Citrouille
Je me suis un peu énervé sur les citrouilles cette année.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Ce soir, les minuscules du quartier feront la manche dans mon quartier pour exiger des confiseries à base de chocolat industriel et de sirop de glucose à forte teneur en fructose, que je serai heureux de leur offrir en échange de ne pas voir les arbres de ma pelouse décorés de pécu demain matin.

L’année dernière était la première fois que j’entendais Trick or Treat! sur mon palier. Il faut dire que la population très whitebread de Menlo Park ne permettait pas à leurs têtes blondes d’aller frapper aux portes des 4-plex, où pourraient résider des pédophiles, voire, pire, des pauvres. Les gamins ne défilaient que sur les pelouses des résidences de 800 000 dollars ou plus vers 16 heures, généralement escortés de leurs parents qui surveillaient d’un œil paranoïaque les goodies glânées par les mains rapaces de leur progéniture.

Alors cette année, j’ai même carrément sculpté quelques citrouilles, histoire de mettre un peu d’ambiance.

Maobamarx

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C’est la dernière ligne droite.

Certes, tout reste possible pendant la semaine qui reste avant l’élection générale. Une gaffe monumentale ou un scandale pourraient couler Obama à la dernière minute. Le camp du sénateur de l’Arizona compte aussi certainement sur un effet Bradley qui contredirait les derniers sondages.

HopeChangeProgress
Les posters de l’artiste Shepard Fairey ont été un énorme succès auprès des supporters d’Obama, et ont aussi donné l’occasion à ses adversaires de dénoncer et parodier une inspiration à l’héritage graphique pour le moins controversé.


Et comme on n’a plus rien à perdre côté McCain, on s’en remet à la propagande de bas étage, même si le candidat lui-même a déploré lors du dernier débat la négativité ambiante, et il y a quelques semaines a dû défendre Obama devant ses supporters les plus simplets, l’accusant pêle-mêle d’être un Arabe (« et alors ? », a dû penser Darrell Issa), un terroriste ou un ennemi des États-Unis. Mais depuis cet épisode, son agressivité a redoublé.

Accuser le camp républicain de propager des mensonges sur le sénateur de l’Illinois est facile, mais en vérité, la désinformation avait commencé lorsque Hillary Clinton et Barack Obama s’étaient retrouvés seuls en lice pour la nomination démocrate.

Des supporters de Clinton insinuèrent qu’Obama manquait de patriotisme. Le sénateur de l’Illinois ne mettait en effet pas systématiquement sa main sur son cœur lorsque l’hymne américain était joué. Il n’avait pas de drapeau américain épinglé au revers de ses vestes (un ancien combattant lui en a donné un depuis).

Il y a aussi eu les rumeurs selon lesquelles Obama était musulman. En France, ça ne fait plus vraiment peur, sauf à Madame Michu et à de vieux frontistes tendance Gollnisch. Mais aux États-Unis, depuis le 11 Septembre, accuser quelqu’un de vivre selon la parole du Coran revient à les assimiler à un groupe terroriste.

Paradoxalement, ces accusations ont sûrement rendu service au camp Obama, qui a pu contrer ces premiers coups suffisamment tôt pour en lasser les médias et une bonne partie du public.

Mais il y a toujours des naïfs, des imbéciles, des racistes ou des sous-informés (ce sont généralement les mêmes) pour croire l’une ou plusieurs de ces rumeurs, et justifier a fortiori leur adhésion inconditionnelle au candidat de la droite conservatrice.

Jusqu’à cet été, la culture ambiante de la peur, si bien analysée par Barry Glassner et polémiquement illustrée par Michael Moore, donnait à l’ancien héros de guerre McCain l’avantage. Le vieux maverick était vu par une majorité d’Américains comme le plus apte à diriger le pays face à un monde hostile, où les troupes américaines étaient déjà présentes dans deux pays, avec un ben Laden toujours en fuite, un Iran menaçant et une Corée du Nord dont le dirigeant est devenu invisible.

Mais depuis la crise financière de ces dernières semaines, c’est désormais l’économie qui préoccupe les Américains, loin devant le terrorisme, l’Irak, l’avortement, l’immigration illégale (grand absent du débat cette élection) ou le droit de porter les armes. Et lors du dernier débat, c’était le sujet central. Il avait même une illustration : Joe le plombier, un Pennsylvannien qui aborda Obama la semaine dernière pour lui demander comment son programme fiscal allait l’affecter si jamais il rachetait une entreprise du coin.

Obama, secrétaire général

Obama compte augmenter les impôts sur les entreprises réalisant un profit de plus de 250 000 dollars par an, ainsi que sur les foyers dont le revenu atteint ou dépasse cette somme. « Il faut répartir la richesse un peu partout », justifia le candidat auprès de Joe. Mais pour le plombier, cela ressemble à du « socialisme ».

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Poires
À la campagne, il y a des fermiers qui, faute de pouvoir être présents sur leur stand, font confiance à leurs clients.

Parmi les choses que j’apprécie dans la vie rurale californienne, il y a l’honor system.

Prenez ce stand, situé sur Merritt Road, à Kelseyville, le long de la route 29. Le propriétaire, dont la maison est située à proximité, n’y est que très rarement présent. Lorsque j’ai une envie de poires entre l’été et l’automne, je m’y arrête en chemin pour y acheter un sac, voire un cageot (selon la quantité ou la variété, elle coûtent entre 50 cents et 1 dollar la livre).

Une caisse est là pour y insérer l’argent - pas de monnaie, désolé. Il y a d’autres petites fermes fonctionnant sur le même modèle, où j’achète aussi maïs, noix, noisettes ou pommes de terre.

Potager
Le petit Victory garden de la maisonnée : tomates, basilic, épinards, romaine et brocoli.

C’est l’automne, et la récession menace de se transformer en dépression. J’ai donc agrandi notre très modeste Victory garden le mois dernier. En plus des tomates, du basilic et du thym, j’ai planté à la mi-septembre radis, épinards, romaine et brocoli. Pas de courges, car je n’ai que peu d’intérêt pour ces légumes que les Américains affectionnent particulièrement. Sans doute, comme pour beaucoup de mes compatriotes, ces cucurbitacés symbolisent un peu trop pour moi les maigres repas que mes aïeux se tapaient sous l’Occupation, pendant que ces enfoirés de SS se gavaient de saucisson à l’ail (si vous ne me croyez pas, regardez les documentaires de Gérard Oury).

AFFA
Photo : zve682. Tous droits réservés.

La réalité criminelle rejoint parfois la fiction télévisuelle. Dans la nuit du 2 au 3 septembre dernier, le soir même de la diffusion de l’épisode pilote de la nouvelle série Sons of Anarchy sur F/X, Mark “Papa” Guardado, le chef du chapitre de San Francisco des Hell’s Angels, était abattu par balle par un motard sur Mission Street suite à un corps-à-corps. Le meurtre sembla raviver la guerre larvée entre le club et son éternel rival, les Mongols (des membres des deux MCs s’étaient déjà affrontés en 2002 lors d’une bagarre sanglante à Reno, faisant trois morts et de nombreux blessés), puisque deux semaines plus tard, trois bombes-tuyaux explosaient près de la voiture d’un chef du clan adverse à San José, vraisemblablement en forme d’avertissement, deux jours après l’enterrement de Guarardo à Daly City, qui accueillit plus d’un millier de motards.

Pour compléter le tableau, trois membres d’un autre club motocycliste, les Set Free Soldiers, étaient arrêtés il y a deux mois et inculpés pour différentes violations de lois sur les armes à feu, association de malfaiteurs et intimidation, pour lesquels ils plaidaient non coupables le mois dernier. Les perquisitions associées aux arrestations faisaient suite à une bagarre entre les membres du club et des représentants des Hell’s Angels dans un restaurant de Newport Beach, dans le comté d’Orange.

mugshot
Christopher Ablett, arrêté pour le meurtre du président des Hell’s Angels de Frisco, Mark Guardado.

L’ironie, c’est que les Set Free Soldiers, fondés et menés par le pasteur Phillip Aguilar, ex-toxicomane, se présentent comme un club de motards chrétiens, prêchant la bonne parole et l’entrée dans le droit chemin pour les victimes de la drogue et autres criminels repentis.

Et hier, Christopher Ablett, un électricien vivant à Modesto, se rendait aux autorités dans l’Oklahoma. L’homme, un membre des Mongols, était recherché pour le meurtre de Guardado.

On est somme toute pas si loin de l’intrigue des Sons of Anarchy, une série créée et co-produite par Kurt Sutter, qui a travaillé en tant que co-producteur et scénariste sur l’excellent The Shield, actuellement dans sa dernière saison sur la même chaîne du câble. Le titre est celui d’un motorcycle club fictif qui a son siège et son chapitre principal dans la petite ville de Charming, dans le Mother Lode, dans le nord rural de la Californie. Clay Morrow, incarné par le fantastique et imposant Ron Pearlman, est le chef de ce gang qui se spécialise dans le trafic d’armes. Le vice-président du club est Jax Teller (Charlie Hunnam), dont le père disparu le hante à travers un manuscrit trouvé dans un carton. Sa mère est désormais la old lady de Clay, et James, en plus de ses propres démons, a quelques boulets à traîner. Il y a son ex, une junkie qui vient de donner naissance de justesse à un prématuré. Il y a une autre ex, plus ancienne, qui vient de débarquer après plusieurs décennies d’absence. Et puis il y a les Mayans, un autre gang de motards (lui aussi fictif) basé à Oakland, qui cause quelques soucis logistiques aux Sons.

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La claque

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yf
Lundi noir aux États-Unis.

Les nouvelles sont plutôt mauvaises. La situation actuelle donne des airs de déprime de rentrée de vacances à l’explosion de la Bulle de 2000, ou même au cassage de gueule spectaculaire qui suivit le 11 Septembre. Mardi, Le Dow Jones Industrial Average se prenait tout de même pris une gamelle de 777 points, soit presque 7%, du jamais vu depuis plus de deux décennies. Après une remontée partielle à partir du lendemain, et au moment même où une majorité des membres Parlement américain semblent enfin s’être mis d’accord pour voter un plan de sauvetage historique, la Bourse a plongé encore aujourd’hui, effaçant ainsi les gains enregistrés les deux jours précédents.

Même pour les Américains qui ne sont pas au bord de la forclusion ou qui n’ont pas d’actions AIG ou Fanny Mae dans leur portefeuille d’actions vont être touchés. Certes, pour la plupart, leur argent investi dans des comptes chèques, épargne ou autres CD est en sécurité. Mais la complexité des mécanismes économiques rend tout ce petit monde solidaire. Malheureusement, les partisans de ce plan de sauvetage, qui a le handicap supplémentaire de ressembler à une carte blanche, l’ont très mal présenté, et pour l’Américain de base, cela ressemble à un cadeau supplémentaire aux fat cats déjà engraissés par leurs gros bonus. Mais comme le soulignent nombre d’analystes et de politiques depuis quelques jours déjà : il ne s’agit plus seulement de huiler Wall Street, mais de sauver Main Street.

D’abord, beaucoup d’Américains possèdent dans leur épargne de retraite des fonds communs de placement qui incluent des parts des institutions en disgrâce. J’ai vu mon argent investi dans le fonds Fidelity Balanced fondre comme neige au soleil au cours des derniers mois. Les conseillers financiers n’ont plus peur de dire à leurs clients proches de la retraite de continuer à travailler pendant quelques années supplémentaires.

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