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oct
16
Bilan à J+21
Publié dans blog | 9 commentaires
Publiez sur Facebook, Twitter, deliciousTrois semaines depuis le coup de fil qui m’a mis à la porte (un vendredi, comme toujours — aux États-Unis, on vire le dernier jour travaillé, ça évite de pourrir le moral du reste des troupes épargnées pour le reste de la semaine).
Encore merci pour les encouragements et les suggestions d’envoi de CV (que j’ai je crois toutes suivies une fois que j’ai pu le mettre à jour).
La situation pourrait être pire. Ça n’est pas mon premier licenciement. Il s’agit en fait de mon cinquième. Si, si. Trois en France dans les années 90 — il faut dire qu’à l’époque je travaillais dans la presse, donc j’étais clairement masochiste — et, trois mois après le 11 Septembre, j’avais fait partie de la deuxième vague de licenciement touchant alors Yahoo!.
Cette fois-ci, j’ai quelques avantages par rapport à l’époque. L’expérience, d’abord. Ensuite, un statut d’immigration plus stable (un permis de travail valable pour presque un an, et mon mariage à une citoyenne américaine va me permettre d’obtenir un permis permanent en attendant la carte verte).
En 2001, j’avais senti le vent venir (la réduction d’effectifs avait été annoncée), et je m’étais renseigné sur mes options. Quelques jours après mon licenciement, je m’étais inscrit pour la session débutant à l’extension de Cupertino de l’Université de Californie à Santa Cruz. Cela m’avait permis de rebondir sur un visa étudiant (F1 — ce genre de gymnastique administrative ne serait plus possible désormais, toute demande de ce type devant être faite à partir du pays d’origine), et du coup j’en avais profité pour formaliser mon expérience en tant que gestionnaire de projet, obtenir un certificat dans ce domaine ainsi qu’un autre en marketing, et, deux semestres plus tard, la certification PMP délivrée par le Project Management Institute.
oct
14
Vigne téléphonique
Publié dans nature | 1 commentaire
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Syrah sauvage.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.Wine Country a connu des hauts et des bas. Le phylloxéra a ravagé ses vignes à la fin du XIXe siècle. La Prohibition a forcé les viticulteurs californiens à arracher leurs vignobles pour les remplacer par des vergers. Et les cours du raisin ont subi des fluctuations importantes à la fin du XXe siècle. Du coup, on trouve ici et là des vignes abandonnées, notamment dans les régions viticoles comme notre comté de Lake dont le nom n’a pas le même prestige que ceux de Napa ou Sonoma. De l’autre côté de la route, sur un terrain qui appartenait autrefois au propriétaire qui construit la maison que nous louons mais qui fut acquis plus tard par une entreprise de téléphonie mobile pour y installer une tour de transmission, subsistent encore quelques noyers, mais aussi de vieux pieds de vigne complètement abandonnés, dont l’un grimpe à un poteau de ligne téléphonique, et s’obstine même à produire des grappes d’un cépage rouge (de la syrah, peut-être).
oct
13
Avis de tempête
Publié dans blog | 3 commentaires
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Premier feu de la saison.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.Première vraie pluie depuis mai. Ça s’arrose. Je vais pouvoir arrêter pour quelques jours d’irriguer mes tomates et mes herbes, et les bouts de pelouse jaunie par la sécheresse vont prendre un coup de vert. Je suis en effet un peu radin sur l’arrosage, consignes de conservation obligent. Je n’ai jamais vu l’intérêt d’entretenir un gazon de cours de golf en Californie.
Hier j’ai donc fini de balayer le toit de la maison et du garage, dérangeant les écureuils qui squattent la propriété et qui vont être bien déçus de ne plus trouver de glands dans les gouttières que j’ai nettoyées en profondeur. Va falloir aller les glaner vous-mêmes au pied des chênes du jardin, bande de rats métrosexuels.
Histoire d’impressionner ma petite femme, j’ai ramassé et coupé du bois pour la cheminée avant que l’averse n’arrive. Manque de pot, elle était trop occupée à réorganiser sa garde-robe, et n’a pas pu admirer son mari maniant virilement la hache sous le séquoia.
À minuit passé, toujours pas de vraie pluie, juste une bruine sans intérêt. La tempête est véritablement arrivée pendant la nuit, mais les vents sont ici restés modérés.
Ce matin, pas de grosses branches tombées dans le jardin. La terre bien humide va également me rendre la tâche bien plus facile pour planter les dizaines d’oignons de tulipes, narcisses et crocus que j’ai mis de côté. L’après-midi, la brise a fait chuter des centaines de noix dans la noyeraie — de quoi m’occuper entre deux averses. J’espère aussi qu’il va rester dans le verger du voisin suffisamment de poires dans les arbres pour aller les cueillir et faire un poiré ce mois-ci (ou, au pire, un excellent vinaigre).
Tout ça m’occupe entre deux lettres de motivations et quelques coups de fil.
oct
6
Aujourd’hui marque le dixième anniversaire de mon arrivée aux États-Unis. Je ne compte pas l’année que j’ai passée dans les années 80 au Nouveau-Mexique, mais si j’additionne ça et mes différents séjours, ça ferait plus de onze ans.
Évidemment, c’est un anniversaire au goût un peu doux-amer, puisqu’il coïncide avec un licenciement brutal. Mais la situation pourrait être pire. J’y reviendrai.
Tout d’abord, un énorme merci à tous ceux qui m’ont exprimé leurs encouragements au cours de la dernière semaine via courriel, ce blog, Facebook, iChat, et j’en passe. Ces gestes m’ont beaucoup touché.
Je suis donc arrivé en pleine Bulle. J’en ai profité, et j’ai aussi subi son explosion. 11 Septembre, licenciement, 4 ans de Bush supplémentaires, francophobie des premières années de la guerre en Irak, changement de visa et cours de gestion de projet et marketing, recherche d’emploi, permis de travail, boulot temporaire, autre boulot cette fois-ci permanent, visa H1b, nouveau boulot mieux payé, déménagement-emménagement avec ma douce de Silicon Valley à Wine Country, Obama à la Maison-Blanche, mariage… et licenciement.
Dix ans. Je suis arrivé travailleur sous visa, je suis devenu immigré sans emploi, je serai sans doute citoyen d’ici trois ou quatre ans.
Je n’ai pas pour autant tiré un trait sur la France. Comme beaucoup d’expatriés hors de l’Hexagone, je n’exclus pas une retraite aux vieux pays, permanente ou six mois par an. Voilà qui serait plutôt sympathique, mais qui nécessitera pas mal de travail.
Au boulot.
oct
5
Moore Grapes
Publié dans blog, bibine et pinard | 4 commentaires
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Le domaine Moore Family Winery, dans les Red Hills du comté de Lake.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.Il est un peu plus de 7 heures dimanche matin et je suis en route pour les Mayacamas. Ma petite femme doit me maudire pour l’avoir réveillée si tôt au lendemain d’un 5K qu’elle a couru à Lakeport, et après une soirée tardive entre amis autour de burgers de bison et courgettes grillés sur le Weber et arrosés d’un zinfandel de Paso Robles.
Mais j’ai promis à Beau Moore la veille que je viendrais filer un coup de main pour les vendanges ce matin. Les Moore, que nous connaissons bien (nous nous sommes même mariés sur leur domaine en juin dernier), ont une superbe exploitation dans les Red Hills, une région viticole dans les monts Mayacamas qui doit son nom à sa terre volcanique rougeâtre et parsemée d’obsidienne. Ses vignes ont une réputation grandissante, notamment auprès des domaines voisins de Napa qui peuvent s’y approvisionner en raisins de qualité à des prix largement inférieurs à ceux des fruits des vignobles de leur région.
J’ai pris avec moi mon sécateur Felco, au cas où j’irais travailler dans les vignes. Mais en arrivant, je vois que l’équipe de la cueillette est déjà à l’œuvre, et ils travaillent vite. Très vite, même. Une fois remplis leur caisson, les vendangeurs courent le vider dans le container placé au bout de la rangée, et reviennent pour continuer à cueillir, toujours au pas de course.
Il faut dire qu’ils sont payés au rendement, donc autant être rapides, finir le boulot et aller travailler ailleurs, ou profiter du reste du dimanche. Beau rémunère l’équipe légèrement au-dessus du prix du marché, d’autant qu’il s’agit d’un vignoble en pente : 140 dollars la tonne impériale. Il pourrait ne payer que 90 dollars comme certains ou même 120 dollars, le cours moyen pour ce type de travail, mais la qualité de la cueillette s’en ressentirait, et il ne serait pas sûr d’avoir une équipe ce matin-là.

Les vendangeurs gagneront ce matin 140 dollars la tonne.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.Je décide donc que je serai plus utile sur le crushpad, où Beau et Steve viennent d’installer la machine à érafler. Le premier Macrobin de sirah arrive sur la remorque d’un tracteur. Les températures se sont rafraichies au cours des derniers jours. Il y a encore une semaine, les vignes baignaient dans une chaleur de 40 degrés. Mais vendredi, il faisait seulement quelques degrés au-dessus de zéro au petit matin. Du coup, les grappes sont très fermes. Dans la bouche, elles explosent en jus sucré à 25 degrés Brix et en petits cristaux de glace que le soleil levant n’a pas encore fondus.
« Ce matin on fait dans le biodynamique », plaisante Steve, faisant allusion à la pleine lune de la nuit dernière. Les vignobles Moore sont d’ailleurs élevés de façon biologique, mais le raisin n’a pas été certifié. Il faut dire que les démarches sont coûteuses, et la mention « Made with Organically Grown Grapes » ou « Made with Organic Grapes » sur l’étiquette ne représente pas un avantage prouvé au niveau des ventes (certains estiment même que cette appellation est un handicap au niveau marketing, certains vins médiocres l’utilisant comme seul argument de vente). Steve est à la maintenance de la machine à érafler dont il surveille l’opération, que Beau et ma pomme alimentent en grappes fraichement cueillies. Mais la machine a bien du mal à suivre. Les raisins sont particulièrement froids, et nous devons à plusieurs reprises l’arrêter et extraire le fruit qui l’enraye, et retirer manuellement l’excès de rafle craché accidentellement par l’engin dans le container recevant les baies, qui risquerait de produire un vin trop tannique.
oct
2
Uvas
Publié dans blog, bibine et pinard | 4 commentaires
Publiez sur Facebook, Twitter, deliciousIl est six heures et demie du mat et le soleil fainéasse encore à darder ses rayons de derrière la chaîne volcanique de Clear Lake. Je me demande pourquoi, chômeur officiellement depuis seulement ce matin, j’ai eu l’idée de programmer le réveil pour bipper si tôt. Ah oui, ça me revient maintenant.
Samedi, histoire de me consoler de mon lourdage, nous avons notamment fait un tour du côté de Six Sigma Ranch, dans le sud du comté, où nous avons pris livraison de vin commandé il y a quelques semaines. Le domaine est une superbe et immense propriété où la famille Ahlmann s’est établie il y a une décennie. Des vignobles ont été plantés au cours des années, et il y a seulement deux ans, les premiers millésimes de leur vin, élevés par un Français qui s’est l’année dernière établi à son compte dans la vallée voisine de Napa, nous ont fait forte impression. Nous sommes restés fidèles à leur production, et le ranch compte désormais des chevaux et quelques têtes de bétail — bovins et moutons — contribuant à établir un système de développement durable. Nous sirotons le rosé du domaine, et l’un des deux fils de la famille, Christian, vient nous dire bonjour. On se connaît un peu, et ils nous parle des progrès du ranch. Avec l’introduction récente des bœufs, il a dû se mettre à l’équitation. Il s’est récemment rendu compte qu’une bonne vieille monture équine est finalement bien plus efficace qu’un quad pour rabattre un troupeau qui a décidé de s’engager dans un vallon pentu.

Les fameux FYBs.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.On commence à parler vignoble, car j’aime bien le pinard, mais j’aime aussi apprendre comment il est fait. C’est mon côté un peu obsessif. Je vois un carré de jeunes plants de vigne en pots sous un vieux chêne, encore fraichement greffés, et je demande à Christian ce dont il s’agit. « Du tempranillo », me répond-il. Il va planter ça dès que les vendanges seront terminées. Je lui indique alors que je suis prêt à filer un coup de main.
C’est mon côté obsessif à l’œuvre, là encore. L’année dernière et jusqu’en juin dernier, j’ai pris des cours du soir et du week-end à Napa Valley College. Viticulture et œnologie. J’ai appris pas mal de choses, en théorie, mais aussi en pratique — j’ai passé deux samedis à tailler les vignes dormantes du vignoble étudiant de la fac, situé juste en bordure de la route 29, à la sortie de Napa. Je ne sais pas encore s’il s’agissait de mon plan B. Ma motivation était la suivante : j’aime le vin. Et nous vivons dans Wine Country. Si jamais je perdais mon boulot (non, je ne suis pas défaitiste ou pessimiste, mais voyez-vous, quand on vit ici, il faut savoir se préparer au pire), avoir une connaissance théorique et empirique de la viticulture ne peut pas faire de mal, car côté boulot, il n’y a pas grand chose d’autre dans ce comté où le taux de chômage atteint désormais plus de 15%.
« You’re welcome », me dit Christian, toujours heureux, j’imagine, d’avoir de la main-d’œuvre gratuite. Je te tiens au courant, lui dis-je, avant de repartir avec nos bouteilles. Mardi, je lui envoie un message, lui disant que je suis dispo jeudi et vendredi. Il me répond mercredi et me donne rendez-vous le lendemain matin.
Je pars donc un peu avant 7 heures, et j’arrive à la demie au crushpad, établi provisoirement en plein air sous un abri provisoire (une structure permanente sera construite dans les années qui viennent, mais pour l’instant les cuves sont en plein air). La cave a été creusée dans un pan de montagne, comme souvent dans la région.
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