La production vinicole des États-Unis se concentre dans quatre états : Californie, Oregon, Washington et New York. À eux seuls, ces quatre noms représentent plus de 95% de la production américaine. Le reste, les autres 46, relèvent encore de l’anecdote.

muscadine
Vitis rotundifolia, ou muscadine, l’une des vignes natives du Nouveau Monde.

J’étais donc curieux, le mois dernier, de visiter un domaine viticole situé à un quart d’heure de Sarasota. Il existe une quinzaine de producteurs en Floride, dont les autorités décernent une appellation d’état aux vins produits localement (aucune appellation de type American Viticultural Area, accordée par le gouvernment fédéral, n’y existe actuellement).

Le domaine Rosa Fiorelli se situe au sud de Tampa, dans les environs de Bradenton, à une trentaine de kilomètres à l’intérieur des terres. Au détour d’une orangeraie, un paysage typique de ce coin du Sud américain, la vue d’un vignoble est a priori surprenante. Mais c’est pourtant là que l’histoire viticole américaine a commencé, même si elle y a surtout été ponctuée d’échecs. Le cépage dominant y est la muscadine (aucun rapport avec les différents cultivars du muscat), une plante qui représente sa propre famille, Vitis rotundifolia. Elle a été vite ignorée par les moines espagnols puis les premiers colons européens, qui lui ont préféré les cépages à base de Vitis vinifera ou Vitis labrusca. Mais la muscadine se plaît dans le climat chaud et humide du Sud américain, et particulièrement en Floride.


Le domaine Rosa Fiorelli vu de la route CR-675. Grand format

Antonio Fiorelli et sa femme tiennent le domaine. Ce couple sicilien a gardé l’accent prononcé de leur île natale. Antonio est né dans une famille de viticulteurs, mais il n’avait aucune envie de suivre la vocation. Trop de travail, avoue-t-il. Mais ironie du destin, après avoir émigré vers New York il y a trente-sept ans, puis en Floride douze ans plus tard, il se retrouve à travailler les vignes sous la chaleur écrasante du Golfe du Mexique. Les vendanges ici se font au printemps. La grappe de la muscadine est petite et irrégulière, et tous les grains ne mûrissent pas en même temps, rendant la récolte particulièrement délicate.

Rosa a préparé des snacks pour accompagner chaque vin. Le premier est, évidemment, un blanc. Le cépage utilisé est appelé, en français dans le texte, blanc du bois. Les 40 chromosomes de la muscadine rendent les hybrides problématiques, mais cela n’a pas découragé les chercheurs de l’Université de Floride qui ont réussi à l’associer à la Vitis vinifera, qui en compte 38. Le blanc du bois produit des blancs secs comme celui du domaine. Un autre hybride, le conquistador, permet à Antonio de produire un vin rouge. Le reste de ses vins, tous élevés en cuve d’acier et vinifiés aux copeaux de bois, à la mode australienne, sont à base de muscadine (son Manatee Red y asssemble toutefois du cabernet-sauvignon importé de Californie).

antonio
Antonio, Sicilien de naissance, s’est retrouvé en Floride où il a maintenu la vocation familiale viticole.

Le blanc du bois ne détonne pas. C’est un vin qui pourrait être servi à un repas sans avoir besoin d’introduction. Mais les rouges et rosés à base de muscadine, variant du sec au doux, ont un goût très particulier qui n’est pas sans rappeler le chewing gum ou le sirop contre la toux. Il se boivent, mais ils nécessitent une période d’adaptation, sachant que certains ne développeront jamais de goût particulier pour le vin de muscadine.

Si vous passez dans le coin, allez goûter les vins d’Antonio. Faites-vous une opinion. Prenez-vous une bouteille de son vin blanc. Et vous avez le droit de décréter la muscadine comme une grappe inepte au vin. Les Espagnols l’ont fait il y a déjà quatre siècles. Mais bon, ce sont les mêmes qui ont dédaigné la culture des autochtones et en ont fait leurs esclaves. Les hybrides à base de muscadine, eux, pourraient se révéler le véritable futur de la viticulture floridienne.

Commentaires

2 commentaires sur “Aventures viticoles en Floride”

  1. Manu le 1 juillet 2008 19:16

    Eh ben chapeau! Et les snacks, c’etait quoi? (je crains le pire evidemment)

    Sinon, je rajoute de ce pas “chewing-gum” et “sirop contre la toux” dans mes familles aromatiques (heu, amyliques surement?). Comme dirait l’autre “Quand ca change, ca change. Faut jamais s’laisser demonter.”

  2. Dolce le 2 juillet 2008 5:54

    Merci pour l’information, si je vias dans le coin, j’essaierai d’y faire un tour :)

Laisser un commentaire