Sauvetage de caneton

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Décidément, les oiseaux du coin sont une source d’inspiration inépuisable pour ce blog. Il faut dire que le comté de Lake, dont le grand héron est le symbole, est un trésor pour les ornithologues.

Caneton
Trop jeune pour faire un magret.
Caneton en cage
Hello, Clarisse.

Je fais ce matin une pause dans mon jardinet, mug de café à la main, vérifiant l’état des plants de tomates et mesurant l’effet du désherbant sur l’allée, quand soudain j’aperçois le drame en train de se jouer sur l’herbe du terrain voisin : l’un des chats du voisinage, un voyou blanc et gris (notez que je précise sa couleur par souci de précision, n’y voyez donc là rien de raciste), est en train de pourchasser un caneton d’à peine huit centimètres de haut.

Ne voyant nulle part trace des parents du mini-palmipède, je me précipite pour le sauver des griffes du félin. L’oisillon est clairement paralysé par la peur, et j’arrive à le ramasser sans trop de mal, encore qu’un fois dans ma main, il s’agite et cherche désespérément à s’enfuir. Take it easy, little dude. C’est pour ton bien.

Bon, il est bien mignon, mais j’en fais quoi, maintenant ? Heureusement, l’une des cages servant à transporter les chats chez le vétérinaire est encore dans le living room suite à une visite récente (rappel de vaccin — ces chats doivent être plus à jour que moi). Je mets donc le minuscule dans la cage que je verrouille prudemment et que je pose sur la table. Les deux félins domestiques sont fascinés. L’oisillon est lui terrifié. Je vais chercher une petite serviette que j’insère dans la cage pour lui tenir au chaud, et j’emporte le tout dans la chambre à coucher, dont je ferme soigneusement la porte. Les deux chats sont clairement déçus, et restent postés là, espérant pouvoir pénétrer dans la pièce pour voir qui est ce petit visiteur duveteux, qui de surplus pourrait se révéler goûteux.

Je sais qu’il existe dans le comté un refuge pour animaux domestiques, mais aussi un autre pour les animaux sauvages. Je trouve le numéro sur le site de l’administration, et j’appelle. Je tombe sur un message enregistré, mais après quelques seconde quelqu’un décroche, et une voix féminine se présente. J’explique ma trouvaille. La dame me dit que les parents ne reprendront jamais l’oiseau une fois qu’il s’est séparé du groupe — il est d’ailleurs possible qu’ils l’aient abandonné. Elle me conseille d’apporter le caneton, et surtout d’éviter de jouer avec en attendant — il pourrait s’attacher et me prendre pour sa maman, et après impossible d’en faire un animal indépendant, capable de se nourrir tout seul. Je me vois mal de toutes façons me balader partout suivi d’un canard, ça ferait pas sérieux.

ÉcureuilHep, hep, t’as des clopes ?
Duck PotBien au chaud.

J’embarque donc la cage et son occupant dans la Jeep, au grand désarroi des deux chats de la maisonnée, et je pars pour les environs de Cobb Moutain, une localité située dans des montagnes au sud-ouest de Clear Lake. Le caneton n’apprécie pas ma conduite, et se plaint lorsqu’il juge mes freinages ou mes accélérations un peu trop brusques — l’ingrat.

J’arrive à l’adresse que la dame du Wildlife Center m’a donnée. Une petite route privée serpente vers plusieurs petits bâtiments, dont une résidence. Une pancarte All Wildlife pointe vers un minuscule abri. Open - Come In, invite la porte. À l’intérieur cependant, personne. Enfin, personne d’humain. Un écureuil speedé s’agite dans une cage. D’après les notes apposées sur la grille, c’est un orphelin émacié et diarrhéique. Pour un affamé qui a la chiasse, c’est un gros nerveux. Une note sur la cage voisine identifie un autre animal abandonné par ses parents, cette fois-ci un opossum. Celui-là se planque sous un bout de chiffon, sans doute honteux d’appartenir à l’une des espèces les plus laides qui soit parmi les mammifères. De l’autre côté, je vois un petit container rond sous une lampe éteinte, garnie d’une serviette attachée comme pour créer une tente au-dessus du récipient. Dès que j’ouvre la serviette pour jeter un oeil dans le container, un oisillon pointe son bec et commence à réclamer son dû. « Je suis pas ta mère, moi », lui dis-je avant de réaliser, honteux, la cruauté de mes paroles : cette petite créature est, elle aussi, orpheline. Sorry, dude.

Sur la table au centre de la pièce, une pancarte porte des instructions en cas d’absence du personnel, qui est apparemment en déplacement pour récupérer un autre animal. Je sors donc le caneton de la cage tant bien que mal, je le dépose dans un container rond que j’ai garni d’une petite serviette, et j’insère le tout dans la seule cage vide de l’abri. Voilà, tu es à l’abri, ducky. Je laisse sur le bloc-notes une explication, mon nom et mon numéro de mobile, et je fais mes adieux à la ménagerie. L’opossum continue à m’ignorer.

De retour à la maison, je m’attends à trouver les deux chats faisant la gueule, furieux de m’avoir vu partir avec un pote ou un magret potentiel. Que nenni. Ces deux cons sont occupés à jouer avec un insecte sur le parquet su salon. Je jette un œil sur le coléoptère en question. Il est petit et coloré, mais il ne m’inspire aucune sympathie. Je laisse les chats le torturer. J’ai la conscience tranquille pour aujourd’hui.

Commentaires

2 commentaires sur “Sauvetage de caneton”

  1. Walter Proof le 2 mai 2008 22:20

    Elle est bien, ton histoire, tonton Arnaud ! Allez ! Racontes-nous-en une autre ! ;)

  2. manu le 26 mai 2008 11:20

    nous aussi, on a récupéré un caneton. on se demande comment le nourrir..

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