Les habitants de la région de la Baie — et de nombreux Américains dans le reste du pays — suivirent avec attention en 2006 la tragédie qui frappa la famille Kim, piégée dans l’Oregon pendant 9 jours dans la boue, la neige et le froid, et qui coûta la vie à un père de deux enfants.

Pneu crevé
Photo : I, Timmy. Licence Creative Commons.

Cet épisode rappelle à quel point l’ouest des États-Unis reste pour sa majorité un pays sauvage, souvent désertique, qu’on ne doit pas prendre à la légère. Un mauvais tournant dans de mauvaises conditions météorologiques peut se révéler être fatal pour le conducteur mal préparé.

Ayant vécu dans le sud-ouest américain dans les années 80 et désormais installé dans un coin un peu paumé du nord de la Californie, je peux attester que l’art du road trip (en voiture ou à moto) peut signifier nombre de détours involontaires par des patelins où le chiffre de l’altitude surpasse celui de la population par plusieurs multiples, d’embourbages, d’enneigements ou d’ensablages évités de justesse, sans mentionner une panne sèche embarrassante, heureusement à seulement un demi-kilomètre d’une station d’essence dans la Californie centrale. Légèrement parano de nature, j’ai désormais embarqué dans la voiture un petit sac à dos de survie, histoire de parer au pire.

Voici donc dix conseils de base à suivre avant de partir pour un long voyage en voiture, ou dans un coin que vous connaissez peu ou pas du tout. Si vous êtes un vétéran des road trips, donnez-nous vos tuyaux.

Dix conseils pour survivre un road trip »

Sickle

Une quête typiquement gauloise.

Suivant les conseils de Candide et des partisans de l’auto-suffisance, je cultive ces temps-ci mon jardin. Je plante actuellement un mini-potager qui inclut tomates, concombres, basilic, thym et piments (l’acquisition de ces plants bio, que je vais m’empresser de polluer de Miracle Gro, m’a coûté la somme astronomique de 6 dollars chez un sympathique fermier local), ainsi que diverses fleurs et plantes pour égayer certains coins de gazon.

Cet après-midi, je prends la Jeep pour me rendre au magasin Rainbow de Finley. Entouré de vignes et de noyeraies, il s’agit d’un country store dans la tradition américaine, idéal pour le jardinier du dimanche que je suis comme pour le rancher professionnel. On y trouve des selles western, des aliments pour toutes sortes d’animaux (y compris autruches et lamas), de l’engrais et du foin, des motoculteurs et du grillage.

Mon très modeste bout de gazon est entretenu par mes soins avec la tondeuse mécanique fournie par notre propriétaire. C’est plus de boulot qu’une machine à essence, mais c’est écolo, et c’est un bon exercice. Il y a évidemment des recoins à entretenir où la tondeuse ne va pas, mais je ne vais pas acheter une débroussailleuse. D’abord, parce qu’il faut compter au moins 150 dollars, et le peu de mauvaises herbes à faucher ne justifie pas cette somme. Ensuite, parce que ce genre de machine est d’un manque de fiabilité notoire. Une bonne vieille faucille fera l’affaire. Mais rien dans les rayons du magasin qui ressemble de près ou de loin à une misérable serpe.

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On a beau vivre une époque formidable de globalisation instantanée, il y a des produits qui n’obéissent pas aux même modes de chaque côté de l’Atlantique. Une tendance met encore souvent des mois, voire des années avant d’arriver dans l’autre pays. Et parfois, un produit ou un concept prend une définition toute particulière dans un territoire donné, impossible à transcrire dans une autre culture.

cocktail
De quoi faire pas mal de cocktails. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

C’est ainsi le cas de certaines boissons alcoolisées françaises à la popularité établie ou grandissante aux États-Unis, qui ici sont adaptées au goût local : le pastis ou le Pernod sont ainsi aisément mélangés à du jus de canneberge, en faisant une agréable boisson d’été. D’autres de ces spiritueux sont en France résolument passés de mode, ou leur consommation reste confidentielle ou essentiellement régionale. Ils ont trouvé une nouvelle vie de l’autre côté de l’Atlantique. Apéritifs de grand-mères provinciales en France, ces bouteilles aux arômes de gentiane, genepi ou quinquina deviennent ici des ingrédients de cocktails sophistiqués dans les grandes métropoles américaines.

Prenez le Lillet, par exemple. Cet apéritif bordelais connaît son heure de gloire en France jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Mais dès le début, les frères Lillet exportent le plus gros de leur production : vers l’Angleterre d’abord (le Kina Lillet est un ingrédient du martini tel que l’apprécie James Bond), puis après-guerre vers les États-Unis, où la marque est toujours présente derrière tout comptoir qui se respecte. Ce n’est qu’à partir des années 90 que la marque est véritablement relancée en France, où elle garde toutefois une identité un rien désuète. Le Lillet blanc est, comme la Suze, un de ces apéritifs aux arômes herbeux que les grands-mères apprécient. Mais les Américains des bars new-yorkais ou san-franciscains en raffolent, le mixant aisément à gin ou vodka.

La Chartreuse, de préférence :

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Toujours dans cette catégorie, il y a la Chartreuse. « Une liqueur si bonne qu’une couleur porte son nom », annonce Quentin Tarantino dans Deathproof après en avoir descendu un shot dans un boui-boui de LA. Tous les bons bars américains ont en stock la Chartreuse verte, voire sa sœur jaune — l’élixir des moines dont la recette demeure secrète fut apprécié par des personnalités littéraires américaines aussi diverses que Hunter S. Thompon ou Scott Fitzgerald. Elle se boit ici parfois telle quelle en apéritif, mais elle est le plus souvent utilisée dans des cocktails. Le TNT (Orangina-vodka-Chartreuse), populaire chez les jeunes Français, est ici inconnu (et ça n’est pas plus mal, d’autant que la version locale de l’Orangina utilise du sirop de fructose). En revanche, la liqueur est souvent utilisée pour un gin-martini, voire mélangée à du whiskey.

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Il y a certainement en Californie, de la place pour une immigration française importante ; mais pour réussir, il faut certaines conditions : avoir un métier ou une profession utile, la ferme volonté de l’exercer, et apprendre la langue du pays.

[…] Devenus, en grand nombre, citoyens américains, [les Français] prennent à la politique courante, aux événements qui concernent leur pays d’adoption, la part la plus active. C’est une famille nouvelle dans laquelle ils sont entrés et dont ils épousent les idées, les passions et les intérêts.

Mais si, dans la vie publique, ils s’identifient avec la masse de la population américaine, dans la vie privée, il n’en est pas ainsi. Pénétrez dans l’intérieur de leurs maisons, vous vous croirez en France même. L’idiome maternel y fait entendre ses doux accents. Bien des objets familiers y rappellent la patrie absente : les détails de l’ameublement, les livres, les journaux et ces tableaux populaires qui représentent des personnages illustres ou des épisodes glorieux de notre histoire nationale. La conversation roule sur des sujets d’intérêt français. On parle de Paris, des événements qui s’y succèdent ; on y parle aussi, avec une émotion toujours renaissante, de la ville ou du village où vivent ceux qui nous sont chers, où trop souvent, hélas ! dorment du dernier sommeil ceux qui ont veillé sur notre enfance.

Mais aux paroles et aux sentiments des parents viennent se mêler ceux de la génération nouvelle, née et élevée dans ce pays. Cette génération est franco-américaine, c’est-à-dire qu’elle est dominée par deux influences morales qui cherchent à se confondre et qui produisent chez l’enfant un esprit nouveau. L’influence américaine dominera à la troisième génération. Mais, il y a dans la race française une telle vitalité, les liens qui la rattachent à la patrie ont une telle puissance, que la personnalité de notre colonie, grâce à l’adjonction de nouveaux éléments venus de France, résistera pendant bien des années, pendant des siècles peut-être, à une absorption complète.

— Daniel Lévy, 1884.

11i

Make Sure They See My Face
Kenna.
Star Trak.
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» iTunes US/Canada
» iTunes Europe.

Kenna est un ovni musical qu’il est difficile de classer dans un genre particulier. La preuve : Les Inrocks l’étiquettent « hip-hop », et iTunes le catégorise « Alternative ». Kenna en est conscient, et il s’en fout. Né en Éthiopie et ayant grandi à Virginia Beach, c’est un enfant du rock, qui eut son épiphanie musicale en écoutant The Joshua Tree de U2 (un voisin, dégoûté après que Kenna se vanta auprès de lui d’avoir revendu des tickets de concert du groupe irlandais avec un énorme bénéfice, lui fila la cassette de l’album, histoire de lui montrer l’étendue de son blasphème).

Son premier album New Sacred Cow (iTunes US/Canada), qui dût être récupéré par Columbia après avoir été largué par le label d’origine, Interscope (avec lequel signa à l’origine Kenna grâce à Fred Durst), reçut en 2003 un accueil pour le moins mitigé du fait de sa difficulté à trouver son public.

J’avais trouvé ce CD parmi les copies promotionnelles envoyées par les labels, et la première écoute me laissa sur le cul. J’étais incapable de classer le type, mais je n’arrivais pas à m’empêcher de le rejouer sur mon iPod, notamment le superbe « War in Me ». La production polie du disque, signée Chad Hugo (oui, celui-là), un pote d’adolescence de Kenna, en dérouta bien d’autres. Qui était ce type, dont le son flirtait avec la bande FM sans pour autant permettre son marketing dans une niche donnée ? Son album était une mosaïque curieuse de synth-trip-pop, rappelant tantôt Depeche Mode ou Duran Duran, tantôt Radiohead ou les productions de James Lavelle, le tout mâtiné de hip-hop. Le genre de disque dont vous prêtez une copie à un pote emo qui y devient accro en deux écoutes, et qui, deux mois plus tard, vous fait : « Putain j’en reviens pas, je viens d’apprendre que Kenna est noir ! » L’étrange dossier Kenna est même le sujet de tout un chapitre dans le livre best-seller de Malcolm Gladwell, Blink (audio sur iTunes), qui y analyse la stratégie souvent foireuse des maisons de disque, promptes à jeter les artistes qui ne rentrent pas dans le moule. Malgré un remix de « Sunday After You » et une vidéo populaire sur MTV2, l’album fut un plantage spectaculaire. Les salauds, ils avaient failli tuer Kenna.

Kenna
L’énigmatique Kenna en concert.
Photo : vsqz. Licence Creative Commons.

Cette fois-ci, Kenna et ses potes Chad et Pharrell (qui ont produit le disque sur leur label Star Trak) sont bien résolus à voir l’album recevoir le respect qu’il mérite, d’où son titre. Mais Make Sure They See My Face est aussi un disque qui revendique une identité — ou s’agit-il de plusieurs ? Kenna assume ses influences diverses, qui ont clairement leurs racines dans le rock des années 80 — ça tombe bien, le revival de la new wave et de la synth pop bat son plein. Sacred Cow était peut-être arrivé deux ou trois années trop tôt.

Comme le premier opus de Kenna, Make Sure… a la finition soignée des productions Neptunes habituelles, donnant aux morceaux les plus pop des airs de tubes en puissance, notamment les deux pistes produites par Pharell Williams, « Loose Wires » et le single « Say Goodbye to Love ». Le premier est un curieux mélange où on retrouve l’influence des Talking Heads, si ce n’est pour son refrain, un exercice de synth pop bien rétro sur lequel Kenna fait un numéro de rap old school. L’influence du David Byrne de la fin des années 80 est également très palpable sur le second, dont la vidéo a été réalisée par le très en vue Hype Williams (iTunes US/Canada, iTunes France).

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Gas
Ouch. Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

Le gallon de regular unleaded était hier et aujourd’hui à plus de 4 dollars dans une station d’essence de Visitacion Valley, à Daly City. Certaines enseignes de Redwood City affichaient même 4,09 dollars le gallon. La moyenne nationale est de 3,53 dollars, mais la région de San Francisco détient le record du pays.

L’essence n’est pas la seule denrée dont les prix font mal. Le prix de la bière décolle à cause d’une pénurie de houblon. La farine est désormais rationnée dans certains magasins, et logiquement, le prix du pain augmente lentement mais sûrement. Et depuis aujourd’hui, la pénurie de riz basmati et jasmin menace, car le Vietnam et l’Inde limitent l’exportation de la céréale pour répondre à la demande domestique.

Les producteurs américains, qui cultivent essentiellement le long grain, ne sont pas inquiets. Pas de risque de pénurie de ce côté-là. Mais ça n’empêche pas les cons sous-informés de paniquer.

En route pour mon chez moi ce soir après une journée à Cupertino, je fais escale à Santa Rosa pour faire le plein d’essence chez Costco. Je n’aurais jamais cru il y a seulement quelques semaines que je serais heureux de ne payer que 3,75 dollars le gallon. Le réservoir de la Yaris se remplit vite, mais je n’ose imaginer la facture que la conductrice du Chevrolet Suburban derrière moi va se prendre — ses gamins devront sûrement se contenter d’aller à DeVry au lieu de UCLA.

Puis je gare la bagnole pour pénétrer à l’intérieur du magasin. Je montre ma carte de membre à l’employé gardant l’entrée pour prouver mon adhésion au club privilégié des acheteurs de pécu à la tonne. Les enseignes Costco sont des cathédrales érigées à la société de consommation. Tout y est plus grand encore que dans un magasin big box, même les chariots. Les rayons y sont aussi larges que bien des rues parisiennes, et font dix à vingt mètres de haut. Avec mon chariot géant, je m’y sens comme un gamin faisant les courses avec maman.

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