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mai
4
Nous déménageons. La décision s’est faite rapidement. Nous louions depuis deux ans dans une petite maison de Soda Bay à deux pas du lac. Une jolie petite barraque dans un quartier sympa, mais, justement, petite. La deuxième chambre était en fait un petit loft en haut d’un escalier en colimaçon, servant de home office et de chambre d’amis à l’occasion, futon à l’appui. Pas de garage. Un petit bout de jardin, mais pas beaucoup d’espace pour mon potager, sauf à virer le gazon. Et le loyer, négocié en mai 2007, commençait à être sérieusement au-delà des réalités du marché.
Je m’y plaisais toutefois (d’autant que je travaille de chez moi), mais ma douce avait du mal à accepter les conditions, pensant que nous pouvions trouver mieux ailleurs. Après un peu plus d’un an, j’acceptai donc le principe du déménagement, mais à condition de trouver la location parfaite, pour un budget donné.
Que dalle. Il faut dire que le comté n’est pas très peuplé, même s’il possède un grand nombre de résidences secondaires. Et même si l’on y trouve une quantité impressionnante de maisons en foreclusion à des prix très intéressants, les locations disponibles ne nous convenaient pas toujours. Il faut dire que nous sommes difficiles. Pas ou peu de moquette : j’ai passé le plus gros de mon enfance à éternuer à cause d’une grosse allergie aux acariens. Et puis la moquette, c’est souvent moche, et chiant à nettoyer. Un garage, ou au moins un abri pour les véhicules (deux voitures et deux motos, sans compter le petit Zodiac) : nous n’en avions pas là où nous vivions, donc pas question de subir l’enfer d’un déménagement pour les mêmes conditions. Une chambre d’amis avec une porte qui ferme : a priori, ce n’est pas trop demander. Une deuxième toilette : c’est une exigence paraît-il typiquement féminine.

Le reste était négociable suivant les circonstances. Et le 13 avril dernier, ma compagne m’envoit par email un lien trouvé sur craigslist. Grape Vines!, s’exclame-t-elle dans le message pour me motiver (apparemment, quelques pieds de malbec, négligés depuis des années, y poussent dans un coin du terrain). Mais c’est autre chose dans l’annonce qui retient mon attention. Le nom de Frank Lloyd Wright y est mentionné. Pour la première fois en presque deux ans, je suggère d’aller visiter une location éventuelle.
La propriété est à Lakeport, le chef-lieu du comté, sur Scotts Valley Road, qui en septembre est encombrée de camions transportant les récoltes de poires et de noyers vers les granges d’empaquetage de Big Valley. Nous connaissons bien cette petite route de campagne pour la prendre souvent en moto. Elle part de Lakeport, le chef-lieu du comté, pour traverser une très jolie vallée paumée du nord des monts Mayacamas, avant de rejoindre la route 20, qui mène à l’est vers Ukiah, dans le comté de Mendocino. Les chevreuils et les dindes rendent la balade un peu plus technique, testant nos réflexes de freinage.
Ce qui frappe immédiatement à l’arrivée sur les lieux, c’est l’entrée en retrait, masquée derrière un mur rectangulaire, typique du style mid-century modern. La maison a été en fait construite à côté de l’ancienne ferme, convertie en deux appartements.
L’intérieur est lui aussi typique. Une entrée avec une fenêtre donnant sur l’atrium partagé avec les appartements — là encore, typique du style architectural. Des murs recouverts de grands panneaux de pin rouge, qui semblent tous être d’époque, en l’occurrence 1957. L’âge d’or du style mid-century modern. L’ère atomique. Les meubles Herman Miller. Les chaises Eames. Les tables made in Denmark. Le formica. Le Spoutnik. Le traité de Rome. Les Dodgers en Californie. Le Boeing 707. La peur des Soviets.


La master bedroom est grande, y compris pour l’époque. Deux des murs forment une baie vitrée, donnant respectivement sur les champs de la vallée en contrebas à l’ouest, et sur l’atrium au nord. La deuxième chambre est en revanche très petite, comme souvent dans les maisons de ce style n’appartenant pas directement à l’école Eichler. La résidence fut construite par un couple de pépiniéristes dont les enfants étaient déjà grands. La pièce en question était un den.
La cuisine n’a pas changé non plus. Relativement petite par rapport aux standards actuels, elle est heureusement équipée d’un four et d’un lave-vaisselle modernes, mais surtout riche en rangements.
Justement, les rangements. La beauté du style modern est son faux minimalisme. Les lignes sont horizontales et épurées, donnant une apparence fonctionnelle et sans fioritures aux intérieurs, rarement encombrés d’armoires ou de buffets. La maison recèle d’une quantité phénoménale de placards intégrés aux murs. Et presque toutes les portes, à l’exception de celles donnant sur l’extérieur, sont coulissantes. On peut y planquer notre bordel tout en laissant croire aux invités que nous vivons un style de vie spartiate. Je suis prêt à parier que plusieurs jours après avoir emménagé, je continuerai à trouver des placards encore inexplorés.
Le living room communique avec la salle à manger, tout en en étant séparé par une sorte de cloison-placard partiellement ouverte. Une cheminée trône dans un coin. Des fenêtres couvrent l’ensemble des murs donnant sur l’extérieur. La maison est chaleureuse, même si les températures pendant la saison froide y sont plutôt fraiches — nous avons donc négocié l’installation de chauffage avec le propriétaire.


L’autre point de vente, outre un large abri pour trois véhicules et une petite serre qui y est accolée, c’est le terrain : deux acres (0,8 hectare), dont la moitié en pente boisée (la hache est fournie, je n’aurai donc pas besoin d’acheter de bois de chauffage). Il y a même une mini-mare avec des poissons rouges près de la maison. Et plein d’espace pour installer des ruches.
Évidemment, ma douce amie, qui possède quelques meubles et objets du style en question, acquis juste avant son retour en vogue dans les années 90, est charmée. De mon côté, je suis carrément fasciné de visiter une maison de ce style qui n’a quasiment pas été retouchée en plus d’un demi-siècle. La quasi-majorité des Eichlers de la région de San Francisco ou de SoCal ont subi des rénovations ou des réaménagements importants, et souvent nécessaires. De nombreux intérieurs de ranchhouses dans le style mid century ont également souvent vu de gros changements — les murs de bois ont souvent été repeints en blanc, par exemple, et des cloisons entières ont été déplacées.
Ici, que dalle. J’ai l’impression d’avoir voyagé dans le temps, comme Marty McFly. Je sais soudain pourquoi les murs du couloir de l’entrée me paraissent si nus : il leur manque une horloge Sunburst.
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7 commentaires sur “Atomic Ranch”
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Hé bin bravo, et bon emménagement !
Rha ouais la classe, donc.
Vous y bouger quand?
Nan, je demande, pass’que si tu demenages maintenant, ca veut dire que tu vas etre libre prochainement? hein?
Allez, je te demande juste un week de ton temps. et promis je dis pas ce qu’on faire. Ni avant, ni apres…
Wow… Je confirme, la classe! Voila un appart qui claque! Looking forward de voir ça de mes propres yeux… Congrats a vous deux!
tres belle maison en effet. Votre patience a porte ses fruits. puis je te demande le loyer par curiosite? j’envisage de quitter SF pour la “campagne”.
Chapeau pour ce petit bijou. Ton salon a l’air plus étendu que tout mon appart.
L’endroit a l’air super sympa. “Have fun in the new place”, et bonne chance avec le demenagement!
WAW c’est splendide
la quiétude au rendez-vous
bon déménagement
bonne journée