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Photo : zve682. Tous droits réservés.

La réalité criminelle rejoint parfois la fiction télévisuelle. Dans la nuit du 2 au 3 septembre dernier, le soir même de la diffusion de l’épisode pilote de la nouvelle série Sons of Anarchy sur F/X, Mark “Papa” Guardado, le chef du chapitre de San Francisco des Hell’s Angels, était abattu par balle par un motard sur Mission Street suite à un corps-à-corps. Le meurtre sembla raviver la guerre larvée entre le club et son éternel rival, les Mongols (des membres des deux MCs s’étaient déjà affrontés en 2002 lors d’une bagarre sanglante à Reno, faisant trois morts et de nombreux blessés), puisque deux semaines plus tard, trois bombes-tuyaux explosaient près de la voiture d’un chef du clan adverse à San José, vraisemblablement en forme d’avertissement, deux jours après l’enterrement de Guarardo à Daly City, qui accueillit plus d’un millier de motards.

Pour compléter le tableau, trois membres d’un autre club motocycliste, les Set Free Soldiers, étaient arrêtés il y a deux mois et inculpés pour différentes violations de lois sur les armes à feu, association de malfaiteurs et intimidation, pour lesquels ils plaidaient non coupables le mois dernier. Les perquisitions associées aux arrestations faisaient suite à une bagarre entre les membres du club et des représentants des Hell’s Angels dans un restaurant de Newport Beach, dans le comté d’Orange.

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Christopher Ablett, arrêté pour le meurtre du président des Hell’s Angels de Frisco, Mark Guardado.

L’ironie, c’est que les Set Free Soldiers, fondés et menés par le pasteur Phillip Aguilar, ex-toxicomane, se présentent comme un club de motards chrétiens, prêchant la bonne parole et l’entrée dans le droit chemin pour les victimes de la drogue et autres criminels repentis.

Et hier, Christopher Ablett, un électricien vivant à Modesto, se rendait aux autorités dans l’Oklahoma. L’homme, un membre des Mongols, était recherché pour le meurtre de Guardado.

On est somme toute pas si loin de l’intrigue des Sons of Anarchy, une série créée et co-produite par Kurt Sutter, qui a travaillé en tant que co-producteur et scénariste sur l’excellent The Shield, actuellement dans sa dernière saison sur la même chaîne du câble. Le titre est celui d’un motorcycle club fictif qui a son siège et son chapitre principal dans la petite ville de Charming, dans le Mother Lode, dans le nord rural de la Californie. Clay Morrow, incarné par le fantastique et imposant Ron Pearlman, est le chef de ce gang qui se spécialise dans le trafic d’armes. Le vice-président du club est Jax Teller (Charlie Hunnam), dont le père disparu le hante à travers un manuscrit trouvé dans un carton. Sa mère est désormais la old lady de Clay, et James, en plus de ses propres démons, a quelques boulets à traîner. Il y a son ex, une junkie qui vient de donner naissance de justesse à un prématuré. Il y a une autre ex, plus ancienne, qui vient de débarquer après plusieurs décennies d’absence. Et puis il y a les Mayans, un autre gang de motards (lui aussi fictif) basé à Oakland, qui cause quelques soucis logistiques aux Sons.

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Charlie Hunnam incarne Jax Teller, le vice-président des Sons of Anarchy. Photo : Timothy White pour F/X. Tous droits réservés.

Il y a plus de Harleys et de tatouages dans Sons of Anarchy que dans tout le reste du PAA (paysage audiovisuel américain), et ma foi c’est à se demander pourquoi personne jusqu’ici n’avait créé une série autour d’un groupe de motards. Les dirigeants de F/X et leurs marketeux ont dû se rendre compte qu’il pouvaient séduire le public des mâles américains qui (re)découvre la moto. Il y a de nombreux venus parmi les usagers des deux-roues motorisés ces temps-ci. Certains sont séduits par le sens de liberté que symbolisent ces machines, notamment les grosses routières américaines immortalisées par Hollywood dans Easy Rider. D’autres y viennent par souci d’économie, réalisant que mêmes les quatres cylindres les plus gourmandes consomment moins au mile qu’une Toyota Corolla.

Sutter et son équipe ont fait un joli travail de recherche sur SoA. La communauté motocycliste américaine, notamment celle des clubs routiers, anticipait avec agacement la série, craignant de voir se renforcer les stéréotypes des motards hors-la-loi. Et ils n’ont pas été déçus — nombre d’entre eux l’ont accueilli avec dédain, ricanements ou colère. Mais l’actualité a du coup donné raison aux scénaristes. L’intrigue frôle parfois le soap opera — un reproche qu’on peut faire ces jours-ci à quasiment toutes les fictions policières sérialisées, des Sopranos à The Shield, mais les détails du club ont un parfum bien réel. Les membres des Sons of Anarchy enfourchent par exemple des Dynas carénées, un modèle de moto typique des clubs nord-californiens. Leur rivalité avec le club hispanique des Mayans ou leur quasi-haine d’un gang black n’a rien de fictif non plus.

Reste à savoir si le street cred que l’actualité récente apporte à la série va encourager ou pas les ventes de Harley-Davidson, qui est sérieusement touché par la crise financière (et qui comptait compenser en gonflant ses ventes en Europe grâce à l’acquisition récente du constructeur italien MV Agusta). En attendant, un épisode récent de la série illustrait un conseil utile aux squids et autres touristes : on ne s’asseoit jamais sur la moto d’un autre. Au mieux, vous risquez une remarque insultante de la part du propriétaire. Au pire, une branlée mémorable, voire une balle.

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Commentaires

1 commentaire sur “The Wild Ones”

  1. geneline le 10 octobre 2008 9:09

    J’aais tendance à penser que les Hell’s Angels relevaient de l’histoire comme Al Capone ou la pohibition, mais il semble qu’ils réactualisent…!

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