Les Américains vont-ils enfin se décider à déplacer le jour du vote à un weekend, plutôt que le premier mardi de novembre ? Cette tradition obsolète semble de plus en plus déplacée. Il y a certes le vote par correspondance, et certains états permettent même de voter une semaine à l’avance, mais franchement, il est temps de changer ça. Michael Moore soulignait récemment cette absurdité, et le représentant new-yorkais Steve Israel veut faire voter une loi pour déplacer Election Day. Ouvrons les bureaux de vote un weekend entier. Et tant qu’à faire, arrêtons de confier aux comtés la responsabilité de mettre en page les bulletins de vote et la calibration des machines. Et de grâce, la gestion des listes de vote devrait être confiée à une entité fédérale indépendante. Mais vu le peu de confiance que les Américains, qu’ils soient de droite ou de gauche, font à leur gouvernement, c’est une réforme qui relève du fantasme.

McCain 1908
McCain, l’homme qu’il nous faut en 1908.

John McCain aura eu le mérite de se battre jusqu’au bout, justifiant au moins l’image de battant (fighter) qu’il a tenté d’imposer au cours des dernières semaines, celle du rebelle (maverick) ne suffisant plus à attirer les indépendants en ces temps d’incertitude économique. L’énergie qu’il manifeste pour motiver ses supporters dont les rangs semblent s’être amaigris ces temps-ci est admirables mais m’inquiète un peu, et à chacun de ses meetings retransmis en direct sur CNN, je m’attends à le voir péter une veine. L’ancien combattant a ma foi l’habitude d’être sur la défensive, mais personne n’aurait cru il y a seulement deux mois qu’il aurait une telle bataille à mener.

Whitesnake ? Really ? Ca doit vraisemblablement être la seule bande-son qui reste au camp McCain, les autres artistes (Bob Dylan, Sheryl Crow, John Mellencamp, Bruce Springsteen, U2, etc.) s’étant rallié à Obama et ayant interdit à la campagne de son adversaire d’utiliser leur musique. Here I go again on my own… C’est clair, John, après ce soir, tu vas à nouveau te retrouver tout seul.

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Un couple de mariés gay à West Hollywood, lors de Halloween. Photo : Richard H. Licence Creative Commons.

En Californie, et particulièrement dans la région de San Francisco, il est une cause qui mobilise les passions plus encore que l’élection présidentielle — il faut dire que l’état est quasi-assuré de voter pour Obama. La Proposition 8, l’un des référendums citoyens sur lesquels les électeurs californiens votent aujourd’hui, vise à amender la constitution de l’état pour interdire le mariage entre deux personnes du même sexe, un droit que la Cour suprême de l’état a pourtant reconnu il y a plusieurs mois après une longue bataille juridique. La droite religieuse, appuyée et financée pêle-mêle par l’église mormone, l’archevêché catholique de San Francisco et les militants chrétiens évangélistes, a mis l’initiative sur les bulletins de vote et mené une campagne agressive, prenant pour argument la défense des valeurs familiales traditionnelles et la protection des enfants. Les opposants à la Proposition 8 sont pourtant nombreux et puissants, de Brad Pitt à Apple, qui ont chacun fait une donation généreuse à la campagne contre, mais si le « oui » l’emporte, non seulement le mariage gay sera désormais illégal, mais nul ne sait vraiment ce qu’il adviendra des unions déjà célébrées. Le cauchemar juridique pourrait se poursuivre jusqu’à la Cour suprême fédérale.

Si Obama l’emporte, le troisième grand gagnant (après Biden) sera clairement Howard Dean, qui méritera de pousser un Yeehaw! sans complexe. C’est le président du comité national du Parti démocrate qui, dès 2005, a défini une très ambitieuse stratégie reposant sur une campagne ne délaissant aucun état. Il dirigerait la reconquête des états traditionnellement démocrates étant passés du côté de Bush en 2000 et 2004, et le parti irait même mener une campagne agressive dans les bastions conservateurs du Midwest et du Sud. Et à la vue des derniers sondages, les électeurs semblent en phase de repeindre en bleu de nombreux red states. Pour ne rien dire des élections congressionnelles — les démocrates pourraient s’accorder une majorité confortable au Sénat, rendant Joe Lieberman l’un des grands perdants de cette élection, puisque sa voix d’indépendant ayant fait campagne pour McCain ne serait désormais plus indispensable à une majorité bleue (sauf s’il représente la soixantième qui pourrait empêcher une obstruction parlementaire).

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Obama vu par Ron English. Licence Creative Commons.

Ça va sûrement déchanter un peu en Europe dans les mois qui suivent. Le nouveau président a un merdier à la dimension galactique à gérer, et les relations internationales vont sûrement en souffrir, sauf celles qui réclament une attention immédiate — Iran, Irak, Afghanistan, Pakistan et Corée du Nord. Il faudra jongler pour rassurer les banquiers chinois, les princes saoudiens, cajoler Israël et dire à Poutine et Medvedev d’y aller mollo sur les anciens états soviétiques. Et avec bientôt 10% de chômage à la maison, un Dow Jones dans les chiottes et un marché immobilier plus que déprimé, le rapprochement avec le Vieux continent attendra sûrement un moment.

Contrairement à la France, les États-Unis n’ont pas de lois interdisant la publication de sondages ou d’estimation pendant la période précédant l’élection. Ce qui signifie que ce sont les états de la côte est, notamment la Virginie, la Pennsylvanie ou l’Indiana, qui vont donner le ton, et immanquablement influencer les électeurs plus à l’ouest. Une victoire d’Obama dans ces états, annoncée plusieurs heures avant la clôture des bureaux de vote du Colorado ou du Nevada, pourrait décourager les supporters de McCain les moins optimistes, et encourager ceux d’Obama à transformer une victoire en landslide… ou l’inverse.

McCain s’est obstiné au cours des derniers jours, épaulé par sa co-listière, à répéter qu’Obama veut banquerouter l’industrie charbonnière américaine, un secteur qui a fourni un emploi assuré à plusieurs générations de Virginiens. Il s’est appuyé sur une accusation de la part de Newsbusters, un site qui s’est donné pour mission de « dénoncer la subjectivité de gauche des médias américains », selon laquelle le San Francisco Chronicle aurait caché un entretien avec Obama, où le sénateur de l’Illinois aurait fait cette remarque. Manque de pot, la phrase a été sortie de son contexte, et le candidat démocrate ne faisait qu’affirmer l’évidence, à savoir qu’une centrale fonctionnant au charbon ne pourrait pas survivre financièrement aux régulations californiennes sur la pollution. Mieux encore, l’enregistrement de l’entretien était disponible depuis janvier sur le site du Chronicle. Ça n’a pas empêché le candidat républicain et Palin de répéter leur mensonge, ce qui confirme ce que beaucoup soupçonnaient depuis quelques semaines déjà : finalement, McCain n’est pas un rebelle, mais un méchant vieux con.

Commentaires

1 commentaire sur “Election Day : notes en vrac”

  1. Dolce le 5 novembre 2008 6:44

    Yes yes yes ! On espere maintenant d’Obama qu’il va bien travailler…

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