“There’s no question that in the next thirty or forty years a Negro can also achieve the same position that my brother has as President of the United States, certainly within that period of time.”

— Robert F. Kennedy, mai 1968.

rock fort

Un article bien de chez nous de plus qui bientôt va devenir difficile à se procurer, et pour lequel il faudra compter sur les colis envoyés par la famille et les copains (emballé sous vide et via FedEx de préférence) : le roquefort.

Les autorités américaines ont mal pris la récente décision par Bruxelles d’interdire l’importation de bœuf américain traité aux hormones. En signe de représailles, le tarif douanier sur le roquefort, qui était déjà de 100%, passe à 300% — ce qui revient à bannir le fromage des États-Unis.

Pourquoi le roquefort ? Parce qu’il s’agit du fromage français quintessentiel, mais aussi parce qu’il est fabriqué avec du lait cru, une technique que les Américains regardent avec suspicion. En plus, il est piqué de moisissure, ce qui revient à dire qu’il est pourri pour les masses ignorantes (peu importe si le bleu en question, le Penicillium roqueforti, est un antibiotique naturel). Les truffes sont aussi concernées par cette augmentation des tarifs.

Le gouvernement Obama pourrait-il réconcilier le secrétariat du Commerce américain avec l’Union européenne ? C’est peu vraisemblable tant que la majorité des éleveurs continuera à utiliser les hormones en question, produites par des groupes agroalimentaires puissants et bien présents à Washington.

MISE À JOUR : après négociations, le gouvernement américain a accepté de garder le tarif actuel de 100% pour au moins deux ans. Donc pas de panique, on trouvera encore du roquefort aux États-Unis dans les bonnes crémeries, au moins pendant quelque temps.

Nous étions samedi à San Francisco (puisque nous vivons au vert, la ville est souvent notre destination de fin de semaine), et l’un de mes objectifs était l’acquisition d’une galette des rois. L’année dernière, j’avais fait l’impasse. Celles d’avant, j’avais pris livraison à la Palo Alto Baking Company.

Comme nous étions donc samedi dans le Polk Gulch, nous avons donc poussé jusqu’au pied de Russian Hill (le côté respectable), et tenté notre chance à La Boulange, qui il y a six mois a déménagé vers la porte à côté, où se trouvait auparavant Le Petit Robert (les deux Français de Bay Bread ont définitivement laissé tomber la restauration, ce qui en ces temps difficiles semble prudent).

Pour ceux qui n’y ont pas mis les pieds depuis plus de six mois, La Boulange de Polk Street n’est donc plus cet hybride sympathique boulangerie française/café français, mais ressemble désormais davantage à une coffee shop américaine traditionnelle, hauts plafonds en sus. Les mêmes produits sont cependant proposés, des mini-croissants (1,25 $) aux cafés au lait et autres boissons chaudes servies dans des grands bols.

Et, l’ange Gabriel et le petit Jésus soient loués, des galettes des rois. Elles font environ 12 pouces de diamètre (soit 30 centimètres) et coûtent 24 dollars pièce. J’en commande donc une à l’une des vendeuses, qui inclut un sac en papier contenant les couronnes traditionnelles. Nous en profitons pour prendre un petit café (et un cannelé, l’un de mes nombreux péchés mignons), et ma douce amie inspecte le sac en papier, et en sort une petite figurine. C’est un Gaulois de plastique, musclé et torse nu, une tenue qui ma foi ne détonnerait pas l’été sur les marches d’une maison victorienne du Castro.

Bah oui. La fève est livrée séparément. Je demande à l’une des vendeuses si c’est donc à moi d’insérer la fève dans la galette, ou si cette figurine s’est aventurée par erreur dans mon sac. Elle n’est pas sûre. Elle monte l’escalier pour demander à son patron, et deux minutes plus tard, elle revient pour me confirmer que oui, c’est à moins d’insérer la fève dans la galette. Liability issue?, je demande. Yes, me confirme-t-elle.

Ah, les cons. La culture litigieuse de ces blaireaux d’Américains forçait déjà le boulanger de Palo Alto à insérer un avertissement sur la boîte de sa galette. Mais celui de La Boulange ne veut prendre aucun risque. Un morfale pourrait gober la fève et s’étouffer avec. Un avocat ambitieux aurait alors tôt fait de servir du papier bleu au boulanger de la part de la famille de la victime à peine embaumée.

Alors hier soir, avant de servir la galette à nos hôtes (pour la plupart desquels il s’agissait d’une première culturelle), j’ai dû planquer le mini-Gaulois dans l’une des huit parts moi-même. Et j’ai prévenu mes invités qu’il pourrait y avoir un petit quelque chose dans leur part de gâteau. Pas fou : ils étaient tous, à une exception près, avocats de profession.

Je suis un fan de la webcomic minimaliste xkcd, à l’humour geeky et au cynisme indécrottable.

Ce guide pour convertir au système métrique s’appuie sur des références concrètes. En tout cas, elles le sont pour les fans de Star Wars et de Firefly.

xkcd

ST1300
ST1300

L’année va bien commencer pour certains flics de la région, qui vont d’ici quelques jours prendre livraison de cet arrivage tout frais de Honda ST1300P. Le « P » signifie ici Police — les motos sont spécialement équipées pour les flics à deux roues. Les polices de San José, Gilroy, Campbell, Salinas, Elk Grove et Turlock vont bénéficier de ces belles machines qui détonnent avec les Harley Davidson et les BMW (notamment les K1200P et R1200RTP) que la CHP et les PDs de la région commandent habituellement. Mais la Honda est moins chère, notamment pour l’entretien. Et ces temps-ci, quelques milliers de dollars ici et là, ça compte.

Décidément, ce blog est en phase de devenir strictement orienté bouffe et pinard. Mais que les lecteurs végétariens qui ne boivent pas d’alcool se rassurent, j’ai quelques billets en préparation qui aborderont d’autres sujets.

Faux champagne
Les producteurs de champagne font la guerre aux appellations abusives.

Si vous naviguez un peu sur le Web sans l’une de ces extensions Firefox qui flingue les bandeaux publicitaires (et soutenez par là-même la production professionnelle de contenu, cet ancien journaleux vous en remercie), vous avez peut-être remarqué ces jours-ci une campagne dénonçant l’utilisation abusive du label « Champagne ». C’est le Comité interprofessionnel du vin de Champagne qui en est à l’origine, via l’Office of Champagne, elle-même une émanation du Center for Wine Origins, une association de lobbying basée à Washington D.C. créée en 2005, qui s’est donnée pour mission d’« expliquer aux Américains pourquoi l’origine géographique est importante quant il s’agit de vin ».

Cette initiative était à l’origine française, mais elle a été depuis habilement étendue à d’autres appellations européennes, dénonçant l’étiquetage de « Porto » ou « Sherry » sur des bouteilles provenant ailleurs que la péninsule ibérique. Dans leur dernière campagne, l’organisation mentionne même l’utilisation abusive des labels « Napa Valley » et « Walla Walla Valley » par des producteurs sans scrupules, histoire de permettre aux Américains de s’identifier davantage avec ce combat.

Le champagne, comme le sait chaque Français qui a ses papiers, est produit uniquement en Champagne, et selon des méthodes spécifiques. Les vins pétillants produits ailleurs, dans désormais presque toutes les régions de France sous l’axe Saint-Nazaire-Saint-Quentin, portent un autre nom, tout comme les mousseux d’autres pays d’Europe. Mais les Américains, moins scrupuleux, permettent encore la production de vins pétillants sous le label « Champagne », du moment qu’ils ne sont pas destinés à l’exportation. La plupart des producteurs américains utilisant encore cette dénomination se situent cependant dans l’entrée-de-gamme — Cook’s et autres André. Leurs méthodes n’ont souvent rien à voir avec la champenoise, et le résultat n’est même pas digne d’un mimosa. Sur la côte est, certains commercialisent aussi du « New York Style Champagne ». Mais même si les palais américains sont désormais un peu plus sophistiqués — ou peut-être est-ce le résultat des campagnes publicitaires intensives des grandes maisons de Champagne, dont certaines ont réussi à imposer leur marque comme des références incontournables — ces sous-marques de bulles américaines ont toujours la main haute sur le marché domestique en matière de vin pétillant. Le leader en est certainement Korbel, une maison fondée en 1882 par un expatrié d’Alsace-Lorraine, qui produit des méthodes traditionnelles dans le comté de Sonoma vendues entre 10 et 18 dollars la bouteille.

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