Les domaines viticoles californiens produisant du pinard haut-de-gamme ont du mal à vendre. Normal, en ces temps difficiles, ça picole toujours (voire davantage), mais on rechigne plus qu’avant à claquer 40 dollars pour un vin de chardonnay de la Sonoma Coast, ou plus encore pour un cabernet-sauvignon de la vallée de Napa. Même Jackson Family Estates, la maison mère de Kendall Jackson, sans doute l’une des marques vinicoles les plus reconnues du pays et produisant des vins parmi les plus abordables, a licencié 20% de ses salariés en janvier dernier.

Sentant le vent venir, certains domaines ont baissé leurs prix, et il y a des places à prendre sur les listes d’acheteurs que certains domaines utilisent comme canal de vente exclusif. Un producteur connu pour ses pinots noirs et chardonnay (qu’il vend environ 75 dollars la bouteille via sa liste, et dont les millésimes précédents atteignent au minimum 100 dollars chez les marchands ou sur les menus des restaurants le stockant) me relançait récemment, notant que je n’avais rien commandé cette année, assurant que la réponse au dernier embouteillage était enthousiaste. Évidemment, c’est du pipeau : si les ventes reflétaient l’enthousiasme en question, ils n’auraient pas besoin de me relancer, et je perdrais ma place sur la liste au profit d’un client plus généreux. Même Abe Schoener, le winemaker cinglé à l’origine du cultissime Scholium Project, a revu ses prix à la baisse pour sa dernière allocation, et le dernier embouteillage de son verdelho (dont des millésimes précédents ont été au menu de Bouchon, notamment) coûte seulement 20 dollars.

Alors on explore des stratégies de vente encore inédites pour certains de ces domaines. La vente via la distribution traditionnelle, par exemple, là où la liste de diffusion et les restaurants suffisaient jusqu’ici. Ou, pour écouler le pinard qui n’est pas aux standards de la réputation du domaine, on crée un second label — certes, de nombreux grands noms ont déjà une ou plusieurs autres marques, l’équivalent marketing américain du second vin bordelais, mais pour certaines boutiques wineries prestigieuses, c’est une nouvelle stratégie.

Car même si dans la vallée de Napa, on aime à se répéter entre pros que l’industrie vitivinicole est recession-proof, cela relève ces temps-ci de l’auto-persuasion. En vérité, les seuls producteurs véritablement à l’abri sont ceux dont les prix ne découragent pas les acheteurs qui se serrent la ceinture. Pour John Buehler, le propriétaire-récoltant derrière le domaine du même nom, ça signifie un vin de cabernet-sauvignon de Napa Valley à 28 dollars. Son chardonnay 2007 de la Russian River, vendu seulement entre 12 et 23 dollars, vient de se voir récompensé par un 90 par Wine Spectator, qui l’a étiqueté comme un smart buy. Et les producteurs de gros rouge qui tache ou de piquette sucrée juste assez pour plaire aux palais des moins exigeants n’ont pas de souci à se faire. Gallo et Bronco Wine peuvent dormir tranquille.

En attendant, BevMo se frotte les mains avec sa vente promotionnelle à 5 cents la seconde bouteille (qui est une arnaque pour bien des vins en question, qu’on peut trouver pour moitié moins chez certains cavistes en cherchant bien).

Et vous, lecteurs vinophiles, avez-vous changé vos habitudes ?

Commentaires

4 commentaires sur “La crise est-elle soluble dans le pinard ?”

  1. Le Piou le 24 mars 2009 9:31

    C’est bien. Ca va leur remettre la tete sur les epaules.
    Ce WE ont a chate du Riesling a 5$. A la base pour cuisiner. Par reflexe, je l’ai goute. Vraiment pas mal. Limite meme bien.
    Le prix des vins locaux avait eu la facheuse tendance a decole grave ces derniers temps. Ceago en est un bon exemple.
    Il est temps qu’ils arretent tous ici de faire du vin d’étiquette (notre vin est bon puisqu’il est cher) pour faire du BON vin a juste prix.
    Non?

    Tout à fait d’accord. Mais je te trouve sévère sur Ceago, parce qu’il semble qu’au contraire ils aient baissé leurs prix au vu du dernier release. Et en plus, on trouve leur second label Dynamic chez Trader Joe’s pour 6,99 $ pour le blanc et 8,99 le rouge (on a ouvert une autre bouteille du sauvignon blanc ce weekend, que j’ai aimé davantage que la première fois — il se pourrait bien que j’y ai enfin trouvé notre everyday white). — Arnaud

  2. Le Piou le 24 mars 2009 18:12

    Note que je dis bien Ceago comme les autres… Meme si certains sont plutot bons, la majorite ne merite tout de meme pas d’etre a plus de $20… Pass’que ce prix-la, tu trouves mieux pour moins cher au safeway du coin…
    C’est pas normal… et encore moins logique… La preuve leur seconds vins coutent 1/3 du prix…
    Ceci dit, je peux te crire que sur parole pour le Dynamic: introuvale au TJ de chez nous… :-(

    Mli si ils font pas mieux que mon Medoc generique a $6.99, ca sera sans moi…

    C’est vrai que Ceago fait raquer un peu plus, comme beaucoup de boutique wineries, simplement parce que leur production est très modeste (moins de 1200 caisses pour la plupart de leurs vins sous leur label, exception faite du « Kathleen’s Vineyard », dont ils ont fait 2600 caisses du 2007). Tiens, au fait, j’ai goûté à leur malbec, et il est très sympathique. Faudra aussi que je te fasse goûter celui de Moore avant juin.

    Bon, va falloir que je passe un weekend pour te filer le blanc et le rouge de Dynamic (marrant, je les ai trouvés au TJ’s de Santa Rosa, Menlo Park et Napa). T’as pas de bol. Ou alors ils aiment vraiment Ceago du côté de San Rafael. Pour en revenir à Safeway, je n’y trouve pas généralement grand chose d’intéressant à moins de 10 dollars, sauf pour les vins venant d’Amérique du Sud. — Arnaud

  3. Le Piou le 25 mars 2009 8:49

    T’as eu le Malbec????
    P’tain quelle bande d’enc’!!!

    Le winemaker m’en avait parle, et a chaque fois que j’en demandais on me disait que non ils en faisaient pas…

    Je suis vert. J’adore les Malbecs…

    Je t’ai dit, faut jamais croire les gens qui bossent dans le vin. :) Je pense qu’ils faisaient mine de nier parce qu’ils n’étaient pas sûrs que le vin tournerait suffisamment bien pour être embouteillé — c’est leur premier millésime, après tout. Et c’est vraiment bon. Mais ça va te changer des cahors. C’est plus proche des malbecs argentins. — Arnaud

  4. Philippe Astor le 7 avril 2009 15:42

    Là vous m’espantez les mecs, de vrais traders de la chose vinicole. Moi je vous ferais bien goûter un petit Côte de Malepère (c’est dans le carcassonnais) qui se vend entre 9 et 10 € dans le commerce, et que personne n’achète ici, parce que les gens ne le connaissent pas, mais qui est dans le très haut de gamme. Au prix où se vend le vin californien, y a peut-être une opportunité de monter un filière d’import ;-)

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