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oct
28
C’est la dernière ligne droite.
Certes, tout reste possible pendant la semaine qui reste avant l’élection générale. Une gaffe monumentale ou un scandale pourraient couler Obama à la dernière minute. Le camp du sénateur de l’Arizona compte aussi certainement sur un effet Bradley qui contredirait les derniers sondages.



Les posters de l’artiste Shepard Fairey ont été un énorme succès auprès des supporters d’Obama, et ont aussi donné l’occasion à ses adversaires de dénoncer et parodier une inspiration à l’héritage graphique pour le moins controversé.
Et comme on n’a plus rien à perdre côté McCain, on s’en remet à la propagande de bas étage, même si le candidat lui-même a déploré lors du dernier débat la négativité ambiante, et il y a quelques semaines a dû défendre Obama devant ses supporters les plus simplets, l’accusant pêle-mêle d’être un Arabe (« et alors ? », a dû penser Darrell Issa), un terroriste ou un ennemi des États-Unis. Mais depuis cet épisode, son agressivité a redoublé.Accuser le camp républicain de propager des mensonges sur le sénateur de l’Illinois est facile, mais en vérité, la désinformation avait commencé lorsque Hillary Clinton et Barack Obama s’étaient retrouvés seuls en lice pour la nomination démocrate.
Des supporters de Clinton insinuèrent qu’Obama manquait de patriotisme. Le sénateur de l’Illinois ne mettait en effet pas systématiquement sa main sur son cœur lorsque l’hymne américain était joué. Il n’avait pas de drapeau américain épinglé au revers de ses vestes (un ancien combattant lui en a donné un depuis).
Il y a aussi eu les rumeurs selon lesquelles Obama était musulman. En France, ça ne fait plus vraiment peur, sauf à Madame Michu et à de vieux frontistes tendance Gollnisch. Mais aux États-Unis, depuis le 11 Septembre, accuser quelqu’un de vivre selon la parole du Coran revient à les assimiler à un groupe terroriste.
Paradoxalement, ces accusations ont sûrement rendu service au camp Obama, qui a pu contrer ces premiers coups suffisamment tôt pour en lasser les médias et une bonne partie du public.
Mais il y a toujours des naïfs, des imbéciles, des racistes ou des sous-informés (ce sont généralement les mêmes) pour croire l’une ou plusieurs de ces rumeurs, et justifier a fortiori leur adhésion inconditionnelle au candidat de la droite conservatrice.
Jusqu’à cet été, la culture ambiante de la peur, si bien analysée par Barry Glassner et polémiquement illustrée par Michael Moore, donnait à l’ancien héros de guerre McCain l’avantage. Le vieux maverick était vu par une majorité d’Américains comme le plus apte à diriger le pays face à un monde hostile, où les troupes américaines étaient déjà présentes dans deux pays, avec un ben Laden toujours en fuite, un Iran menaçant et une Corée du Nord dont le dirigeant est devenu invisible.
Mais depuis la crise financière de ces dernières semaines, c’est désormais l’économie qui préoccupe les Américains, loin devant le terrorisme, l’Irak, l’avortement, l’immigration illégale (grand absent du débat cette élection) ou le droit de porter les armes. Et lors du dernier débat, c’était le sujet central. Il avait même une illustration : Joe le plombier, un Pennsylvannien qui aborda Obama la semaine dernière pour lui demander comment son programme fiscal allait l’affecter si jamais il rachetait une entreprise du coin.

Obama compte augmenter les impôts sur les entreprises réalisant un profit de plus de 250 000 dollars par an, ainsi que sur les foyers dont le revenu atteint ou dépasse cette somme. « Il faut répartir la richesse un peu partout », justifia le candidat auprès de Joe. Mais pour le plombier, cela ressemble à du « socialisme ».
C’est McCain qui mentionna le personnage lors du dernier débat, et de là, Joe The Plumber, mentionné une bonne douzaine de fois, fut évidemment assailli par les caméras de télévision au petit matin, à qui il délivra un petit numéro de chauvinisme teinté de libertarianisme primaire. Samuel J. Wurzelbacher, puisque c’est son nom à l’état civil, votera pour McCain, et sa visibilité ces derniers jours, renforcée par les clins d’oeil que continuent de lui adresser McCain et Palin, en dit beaucoup sur les efforts désespérés du camp républicain, qui s’accroche à tous les symboles possibles, même les plus insignifiants.
La raison pour laquelle Joe the Plumber est devenu si symbolique pour la campagne du candidat républicain est son interprétation simpliste de la politique fiscale d’Obama. Ce sont les classes moyennes américaines qui vont cette année décider du nouveau locataire de la Maison-Blanche. Et c’est clairement elles que McCain et Obama sont actuellement en train de courtiser dans les États où ne s’est pas encore dégagée une claire majorité.
Et comme c’est Obama qui propose une plate-forme fiscalement plus intéressante pour les classes moyennes et défavorisées, le camp McCain n’a plus guère qu’une carte dans son jeu pour tenter de remonter dans les sondages : la peur du socialisme.
Accuser un candidat démocrate d’être socialiste n’a rien de nouveau. C’est un vieux truc de républicain, aussi vieux que la Guerre froide. Mais la polarisation entre les deux candidats et le programme fiscal d’Obama, privilégiant les classes moyennes et défavorisées, permet aux conservateurs de l’accuser d’être un agent marxiste. Obama sème les graines du socialisme parmi la jeunesse, prévenait l’acteur Jon Voigt en juillet dernier dans un éditorial du Washington Times.

McCain n’a pas tardé à articuler ses attaques sans même prendre la peine les voiler : « At least in Europe, the socialist leaders who so admire my opponent are upfront about their objectives. They use real numbers and honest language. And we should demand equal candor from senator Obama. Raising taxes on some in order to give checks to others is not a tax cut, it’s just another government giveaway. » (discours hebdomadaire de John McCain, le 18 octobre 2008)
« Ce n’est pas le moment d’expérimenter avec le socialisme », raillait il y a quelques jours Sarah Palin à un meeting, qui depuis deux semaines martèle ce thème. Et McCain d’enfoncer : « On voit où il veut en venir ».
Pour les Français expatriés aux États-Unis, ces accusations sont savoureuses. Il y a d’abord l’ignorance criante d’une large partie du public américain en matière d’idéologie politique. La grande majorité d’entre eux n’ont jamais été confrontés à une politique socialiste, ni même sociale-démocrate.
La réaction des supporters de McCain les plus simplets expose aussi leur ignorance du système capitaliste. Le concept de redistribution est un pilier de l’idéologie marxiste, mais il s’agit aussi d’une idée présente dans la Richesse des Nations d’Adam Smith, et qui a trouvé de nombreuses incarnations dans les politiques de l’économiste conservateur Milton Friedman.
Mais surtout, pour les vieux cons dont je suis, le spectre rouge agité par l’ultra-droite américaine rappelle la psychose qui s’empara des petits commerçants et de la bourgeoisie giscardienne française en 1981, lorsque la perspective de François Mitterrand et sa plate-forme commune avec les stalinistes de la place du Colonel-Fabien faisaient trembler certains parmi la droite rillettes, alors même que le candidat socialiste avait promis un allègement des impôts pour les petits contribuables. Les boulangers imaginaient déjà leur commerce saisi par l’État, des paysans prévenaient qu’ils ne se laisseraient pas faire lorsque les jeunesses socialistes viendraient transformer leur ferme en kolkhoze, et parmi les plus fortunés, on parlait d’exil à Londres ou à Zurich.
De la même façon, en parfait parallèle avec l’élection de 2004, lorsque les Américains les plus anti-Bush menaçaient de s’exiler au Canada (ce que ne firent quasiment aucun d’eux), certains conservateurs proches de la retraite, effrayés à l’idée de voir un noir socialiste et musulman s’asseoir dans le Salon ovale, parlent déjà de fuir au sud, vers le Mexique, le Costa Rica ou une république bananière où les terrains de golf sont bien entretenus.
Obama, un socialiste ? La bonne blague. Mais pour la campagne McCain-Palin, ça n’en est pas une. C’est leur dernière carte. Et ça en dit long sur le désespoir qui commencer à percer chez les républicains.
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5 commentaires sur “Maobamarx”
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Ma seule hantise maintenant c’est la derniere pensee qui va traverser l’esprit de l’americain au moment de voter, pourvu qu’il ne se dise pas “oui mais Obama, il est noir, quand meme”.
let me get this straight. Les plus conservateurs proches de la retraite veulent s’en aller s’expatrier ailleurs? Mais attends, on va aller leur donner un coup de main avec leurs valises, ça ira plus vite!! En attendant, un message pour les autres: GO VOTE!!! Just because the polls say this or that… never mind the polls, GO VOTE!!!
Et Mme. Palin les accompagne, j’espere? Je lui offre volontiers le taxi jusqu’a l’aeroport.
c’est en ecoutant ma coiffeuse qui a son petit business (et qui doit gagner a peine plus que le faux Joe le plombier) que j’ai compris a quel point l’election sera plus serree que prevue. Elle resortait tous les arguments populistes sur les impots, alors qu’elle gagnerait sans doute financierement a avoir Obama elu.
cela dit, je doute que les propositions fiscales d’Obama soient realistes. Si ce n’est pas de la redistribution, en tout cas ca risque de virer au saupoudrage.
Toute cette idolatrie autour d’Obama est ridicule. Personne n’analyse de maniere raisonnable ce qu’il a fait et qu’il propose. Ce qui aura manque a cette campagne, c’est une confrontation d’idees.
Les leaders Republicains vont perdre parce qu’ils n’ont pas d’idees et parce que Palin fait reagir le camp d’en face, cf le post precedent. Ils ne comprennent pas les changements demographiques, surtout dans le South West. Ils sont restes coinces dans une ideologie dans un autre age.
A SF, je crois qu’on vit dans une bulle ou on meprise un peu trop les “ignares”. Ce qui me frappe pourtant, c’est le degre d’inculture general, qui va du democrate au republicain sans distinction. Et ca, Obama n’y changera rien!
[…] L’analyse très fournie de ce Français expatrié à San francisco fait état de la violence de la campagne électorale et des attaques dont Obama aurait fait les frais durant cette campagne. Avec un titre ironique, “MaobaMarx”, traduisant le progressisme du candidat décrié outre-atlantique. […]