Après un cours de danse à Santa Rosa (nous perfectionnons nos talents de valseurs), nous avons samedi après-midi rejoint des connaissances à Hopland pour l’édition 2008 du Passport, l’événement viticole de la région où les domaines du coin versent à gogo leurs différents crus. Cette fois-ci, nous n’avons pas comme l’année dernière visité tous les producteurs — d’une part par manque de temps, et surtout parce certains n’en valent pas vraiment la peine.

Colombard
Le colombard est le deuxième cépage le plus planté en Californie derrière le chardonnay. La plupart est utilisé pour des vins de table, mais quelques viticulteurs en font des bouteilles très respectables, comme McNab Ridge.

Je me suis surtout concentré sur les rosés, goûtant quand même ici et là quelques blancs et rouges éveillant ma curiosité. Chez Brutocao, le rosé de sangiovese est sympathique (et pas cher, puisqu’on peut s’en procurer une caisse pour 60 dollars), mais c’est un rouge qui valait le détour : le Quadriga est un assemblage de cépages italiens — sangiovese, primitivo (l’ancêtre probable du zinfandel), dolcetto et barbera. Belle charpente, le genre de bouteille à ouvrir avec un plat à la bolognaise, et dont je vais mettre un exemplaire au frais dans la cave. Le 2005 est le best-seller de la série italienne du domaine, et le 2006, goûté en fût, semble prometteur, mais je ne déguste que très rarement des vins non encore embouteillés, donc ne me demandez pas de vous donner une opinion d’expert, je ne sais pas vraiment de quoi je parle.

Pour le reste, le rosé de grenache de McDowell ne vaut pas franchement son prix. De l’autre côté de l’US 101, Graziano, qui produit sous quatre marques différents styles de vin, propose notamment un rosé de zinfandel. Il n’est pas le seul : à quelques miles de là, Nelson Family, dont j’apprécie particulièrement le riesling et le rouge maison, produit également un vin de la même couleur à partir du même cépage, mais attention : il ne s’agit pas de white zinfandels, mais de rosés secs de saignée. Là encore cependant, c’est un peu cher par rapport à un costières-de-nîmes à 6 euros.

La surprise est venue de McNab Ridge, que j’avais l’année dernière snobé. Le viticulteur-propriétaire est Rich Parducci, le petit-fils de John, qui fonda Parducci Wine Cellars à Ukiah, revendu il y a quelques années. Comme son grand-père, Rich aime à dire qu’il produit du vin facile à boire, ce qui n’est pas nécessairement un gage de qualité. McNab Ridge est aussi, curieusement, le premier domaine de Mendocino à avoir cultivé le pinotage, ce cépage hybride sud-africain, un croisement entre pinot noir et cinsault. Le résultat est un vin sombre, trop tannique et râpeux à mon goût. Le pinotage californien nécessite peut-être un goût acquis pour être apprécié. Ou peut-être s’agit-il d’un vin tout simplement, comment dire, ah oui : dégueulasse. Le domaine utilise aussi ce pinotage dans son Coro Mendocino, mais le résultat me semble plutôt médiocre, surtout pour une bouteille vendue 35 dollars.

Le vin qui a retenu mon attention est étiqueté French Colombard. Je connais le colombard pour sa participation au cognac, à l’armagnac, et, accessoirement, au pineau des Charentes (il est aussi utilisé dans certains vins de Gascogne et bordeaux de la rive gauche). C’est un cépage en recul dans l’Hexagone. Mais jusque dans les années 80, le colombard était la grappe de cuve blanche la plus répandue en Californie. Dans la Vallée centrale, Gallo et compagnie l’utilisaient pour produire des piquettes jaunes étiquetées Chablis ou White Burgundy, que les Américains, alors peu regardants, engloutissaient au gallon (ce type de vin existe toujours, étiqueté plus honnêtement). Le reste allait à la production de brandy bon marché. Puis Kendall-Jackson est arrivé et a popularisé un style de vin de chardonnay qui est vite devenu le blanc de prédilection du pays.

Encore au début des années 1990, le colombard représentait près du quart des grappes pressées pour la production de vin en Californie. En 2001, la superficie plantée n’était plus que de 8% des vignobles, mais en 2007, la production de French Colombard était en hausse de 11% par rapport à l’année précédente, avec presque 320 000 tonnes (contre 589 000 de chardonnay), soit 23% des cépages blancs de l’état, très loin devant le sauvignon (105 mille tonnes). En clair, le colombard est au monde de l’œnophilie ce que NASCAR est à l’élite intellectuelle américaine : incroyablement populaire, mais royalement ignoré.

La bouteille étiquetée French Colombard de McNab Ridge est clairement donc une surprise, même si je savais que le colombard était cultivé dans le comté de Mendocino, puisque le Français émigré Hubert Germain-Robin produit avec un excellent brandy que je recommande chaudement. Voilà seulement trois millésimes que Rich Parducci fait ce vin de colombard, apparemment à la demande de sa femme, et ma foi le résultat est surprenant et très agréable (je ne suis apparemment pas le seul à être enthousiaste), surtout pour 12 dollars la bouteille. Ni sec ni vraiment doux, il rappelle un riesling du coin par son bouquet, mais le goût est unique, fruité et floral à la fois — voilà qui va se descendre tout seul dans le jardin, à l’ombre du grand chêne. Hop, j’en ai pris deux, et comme d’autres acheteurs du domaine ce jour-ci, j’ai confié à une artiste de Ukiah, installé là à une table, le soin d’en décorer l’une d’entre elles, qu’elle a peinte sur le thème de Cinco de Mayo. « Vous savez, c’est un peu blasphématoire de mettre un sombrero sur une bouteille étiquetée French Colombard, je plaisante, en gros pédant. Le 5 Mai est une défaite française. » Mais bon, qui suis-je pour condamner la licence artistique de cette dame ?

Happy Cinco de Mayo.

– Pub –

Commentaires

Laisser un commentaire