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Absinthe : Le Tourment vert
Publié dans bibine et pinard | Votez pour ce billet sur Pioche, Reddit, Scoopeo, Wikio | Ajoutez à vos signets delicious
Depuis que l’absinthe a été à nouveau légalisée aux États-Unis il y a un peu plus d’un an, l’offre s’est peu à peu élargie. À côté de la Suisse Kübler, on trouve désormais la Lucid, la bouteille branchée concoctée par Ted Breaux chez Combier, à Saumur, mais aussi l’Absinthe Verte produite à Alameda, en Californie, par St. George Spirits — le premier spiritueux de ce type produit légalement aux États-Unis depuis l’interdiction.
Avertissement : j’ai testé ce produit grâce à un échantillon gratuit fourni par l’importateur.
Le Tourment vert est la dernière arrivée sur le marché américain. Produite par la distillerie Vinet Ege de Brie-sous-Archiac, dans la Charente-Maritime, le breuvage est selon le distilleur élaboré « à partir d’un alcool de grain de la plus haute qualité, tout en utilisant la véritable armoise “Grande Absinthe” » (le nom poétique de la plante Artemisia absinthium).

Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.La bouteille est arrivée sur le pas de ma porte accompagné d’une carte en français signée par Bruno Dellanoy, le propriétaire de la distillerie, suggérant que le Tourment vert « peut être servi traditionnellement (sur un sucre avec de l’eau) », mais qu’il préfère personnellement « le servir sur un glaçon dans un petit verre ».
Le spiritueux a un taux d’alcool de 50°, inférieur à celui de la plupart des absinthes déjà vendues sur les marchés américains et européens, qui dépassent généralement les 60°, à l’exception de la Kübler, étiquetée à 53°. L’importateur souligne que cela fait du Tourment vert un ingrédient de cocktail versatile — et suggère plusieurs recettes, dont la Gargoyle, un lemon drop à l’absinthe, ou le Tourment Spritzer (1 volume de l’absinthe en question, deux d’eau gazéifiée et un citron ou une orange pressée).
La bouteille est une élégante carafe aux décorations art déco verdâtres, scellée par un bouchon à la tête en bois, le tout muselé comme une bouteille de mousseux. Au nez, le Tourment vert affiche une odeur qui se démarque de celle de ses concurrentes. Les parfums d’anis, de fenouil ou de réglisse, dominants dans d’autres absinthes, sont ici éclipsés par une odeur de… menthol, qui n’est pas sans rappeler le sirop contre la toux ou le rince-bouche.

Les couleurs très différentes de quatre absinthes. De gauche à droite : la Nouvelle-Orléans de Jade Liqueurs, la Kübler de Blackmint, Le Tourment vert de Vinet-Ege, et l’Absinthe Verte de St. George. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.Consommé traditionnellement (dilué dans de l’eau fraîche versée sur un morceau de sucre, posé sur une cuillère), le Tourment vert est plutôt décevant pour ceux qui s’attendent à une absinthe dans la tradition suisse ou française. La couleur est d’un vert opalin qui se trouble à l’ajout d’eau, sans pour autant achever d’opacité (l’étiquette mentionne l’utilisation de colorants : jaune n°5, bleu n°1 et rouge n°40). La bouche là encore rappelle le rince-bouche, avec un brin d’eucalyptus. La boisson n’est pas désagréable, mais très éloignée des autres absinthes du marché. En shot, sur un glaçon, la liqueur dégage des arômes similaires, avec une fin mentholée où on détecte un brin d’anis en longueur.
Le Tourment vert, avec son prix légèrement inférieur aux autres bouteilles vendues sous la désignation d’absinthe (entre 50 et 65 dollars US environ, contre 60 à 85 dollars pour la Lucid et l’Absinthe verte, selon les magasins), est donc en effet mieux positionné s’il est marketé comme un ingrédient de cocktail, ce que l’importateur semble confirmer. Ma douce amie, ex-bartender de son état, a donc vite fait de composer le premier cocktail suggéré, le Gargoyle. Puriste, elle remplace cependant le sweet-and-sour par du Cointreau, et rajoute un brin de romarin du jardin comme garniture. Le résultat est agréable — le triple sec et le jus de citron masquant le goût mentholé de la liqueur, et relevant l’arôme d’eucalyptus.
L’importateur, basé à San Francisco, a déjà lancé le Tourment vert sur 11 marchés américains, et vise une distribution nationale d’ici septembre. Pour l’instant, il n’est pas distribué en dehors des États-Unis, à l’instar de nombreuses autres spiritueux fabriqués en France et destinés à agrémenter les cocktails des bars branchés d’outre-Atlantique. Malgré sa faible ressemblance aux absinthes existantes, le Tourment vert vise peut-être, au-delà des cocktails, à plaire aux palais des Américains dont beaucoup sont peu réceptifs aux arômes d’anis. Les amateurs d’absinthe traditionnelle ou de pastis, eux, risquent d’être déçus, ou pour le moins surpris.
Le Tourment vert est disponible dans la plupart des principales régions métropolitaines américaines, notamment chez BevMo. Dans la région de San Francisco, il est également disponible notamment chez D&M (SF), Beltramo’s (Menlo Park), Bottle Barn (Santa Rosa) et K&L Wine Merchants (SF et Redwood City). Entre 50 et 70 dollars US en bouteille de 750 ml.
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4 commentaires sur “Absinthe : Le Tourment vert”
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Vivant à deux pas du Val de Travers, à chaque fois que je passe devant une de ces bouteilles, je me demande si je devrais goûter l’absinthe. A ma grande honte, je n’ai aucune idée du goût que cela peut bien avoir.
Je ne suis pas fana de l’anis et j’ai peur d’être déçu par cette boisson à la réputation sulfureuse.
ça arrache quand même, l’absinthe. J’ai goûté ça chez un ami, sans eau, mais sur glace, j’ai pas terminé mon verre !
Pourtant, il y a toute une histoire autour de cet alcool, on se reverrait bien à paris au chat noir avec toulouse lautrec.
C est appreciable l ethique du bloggeur qui precise que c est dans le cadre d une demarche marketing. Merci pour ce signe de respect des lecteurs, F
Merci. Je tenais à préciser le fait qu’il s’agissait d’un échantillon envoyé par le distributeur (sur ma demande) pour des raisons de transparence. Mais cela ne change rien quant à ma démarche et mon opinion, qui restent indépendantes (il ne s’agit pas pour moi de marketing, mais d’une approche critique et journalistique). Je pense que c’est clair à la lecture de ce billet — Arnaud.
Bonjour,
le Val de Travers et la région Est de la France ont été et restent des lieux avec des savoirs sur la manière de fabriquer l’absinthe de qualité, aux gouts exceptionnels, c’est ce qu’on peut lier Terroir. L’anis (étoilée) n’est pas la dominante d’une absinthe, c’est un concert de saveurs et de sensations diverses. Donc, pas de préjugés (certe tant d’années d’histoire sulfureuse) à avoir si l’on trouve une bonne absinthe. Aujourd’hui, depuis la récente législation européenne de 1988, l’absinthe se refabrique, se reconsomme, etc… un peu partout, dans le monde.
Je mène une thèse en Sociologie de l’alimentation sur le Revival de l’Absinthe, dans les régions d’origines, mais aussi d’ailleurs. Je suis intéressé par l’avis (anonymes ou pas) des absintheurs du XXIème siècle. Aussi, si d’une manière ou d’une autre vous en faite partie… mon site: www.absinthology.org -