viande
Un cauchemar de végétarien.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

C’est décidé. Nous n’achetons plus de viande produite de façon industrielle, ou dont nous ne connaissons pas la provenance exacte.

Ça n’est pas tout à fait une décision soudaine. Voilà un moment déjà que nous n’achetions plus de viande dans les supermarchés, où la provenance n’est généralement pas indiquée. Nous faisions quelques exceptions ici et là, pour les saucisses et le bacon.

Nous allons donc faire une expérience alimentaire, et limiter nos achats en viande à des produits dont la qualité et la provenance ne seront pas un mystère : pour le bœuf, nous avons deux sources, la Ukiah Food Coop (dont nous sommes membres), qui revend la viande d’un éleveur local, dont les bovins sont exclusivement engraissés au pâturage, et un ami qui s’est récemment lancé dans une aventure similaire.

Nous faisons également une étape régulièrement dans un ranch du comté de Mendocino, sur la route de Ukiah, qui élève des bisons — en pâturage, évidemment. La viande est particulièrement goûteuse, et beaucoup moins grasse que le bœuf, même élevé dans des conditions similaires. Le top sirloin est excellent. Les prix varient entre 5 et 12 dollars la livre, selon la coupe.

Pour le porc, nous avons acheté une « part » de porc (pork share) à Riverdog Farms, dans la Capay Valley, dans le comté voisin de Yolo. Le colis est une combinaison de côtes, roast, entrecôtes, épaules, porc haché et saucisses, coûtant 7 dollars la livre. Les animaux sont certifiés biologiques et élevés en plein air.

Pour la volaille, là encore, ce sera la coopérative de Ukiah, chez laquelle nous commandons également nos dindes de Thanksgiving chaque année, en l’occurence deux oiseaux élevés en plein air par Willie Bird, une entreprise familiale de Santa Rosa.

Tout ça va aller dans le congélateur que j’avais acquis l’année dernière pour 50 dollars, et qui, pendant la saison chaude, sert de cave à vin d’appoint grâce à un thermostat.

Pour le bacon, j’ai demandé à Jeff, un ami du coin, s’il peut nous fumer régulièrement un peu du porc que nous recevrons. Il s’est l’année dernière payé un nouvel enfumeur et est vite devenu un expert en la matière.

Pour les saucisses, ma douce va s’y mettre. Nous allons acheter l’attachement dédié pour le mixeur KitchenAid de yuppie que nous nous sommes enfin offerts.

Je caresse aussi l’ambition de construire un petit poulailler pour une paire de volailles pour nous approvisionner en œufs, mais vu notre situation incertaine (nous ne sommes que locataires, et je recherche du boulot, ce qui pourrait entraîner un déménagement à terme), le projet attendra — ça n’est de toutes façons pas la meilleure saison pour acheter des poules. Un fermier à quelques minutes de route vend une douzaine pour 2,50 dollars.

Tout ça n’est pas donné. La viande étiquetée organic (biologique) ou natural (une désignation très vague et souvent exploitée par des marketeurs sans vergogne ni conscience) coûte cher. Nous allons donc réduire notre consommation de viande, mais uniquement acheter des produits animaux de qualité, et élevés dans un rayon de 40 à 70 miles (60 à 100 kilomètres environ). Après tout, la viande était autrefois d’un luxe. Ma petite femme a même décidé de nous abonner pour quelques numéros au Vegetarian Times à titre d’essai.

Sommes-nous sur le point de devenir végétariens ? Attendez la suite.

Je suis sur le point d’obtenir mon permis de chasse. Ironiquement, lorsque je vivais en France, je n’avais que peu de sympathie pour les chasseurs, alors même que la plupart des hommes dans ma famille, à l’exception de mon père et mes grand-pères, pratiquaient cette occupation. Il faut dire qu’ils ne cachaient pas leur haine pour les chats, qu’ils tuaient régulièrement, les voyant comme des concurrents pour les faisans ou les lièvres lâchés sur les terres du village à chaque début de saison. J’avais du mal à y voir un véritable sport, et en quoi ils jouaient un rôle écologique quelconque.

Notre coin de Californie offre un paysage très différent de celui de mon Île-de-France natale. Canards et oies sont omniprésents autour du lac, nullement menacés d’extinction (seuls les hérons, grues et cygnes sont protégés). Le comté est réputé pour ses dindes, qui paradent chaque matin dans notre jardin ou notre verger. Les lièvres pullulent, et la population de chevreuils a explosé et est devenue un véritable problème, attirant les cougars dans les zones résidentielles.

Évidemment, mon Remington 870 Wingmaster tout neuf ne garantit absolument pas un gibier quelconque. La saison des sauvagines, des pigeons et des perdrix se termine à la fin janvier. La chasse automnale des dindes commence demain mais ne dure que deux semaines. Et il est trop tard pour obtenir un permis de chasse au chevreuil. En attendant le printemps, reste la chasse au lièvre, qui est ouverte toute l’année, et ne nécessite pas de permis spécifique. En plus, c’est plus facile à préparer que de plumer un canard.

Ma récente décision d’obtenir un permis de chasse m’a valu pas mal d’étonnement ou de commentaires (souvent négatifs) de la part de pas mal de mes connaissances hors du comté (tout comme mon intérêt pour les armes à feu en général). Il est vrai que l’image des chasseurs américains est encore bien entachée de stéréotypes plutôt négatifs.

Pour moi, la démarche est finalement l’aboutissement de notre nouvelle éthique alimentaire (ouh, les grands mots). Nous ne sommes pas végétariens, mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas savoir d’où vient ce qui est dans notre assiette. Je doute que mes talents de chasseur, qui restent à prouver, suffisent à nous nourrir. Mais nous sommes toujours heureux de recevoir des morceaux de venison d’amis chassant le chevreuil, et j’aimerais obtenir la même satisfaction à traquer ma viande que j’ai à faire pousser mes haricots.

Commentaires

9 commentaires sur “Le dilemme du carnivore”

  1. Sophie le 13 novembre 2009 23:02

    bravo.
    et pour la chasse, c’est tres simple: si tu arrives a faire mouche et a donner une mort decente a la bete que tu as choisie AVEC SOIN (pas un bebe, pas une maman qui porte) … alors tu ne fais que retourner dans le cycle naturel de la chaine alimentaire …

    Accessoirement, maltraiter des betes pour les engraisser, et les forcer a une mort certaine et indigne, sans donner la moindre chance a la bete de s’echapper (du chemin de l’abatoir) n’est franchement pas mieux que la chasse.

    (note: je suis contre les armes, et encore plus contre la chasse jeu. Si au contraire vous mangez la bete, en entier, alors je m’incline)
    (note2: les poules, c’est beaucoup de pertes a la nature… meme en ville ou elles se font bouffer par des raccoons [?]. Ce n’est pas une experience a prendre a la legere, et ce n’est pas si facile que ca)

    La chasse en Californie est fortement réglementée et porte une grosse attention à l’éthique. On n’est par exemple pas censé tirer sur une bête à moins d’avoir une bonne chance de la tuer net, et on ne tire pas non plus s’il y a un risque de blesser un autre animal trop proche, ou un animal qu’on a pas le droit de chasser. Pour les chevreuils, on ne tue évidemment pas les jeunes, et on ne peut pas dans mon comté chasser les biches, seulement les mâles adultes (une véritable aberration que désapprouvent les biologistes de l’état, car elle relève du sentimentalisme et non d’une logique scientifique, et contribue ici à la surpopulation qui entraîne à son tour la mise en danger de cougars qui chassent les cervidés dans des zones trop proches des humains). Il n’est pas illégal de tirer sur des sauvagines sur l’eau ou des dindes au sol, mais c’est très mal considéré par la communauté des chasseurs. La chasse en Californie fera l’objet d’une page spéciale d’ici peu. — Arnaud

  2. Dolce le 16 novembre 2009 6:40

    Belle demarche globale vers du manger et vivre plus sain…
    Mon papa est chasseur “responsable” egalement et tant qu’on ne parle pas des zouaves qui tirent sur tout ce qui bouge, je trouve la demarche correcte.

  3. Le Piou le 17 novembre 2009 11:03

    J’espere jsute que t’es un “bon chasseur”… Bon, pass’que le “mauvais” chasseur…
    Ceci dit, je ne peur m’empecher de classer cette decision comme “temporaire” uniquement ou alors dans la categorie “tant qu’on est des DINKS”…
    Pass’que c’est bien beau de chasser pour se nourrir de facon responsable…
    Encore faut-il avoir… Le temps…

    Bande de fumiers! ;-)

    Ha ! Tu as raison sur le fait que la chasse n’est pas franchement possible pour une famille qui a des enfants en bas-âge. Mais une fois qu’ils grandissent… Dans ma classe, plus de la moitié des élèves sont des enfants (dont certains ont l’âge du Piou), et la plupart d’entre eux sont accompagnés de leurs parents. C’est un passe-temps familial pour beaucoup d’entre eux dans le coin, où toute la famille participe. Il y a même des petits fusils de chasse roses pour les filles. — Arnaud

  4. Michel le 17 novembre 2009 19:56

    Tes articles sont toujours un plaisir à lire.

    Les grandes entreprises agricoles ont sans doute permis de nourrir une multitude à bas prix mais à quel cout… pour la santé.

    Ici à SF on a de la chance le boucher/poissonier local affiche la provenance et la nature de ses produits: frais, surgeles, sauvage, elevage.

    De plus le samedi matin nous avons le marche, pas celui pour les touristes au ferry terminal mais le people market a Alemany ou toutes les couches de la population se melent pour se procurer les denrees des comtes avoisinants… de San Mateo jusqu’a Fresno

    Memes des huitres et des crabes frais en saison.

  5. carrie le 3 décembre 2009 10:20

    Putain, c’est incroyable de lire des conneries pareilles, devenir chasseur pour faire des économies, sache pauvre merde que être végétarien coute beaucoup moins cher et est très sain pour la santé, au plaisir de voir un cerf te niker ta gueule de sale con de français, j’espère aussi que l’américaine qui ta épouser te lourdera vite fait

    Chère lectrice,
    Non, il ne s’agit pas vraiment de faire d’économies (vous avez dû mal lire ce billet). L’investissement nécessaire pour chasser ne risque guère d’être rentable à moins de chasser régulièrement et avec talent pendant au moins quelques années. Il s’agit surtout de savoir d’où vient ma viande, et de goûter à une expérience qui me rapproche de la nature d’une façon viscérale — je ne suis d’ailleurs pas le seul qui aux États-Unis suit une telle démarche. Non, je n’ai aucune envie de devenir végétarien. Manger de la viande est aussi sain pour la santé, du moment qu’elle est saine — pareil pour les fruits et légumes, dont la quasi-totalité chez nous sont biologiques et proviennent de la région. Dans tous les cas, votre réaction est preuve que le végétarianisme ne garantit ni l’intelligence, ni la politesse. J’aime ma viande, et je n’y renoncerai pas sous prétexte de satisfaire l’anthropomorphisme de certains militants. Si un cerf me « nique la gueule », ma foi voilà une histoire intéressante que je m’empresserai de raconter sur ce blog. Quant à l’Américaine, c’est trop tard, nous sommes déjà mariés. — Arnaud

  6. Yann le 3 décembre 2009 14:07

    Wow… difficile de faire plus extreme que ca comme commentaire. Surtout pour dire ca!

    Anyway, bonne continuation Arnaud, j’ai hate de lire les prochains billets.

  7. French Ketchup le 15 décembre 2009 0:23

    C’est une super idee mais ca va raquer!

  8. Joul le 15 décembre 2009 15:36

    En ce qui concerne la chasse, je n’ai rien contre les chasseurs mais je me sais incapable de chasser, ou même de manger de la viande provenant d’une chasse. Le fait est que la chasse est certainement moins cruelle envers les bêtes que l’élevage intensif et qu’elle garantit la traçabilité de la viande. Mais je ne peux pas m’empecher de me dire que contrairement aux animaux d’élevage, destinés dès la naissance a finir dans nos assiettes, un animal “sauvage” ne devrait pas subir une mort due a la “faim” ou l’envie de distraction d’un être humain. ( Sans doute le traumatisme Bambi )

  9. Remullus le 24 décembre 2009 1:25

    Hello,

    Je suis ton blog de temps en temps ( plus pour les références à SF qu’autre chose en fait ).
    Je dois dire que je suis plutôt étonné du passage peut etre végétarien à la chasse. Je n’ai personnellement rien contre la chance ( même si j’en ai la vision franchouillarde plus que grotesque ) et ca peut etre une façon de vivre plus naturellement. En fait, j’aurais plus tendance à trouver la façon de vivre vegetarienne comme anormalle ( protéine animale ne se retrouvant pas réellement ailleurs … Non une protéine végétale ce n’est pas pareille ).
    Dans tout les cas, rien que pour le gout tu dois sentir une véritable différence car la viande dont tu connais la provenance doit etre bien meilleure que celle de grande distribution.

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