Pas de neige ? Pas de problème, un Père Noël gonflable fera l’affaire. Petite promenade dans un quartier très middle class de Sarasota.

Ils sont moins visibles que les Mexicains qui servent souvent de têtes de turc aux racistes et xénophobes, mais il y a aussi aux États-Unis des Français en situation irrégulière. Ici, l’histoire de Murat, qui vient d’être arrêté à San Francisco par les services d’immigration pour avoir dépassé le temps qui lui était alloué par son visa. Le reportage, publié sur Mission Loc@l, est signé Brooke Minters et Nina Goodby.

L’aéroport de Sacramento est à seulement deux heures de route de chez nous. Celui de San Francisco est à presque trois heures, sans compter le trafic. Et le stationnement longue durée dans l’aéroport de la capitale est de seulement 9 dollars par jour.

Southwest Airlines est un peu l’équivalent aérien des magasins Target. Ou Costco. J’aime le système d’embarquement, par groupes. Pas de sièges attribués. Le service est archi-minimaliste — comme dans la plupart des vols domestiques ces temps-ci — mais le personnel est sympathique. L’hôtesse parsème les consignes de sécurité soporifiques de blagues gentiment vaseuses.

Connexion à Vegas. Seulement une demi-heure entre les vols. Nous avons préféré courir ce risque, plutôt que de devoir changer d’avion dans le Midwest ou les Rocheuses, souvent paralysés par les tempêtes de neige. Cette période de fêtes ne fait pas exception. Mais pas de problème à Vegas. J’ai même le temps de perdre deux dollars dans un bandit manchot. Southwest arrive à incruster dans le 737 quelques malheureux d’un autre vol qui risquent de ne pas rejoindre leur destination pour la veille de Noël. Nous avons inclus un change de vêtements dans nos bagages de cabine au cas où nos valises ne nous suivraient pas lors du transfert.

Arrivée sans encombres à Tampa, où le blouson est désormais facultatif. Sacs de golf sur le carrousel. Une boîte de préservatifs Trojan entre deux bagages fait rigoler les passagers qui attendent. Même nos valises ont réussi leur connexion. Snack de minuit à Sarasota : bagels comme on en trouve peu sur la Côte ouest, hareng émincé, salade de patates, cornichons kosher.

Veille de Nöel. 25 degrés (centigrades). Un voisin dans le quartier de la belle-famille gonfle un Père Noël sur une moto, trônant progressivement sur une pelouse fraichement coupée. Le jardin d’une autre résidence a des airs de parc d’attraction, où je compte quatre Santa Clauses, pas moins, et trois bonhommes de neige. Le tout inclut même un chariot gonflable dont les roues motorisées tournent. D’autres voisins choisissent d’ignorer les bonhommes de neige gonflables et autres paganeries bigarrées pour une crèche bien kitsch. Nous sommes, après tout, à l’extrémité sud de la Bible Belt.

Ma douce arrive à me convaincre d’aller au gym que fréquente son frère. Mon argument selon lequel j’ai oublié des chaussures de sport ne tient plus lorsqu’elle me déniche une paire de Saucony bradée à 40 dollars chez Sports Authority. Elle a raison : voilà près de six mois que je ne fais plus vraiment d’exercice — ça n’est pas le jardinage et le bricolage autour de la maison qui va vraiment remplacer. Après une bonne demi-heure de Stairmaster, j’enchaîne sur les machines. Je me suis ramolli en quelques mois. Je travaille les biceps, triceps, pectoraux et le deltoïde. Un vieux monsieur qui doit bien avoir au moins soixante-dix ans mais encore bien en forme drague ma petite femme. Choc générationnel amusant : il commence à lui parler sans remarquer les oreillettes de son iPod.

Le soir, il est l’heure pour ce que ma douce appelle un Jewish Christmas Eve dinner : bouffe du chinois du coin, family style. On se passe les boîtes autour de la table, commentant sur les sauces ou la cuisson des viandes. Une sauce à la moutarde surépicée m’arrache complètement.

A dix heures, sortie avec des amis du coin dans un bar de Sarasota, l’un des rares ouverts à la veille de Noël. Situé à la frontière entre deux quartiers, l’un majoritairement blanc, l’autre pauvre et noir, c’est l’un des rares endroits de la ville où la clientèle se mélange. Reggae et cuba libre. À deux heures du mat, nous raccompagnons une copine bien gaie à sa porte.

Le chinois me torture pendant la nuit. Mes brûlures d’estomac nocturnes (heureusement rares) s’accompagnent généralement de cauchemars, rendus pires encore par le fait que je viens de finir de lire American Psycho.

Noël. Je me lève tard. Bagel au sel. Petite pluie dehors, mais lorsqu’elle s’arrête je me balade en t-shirt dans le quartier. Les décorations festives en plastiques sont toutes dégonflées. Est-ce normal ? Seront-elles plus tard regonflées ? Ou des vandales armées de fléchettes ont-elles sévi pendant la Sainte Nuit ? (Ma douce me raconta un jour comment, pendant ses années terribles, elle et son frère avaient kidnappé un énorme bonhomme de neige gonflable du gazon d’un voisin grincheux pour le trimballer à travers la ville à l’arrière d’un pickup, avant de l’abandonner lâchement dans un parking sordide.) L’un des neveux et le grand-père sévissent déjà sur la Wii.

Ce soir, ce sera un dîner de Chrismukkah typique : dinde, latkes, bouquets, kugel, broccoli, maïs. Pour le dessert, qu’on arrosera d’un vin de glacière des Finger Lakes, deux tartes provenant de la cuisine de Yoder’s, l’un des restaurants amish du coin. Un chocolate cream, et l’autre, à ma requête, key lime. Nous sommes en Floride, après tout.

Happy Chrismukkah.