Il y a encore des créateurs de sites qui ne le savent pas : on ne force pas l’écoute de musique sur un site Web. Il y a peu de pratiques aussi agaçantes sur le Web que celle qui consiste à imposer à un visiteur sa bande-son pour compléter l’« expérience » du visiteur. Certains d’entre nous partagent leur espace de travail avec d’autres. Ou utilisent leur ordinateur portable dans leurs réunions. Ou dans le train. Si vous voulez nous fournir une bonne raison pour ne jamais aller sur votre site, la voilà.

J’excuse la pratique sur les pages des boutonneux myspaciens ou skyblogueurs, qui ne sont généralement visitées que par leurs camarades de classe. Je la tolère aussi pour les sites des musicos et autres groupes, encore que je préfèrerais que la bande-son soit activée par mes soins, et non forcée.

Mais de nombreux sites d’entreprise, souvent pondus par les mêmes charlots qui ignorent qu’il faut toujours fournir une version non Flash de leur site, continuent à jouer une musique ou un jingle dès leur ouverture, sans prévenir (ou, pire encore, des bruitages agaçants). Certains créateurs de site haussent les épaules, et pointent du doigt l’entreprise qui les a engagés, rejetant la faute sur le directeur du marketing ou le patron de la boîte qui a insisté pour rajouter la musique en question. Excuse à la con : si vous n’avez pas le courage d’expliquer à votre client qu’imposer aux internautes une musique par défaut lors de la visite d’un site est une pratique à bannir, vous êtes un incompétent.

Si vous tenez vraiment à proposer une bande sonore pour accompagner la visite de votre site, rendez cette option facultative, ce qui signifie pas de musique par défaut. L’utilisateur est celui qui prend les décisions, et qui doit être aux commandes. Ne forcez rien sur lui, ou il cliquera ailleurs. Un bouton ou une icône dans un coin permettront à l’internaute d’activer la musique ou d’en régler le volume. Et, mieux encore, proposez plus d’un morceau. Tout le monde n’a pas envie de se taper du Wagner avant son premier café, et encore moins la muzak composée par votre neveu avec GarageBand.

Macon
Jonah

Observation sans intérêt autre qu’anecdotique : le chef des nouveaux médias à la Maison Blanche, Macon Phillips, ressemble beaucoup à l’acteur Jonah Hill, la co-star de l’hilarissime Superbad.

C’est tout.

Poseurs

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Hier soir, le Late Night Show with David Letterman s’est conclu, comme souvent, par un invité musical. Letterman, fraichement marié, présente le groupe, White Lies, comme une formation britannique, a popular rock band, exhibant la pochette de leur premier album (grand format, en vinyle, c’est plus visible, et surtout, plus classe et plus crédible). Je sais, je sais, vous les avez peut-être déjà entendus, surtout vous qui êtes de l’autre côté de l’Atlantique, où l’album est sorti il y a déjà quelques mois. Mais c’était une première pour moi. Et leur première apparence télévisée en Amérique du Nord pour eux.

Et les petits jeunes, tout de noir habillés, d’entonner leur air. Une ligne de basse régulière et hypnotique, des percussions émulant une boîte à rythmes, et le chanteur-guitariste suce le micro, assénant des paroles qui suggèrent à l’objet de son affection de vieillir et mourir ensemble. Un petit maigrichon pianote sur un synthé Yamaha un air plaintif digne d’un Moog Source. La scène est décorée de roses rouges, et, au milieu du bridge des guitares, des pétales commencent à tourbillonner autour d’eux.

« You gotta be shitting me », murmure-je de mon lit. Ces petits cons à l’inspiration post-punk-new wave jusque dans la garde-robe me donnent envie d’aller évangéliser leurs fans, sans doute des lycéens pubères un rien rebelles s’habillant en corbeaux, et, comme un vieux con, de leur faire écouter la voix solemnelle de Ian Curtis, le Movement de New Order, la Pornography de The Cure (bien avant que Robert Smith ne ressemble à une vieille tante bouffie), la discographie des Smiths avant que Morrissey ne renonce au suicide, les deux premiers albums de Sisters of Mercy — et puis je me prends à espérer que les fans de ce groupe connaissent peut-être leurs classiques aussi bien que moi, après tout.

Suite

Handshake

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Le mois dernier, j’ai fait officiellement la connaissance d’un voisin de quartier que je ne connaissais que de vue. J’allais chercher mon courrier au bout de la rue, dans ma boîte à lettres — j’habite dans une localité non incorporée en municipalité, ce qui signifie, entre autres, que ma boîte cohabite avec celles de mes voisins. Bah oui, c’est la campagne. Je connais les prénoms des deux facteurs et du livreur de UPS.

Bref, nos trajets de piétons se confondent, et je ne peux plus limiter notre interaction à un bref « Hi, how are you doing? ». Nous parlons donc de la pluie et du beau temps — littéralement. Je vous l’ai dit, c’est la campagne.

Et au moment d’obliquer pour ma descente de garage, je fais donc ce qu’on fait ici dans ces circonstances. Je formalise la rencontre. Vous savez, à l’américaine : je tends la main, et j’annonce « I’m Arnaud ». L’autre sert ma main tendue, et énonce son nom.

Ce moment est, dans bien des relations intra-masculines américaines, la première et unique fois que deux individus se serrent la main. Les salutations lors des rencontres suivantes se limiteront bien souvent à une interaction verbale, voire, une fois un brin de bromance établie, à une embrassade virile.

Bref, je relate au soir la rencontre à ma douce, qui lève les yeux au ciel et m’annonce qu’elle connaît ce nom : elle a récemment fait condamner l’individu à une peine sous conditionnelle pour complicité dans un cambriolage.

Awkward.

Les domaines viticoles californiens produisant du pinard haut-de-gamme ont du mal à vendre. Normal, en ces temps difficiles, ça picole toujours (voire davantage), mais on rechigne plus qu’avant à claquer 40 dollars pour un vin de chardonnay de la Sonoma Coast, ou plus encore pour un cabernet-sauvignon de la vallée de Napa. Même Jackson Family Estates, la maison mère de Kendall Jackson, sans doute l’une des marques vinicoles les plus reconnues du pays et produisant des vins parmi les plus abordables, a licencié 20% de ses salariés en janvier dernier.

Sentant le vent venir, certains domaines ont baissé leurs prix, et il y a des places à prendre sur les listes d’acheteurs que certains domaines utilisent comme canal de vente exclusif. Un producteur connu pour ses pinots noirs et chardonnay (qu’il vend environ 75 dollars la bouteille via sa liste, et dont les millésimes précédents atteignent au minimum 100 dollars chez les marchands ou sur les menus des restaurants le stockant) me relançait récemment, notant que je n’avais rien commandé cette année, assurant que la réponse au dernier embouteillage était enthousiaste. Évidemment, c’est du pipeau : si les ventes reflétaient l’enthousiasme en question, ils n’auraient pas besoin de me relancer, et je perdrais ma place sur la liste au profit d’un client plus généreux. Même Abe Schoener, le winemaker cinglé à l’origine du cultissime Scholium Project, a revu ses prix à la baisse pour sa dernière allocation, et le dernier embouteillage de son verdelho (dont des millésimes précédents ont été au menu de Bouchon, notamment) coûte seulement 20 dollars.

Alors on explore des stratégies de vente encore inédites pour certains de ces domaines. La vente via la distribution traditionnelle, par exemple, là où la liste de diffusion et les restaurants suffisaient jusqu’ici. Ou, pour écouler le pinard qui n’est pas aux standards de la réputation du domaine, on crée un second label — certes, de nombreux grands noms ont déjà une ou plusieurs autres marques, l’équivalent marketing américain du second vin bordelais, mais pour certaines boutiques wineries prestigieuses, c’est une nouvelle stratégie.

Car même si dans la vallée de Napa, on aime à se répéter entre pros que l’industrie vitivinicole est recession-proof, cela relève ces temps-ci de l’auto-persuasion. En vérité, les seuls producteurs véritablement à l’abri sont ceux dont les prix ne découragent pas les acheteurs qui se serrent la ceinture. Pour John Buehler, le propriétaire-récoltant derrière le domaine du même nom, ça signifie un vin de cabernet-sauvignon de Napa Valley à 28 dollars. Son chardonnay 2007 de la Russian River, vendu seulement entre 12 et 23 dollars, vient de se voir récompensé par un 90 par Wine Spectator, qui l’a étiqueté comme un smart buy. Et les producteurs de gros rouge qui tache ou de piquette sucrée juste assez pour plaire aux palais des moins exigeants n’ont pas de souci à se faire. Gallo et Bronco Wine peuvent dormir tranquille.

En attendant, BevMo se frotte les mains avec sa vente promotionnelle à 5 cents la seconde bouteille (qui est une arnaque pour bien des vins en question, qu’on peut trouver pour moitié moins chez certains cavistes en cherchant bien).

Et vous, lecteurs vinophiles, avez-vous changé vos habitudes ?

Je me suis fait avoir par un canular. J’ai cru que Twitter avait enfin trouvé un modèle économique susceptible de lui rapporter du fric : des comptes premiums. Pour quelques dollars par an, vous deveniez une pseudo-VIP, avec des « suiveurs » attribués au hasard. Manque de pot, c’était une blague.

Mais ça n’est pas insensé. La célébrité fabriquée à partir de rien, si ce n’est un peu (ou beaucoup) d’argent, un sens aigu des relations publiques, et l’utilisation massive de réseaux sociaux en ligne est à la mode — demandez à Julia Allison. Et Jason Calacanis vient d’offrir un demi-million de dollars à Twitter pour figurer à vie dans leurs suggested users (ils n’ont pas encore accepté). Sans doute pour pouvoir ensuite spammer ses suiveurs avec des invitations à des bêtas privées, ou recommander des services ou produits qui le paieront pour la pub.

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