Nous sommes sans doute l’un des rares foyers à recevoir à la fois les catalogues de Gump’s et Cabela’s. Le premier est le magasin très chic de Post Street, à la frontière entre les quartiers du Financial District et de Union Square. Le bon goût old money et les bibelots de décor nouveau riche s’y côtoient sans complexes. L’enseigne est une institution san-franciscaine plus que centenaire, qui jusque dans les années 40 était célèbre pour sa collection d’art oriental. L’autre est une chaîne fondée en 1961 et cotée à la bourse de New York, basée dans le Nebraska, et sans doute le plus gros détaillant d’articles de chasse et pêche du pays, qui possède même sa propre ligne de charcuterie.

Steiff

Sans doute preuve que le medium papier garde un avenir, ces deux magasins — ainsi que de nombreux marchands en ligne chez qui il m’arrive de commander — continuent à nous envoyer un catalogue à chaque saison.

Le catalogue de fin d’année de Gump’s est une orgie de figurines de Père Noëls exotiques et autres boules décoratives de sapin aux thèmes sinophiles — que dalle pour Hanoucca (il faut croire que seuls les Newsoms et Aliotos y font leur courses, et Feinstein et Boxer devront traverser la Baie pour trouver une ménorah à Afikomen).

Cible

Mais je m’égare. Chez Gump’s, vous pourrez vous offrir la peluche mohair en série limitée créée cette année par la marque d’origine allemande Steiff, un petit renne à bascule. Comme c’est mignon.

Mais si vous êtes plus rustique, vous pouvez à la place pour 24,99 dollars commander chez Cabela’s un chevreuil gonflable de 120 centimètres de haut pour servir de cible à vos enfants apprentis chasseurs (arc et flèches à pointe de caoutchouc vendus séparément).

viande
Un cauchemar de végétarien.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

C’est décidé. Nous n’achetons plus de viande produite de façon industrielle, ou dont nous ne connaissons pas la provenance exacte.

Ça n’est pas tout à fait une décision soudaine. Voilà un moment déjà que nous n’achetions plus de viande dans les supermarchés, où la provenance n’est généralement pas indiquée. Nous faisions quelques exceptions ici et là, pour les saucisses et le bacon.

Nous allons donc faire une expérience alimentaire, et limiter nos achats en viande à des produits dont la qualité et la provenance ne seront pas un mystère : pour le bœuf, nous avons deux sources, la Ukiah Food Coop (dont nous sommes membres), qui revend la viande d’un éleveur local, dont les bovins sont exclusivement engraissés au pâturage, et un ami qui s’est récemment lancé dans une aventure similaire.

Nous faisons également une étape régulièrement dans un ranch du comté de Mendocino, sur la route de Ukiah, qui élève des bisons — en pâturage, évidemment. La viande est particulièrement goûteuse, et beaucoup moins grasse que le bœuf, même élevé dans des conditions similaires. Le top sirloin est excellent. Les prix varient entre 5 et 12 dollars la livre, selon la coupe.

Pour le porc, nous avons acheté une « part » de porc (pork share) à Riverdog Farms, dans la Capay Valley, dans le comté voisin de Yolo. Le colis est une combinaison de côtes, roast, entrecôtes, épaules, porc haché et saucisses, coûtant 7 dollars la livre. Les animaux sont certifiés biologiques et élevés en plein air.

Pour la volaille, là encore, ce sera la coopérative de Ukiah, chez laquelle nous commandons également nos dindes de Thanksgiving chaque année, en l’occurence deux oiseaux élevés en plein air par Willie Bird, une entreprise familiale de Santa Rosa.

Tout ça va aller dans le congélateur que j’avais acquis l’année dernière pour 50 dollars, et qui, pendant la saison chaude, sert de cave à vin d’appoint grâce à un thermostat.

Pour le bacon, j’ai demandé à Jeff, un ami du coin, s’il peut nous fumer régulièrement un peu du porc que nous recevrons. Il s’est l’année dernière payé un nouvel enfumeur et est vite devenu un expert en la matière.

Pour les saucisses, ma douce va s’y mettre. Nous allons acheter l’attachement dédié pour le mixeur KitchenAid de yuppie que nous nous sommes enfin offerts.

Je caresse aussi l’ambition de construire un petit poulailler pour une paire de volailles pour nous approvisionner en œufs, mais vu notre situation incertaine (nous ne sommes que locataires, et je recherche du boulot, ce qui pourrait entraîner un déménagement à terme), le projet attendra — ça n’est de toutes façons pas la meilleure saison pour acheter des poules. Un fermier à quelques minutes de route vend une douzaine pour 2,50 dollars.

Tout ça n’est pas donné. La viande étiquetée organic (biologique) ou natural (une désignation très vague et souvent exploitée par des marketeurs sans vergogne ni conscience) coûte cher. Nous allons donc réduire notre consommation de viande, mais uniquement acheter des produits animaux de qualité, et élevés dans un rayon de 40 à 70 miles (60 à 100 kilomètres environ). Après tout, la viande était autrefois d’un luxe. Ma petite femme a même décidé de nous abonner pour quelques numéros au Vegetarian Times à titre d’essai.

Sommes-nous sur le point de devenir végétariens ? Attendez la suite.

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V
Des reptiles très séduisants.
Photo : ABC/David Gray. Tous droits réservés.

Dans la brillante re-création de Battlestar Galactica, les scénaristes et producteurs avaient gommé les images trop faciles. Le nouveau BSG avait gardé les robots clinquants, mais les cylons principaux étaient humanoïdes, plus humains même que nous (et coûtaient moins cher à filmer). Dans le nouveau V, qui débute mardi 3 novembre sur ABC, les Visiteurs n’ont plus ces ridicules uniformes rouges à épaulettes évoquant à la fois les Nazis et les Soviets. Ils semblent avoir accès à une garde-robe illimitée dessinée par Versace et Ralph Lauren. Ils s’expriment en plusieurs langues mais sans accent métallique, avec des phrases polies faites pour être reproduites entre guillemets par les médias. Le charisme semble être leur arme principale.

Un autre titre des années Reagan cristallisant la peur du bloc communiste, cette fois-ci sans s’embarrasser de métaphores, vient d’être remis au goût du jour dans les rues de Detroit : Red Dawn (L’Aube rouge).

Ah, les Wolverines. Un groupe de lycéens alaskains bottant le cul des troupes soviétiques et cubaines en organisant la résistance à l’envahisseur. Nul doute que ce film de 1984 a une place de choix dans le foyer Palin. Son réalisateur, le très patriotique et conservateur John Milius, inspira aux frères Coen le personnage de Walter Sobchak dans The Big Lebowski, incarné par le grand John Goodman.

Red Dawn est devenu l’un de ces films des années 80 qui brille involontairement par ses clichés, son invraisemblance et son message simpliste, en faisant un divertissement qu’on peut désormais regarder au second degré, s’amusant au passage de la coupe de cheveux d’un Patrick Swayze ou d’un Charlie Sheen encore boutonneux.

Les vidéos amateurs du tournage et les quelques informations qui ont filtré pour l’instant de la production montrent que les re-créateurs du film ont évidemment remis le scénario à jour. Les envahisseurs ne sont plus les Soviets, mais les Chinois, sans doute cherchant ainsi à prendre les rennes d’un pays dont ils contrôlent déjà la dette, mais qui ont cependant évidemment le soutien logistique des Russes.

Aube rouge
L’Armée rouge est là pour nous aider.
Photo : kmaz. Tous droits réservés.

Certes, la version 2009 de V semble être largement plus intelligente et subtile que l’original, encore que sa diffusion sur ABC risque de compromettre la complexité de l’intrigue — les dirigeants du network n’ont pas envie de perdre leur audience avec des personnages trop torturés ou des allusions historiques trop érudites. Le remake de Red Dawn semble ne pas s’embarrasser de second degré, et être avant tout un film d’action — le réalisateur, dont c’est la première mise en scène, a jusqu’ici fait carrière comme cascadeur. Les éléments graphiques de propagande qui ont filtré du tournage semblent cela dit plutôt créatifs, mais cela ne garantit rien quant à la qualité du film.

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