intégration que d’une fusion.

    Des immigrés en France touchent des allocations chômage. Et il y a aussi des immigrés qui travaillent, ou qui sont chômeurs et préfèreraient travailler. Mais ceux-là, les lepénistes n’en parlent jamais. Sauf de temps à autre, avec une condescendance néo-colonialiste puante.

    En passant, préparez-vous également à une réforme de l’immigration aux États-Unis. Et si, elle nécessitera une amnistie pour beaucoup d’entre eux. Là aussi, il faudra vous y faire.

  3. Nanarf le 7 mai 2012 4:20

    @Jean Paul Mercier
    Je ne voudrai pas dire de bêtises mais je suis persuadé que tous les Étasuniens sont des immigrés (à l’exception des Indiens)

  4. Michel le 23 mai 2012 18:39

    Pas mal du tout le titre pour les elections…. 8h du mat le samedi… ici aussi. Si je suis encore a SF a la prochaine election… nous vous invitons, histoire de parler français.

    Pffft, 30 ans en Septembre… je l’ai presque perdu mon français, quand je venais a Paris les gens me disant que mon français etait presque parfait… sans accent, je pedale quelque fois… cherchant mes mots.

    Je me demandais qui avait recu des infos sur les legislatives…. Ici rien.

    Une plethore de candidats, mais surtout de Partis vagues… La reference “autres” ou “divers droite” me rend perplexe… pour ne pas dire “de qui se moquent-ils” restons poli.

Laisser un commentaire