Il y a des claques qui se perdent au Tribunal de Grande instance de Paris. Pour ne rien dire des connards couperosés de l’Association nationale pour la Prévention en alcoolisme et addictologie, qui apparemment prennent les Français pour des cons.

L’ANPAA, une association loi 1901 généreusement subventionnée et qui s’est apparemment donnée pour mission de transformer les médias nationaux en vecteur de son message, a poursuivi Le Parisien pour une série d’articles consacrés au vin de Champagne, estimant qu’il s’agissait là d’une incitation à la consommation. Le Tribunal de Grande instance de Paris lui a donné raison, estimant que les articles en question pouvaient être assimilés à de la publicité. Le quotidien a donc été condamné à 5 000 euros d’amende pour ne pas avoir ajouté la mention « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé » que toute publicité pour un produit alcoolisée se doit d’inclure, en conformité avec la loi Évin.

Du coup, les médias français, et plus particulièrement la presse spécialisée, se voient désormais forcés de devoir ajouter cette formule au début ou à la fin de tout article traitant du vin ou d’un autre spiritueux, sauf à prendre le risque de se voir condamner au nom de cette jurisprudence imbécile. Comme si la presse française, déjà soumise à un nombre incroyable de restrictions diverses pour une démocratie, avait besoin de ça. Voilà désormais que les journalistes du vin sont assimilés à des publicitaires.

Govt. Warning
Un avertissement fédéral figure sur chaque vin ou spiritueux vendu aux États-Unis, ici sous la forme d’une étiquette apposée au dos d’une bouteille française, un champagne Janisson-Baradon.
Photo : Arnaud H. Licence Creative Commons.

La filière vitivinicole française aurait également pu se passer de cette décision de justice. Les exportations sont en baisse, en partie à cause d’un euro fort, rendant les vins français de moins en moins compétitifs, au moment même où d’autres pays voient leur production augmenter, à la fois quantitativement et qualitativement. Aux États-Unis, les vins français ne représentent plus que 3% de parts de marché, alors que les Australiens et les Italiens en occupent chacun environ 10%. Même les vins de pays du Languedoc-Roussillon, le plus gros des exportations françaises, ont du mal à s’imposer face aux vins chiliens, néo-zélandais et aux white zins californiens, et le créneau des vins de prestige est désormais colonisé par les trophy wines produits par les boutiques wineries de la vallée de Napa. Entretemps, les Espagnols continuent à augmenter le nombre de caisses envoyées à l’étranger. Certes, la régulation française sur les appellations et l’incroyable incompétence de nombreux viticulteurs et négociants français en matière de marketing sont aussi en partie responsables pour ce triste bilan.

Plus grave peut-être, les Français eux-mêmes boivent de moins en moins de vin. Au début des années soixante, le Français consommait en moyenne 100 litres par an — dont la majorité était, certes, du gros rouge qui tache. En 2006, la consommation annuelle est passée à seulement 55 litres. Le vin n’est plus présent sur la table quotidienne du Français moyen. De nombreux jeunes de moins de 30 ans n’en boivent jamais, ou très peu, n’ayant développé aucun goût pour le breuvage ou même l’alcool en général. À l’heure où le pouvoir d’achat des Français semble avoir pris un coup, la bouteille de vin risque de ne pas arriver en tête des listes de courses.

Qu’on ne me fasse pas de sermon sur les dangers de l’alcoolémie. Des poivrots, j’en ai connu, et j’en connais toujours. Je vis avec une procureure qui fait régulièrement des réquisitoires contre des chauffards intoxiqués. La prévention est nécessaire, mais pas sous la forme d’un slogan obligatoire apposé sur un contenu journalistique. Il y a suffisamment de censure imbécile en France, de la loi assassine condamnant la soi-disant apologie de la drogue (on ne peut ainsi pas exposer en France les vertus du cannabis médical sans s’attirer les foudres de la justice) aux textes divers interdisant la reproduction de certains propos obscènes et haineux, alimentant les arguments des antisémites et autres homophobes qui se présentent alors en victimes du judiciairement correct.

Président Sarkozy, vous aviez promis lors de votre campagne en février 2007 de revisiter la loi Évin sur la publicité pour les alcools. Je suis un grand naïf qui aime les hommes politiques qui tiennent leurs promesses.

Peut-être un terrain d’entente pourrait-il être trouvé entre les combattants de l’alcoolisme (qui semblent confondre l’alcool et son abus) et les abolitionnaires de la loi Évin. Les Américains imposent ainsi à tous les distributeurs de vins et spiritueux l’apposition sur chaque bouteille d’une étiquette mettant en garde les consommateurs contre l’abus d’alcool, sur le modèle des avertissements présents sur les paquets de cigarette.

Une pétition a été mise en ligne par la Fédération internationale des journalistes & écrivains du vin et des spiritueux pour protester la décision du TGI. Vous êtes également libre de contacter l’ANPAA pour leur communiquer votre opinion sur leur stratégie. Enfin, il est toujours une bonne idée de contacter directement vos député et sénateur pour leur faire partager votre position sur le sujet.

Vignerons et négociants de France, je bois à votre santé, et à une réforme intelligente de la loi. Et militants de l’ANPAA, je vous emmerde. Continuez à boire vos cocktails sans alcool, ils ne vous empêcheront pas de mourir de tristesse.

Commentaires

5 commentaires sur “Abus de justice”

  1. Le Piou le 17 janvier 2008 20:49

    Et puis surtout on se bourre rarement la gueule pour se bourrer la gueule avec du Bordeaux (bon, a part Bluelulie), y’a quand meme plus fort et moins cher pour ca.

  2. Dolce le 18 janvier 2008 9:56

    Et les magazines de cigares et cigarettes, ils doivent aussi mettre une mention “fumer tue” ?

    Mais enfin c’est n’importe quoi ! A ce train la bientot Vinexpo va devoir mettre un signe “l’abus d’alcool est dangereux pour la sante” a l’entree ??

    Groumpf, groumpf et regroumpf !

  3. Jay le 18 janvier 2008 14:43

    En France, les gens ne boivent plus autant depuis que Sarko a ete ministre et l’interieur… Tout le monde a peur de se faire arreter sur la route car meme apres 2 verre de vin t’es considere comme “en etat d’ivresse” par la police!
    C’est en effet bien triste tout ca…
    Comme disait notre ami Coluche, la politique c’est pas bien dur, c’est 5 ans de droit, tout le reste de travers…
    Il avait pas tort, les politiciens Francais font quasiment tout de travers…

    Jay : l’état d’ivresse est mesuré par un test d’alcoolémie. En règle générale, on ne prend pas la route même après un seul verre sans attendre une heure après l’avoir terminé — tout dépend évidemment du degré d’alcool de la boisson, du poids de la personne, etc., mais c’est la règle de base. Donc prendre la route après deux verres de vin n’est pas très sérieux, et c’est normal que la police soit sévère là-dessus. Cela n’empêche pas la consommation de vin pour autant — c’est aux conducteurs d’être raisonnables, ou de se faire conduire par un non-buveur. — Arnaud

  4. laredo le 19 janvier 2008 6:20

    quand je vais en visite chez mes patients, j’adore les petits dessins dans l’entrée ou sur la cheminée.
    L’un d’entre eux est bien connu de la profession:

    ” Fais comme ton médecin, bois du vin!”

  5. C'est Raoul le 21 janvier 2008 13:21

    Je trouve ca quand même dommage qu’on perde des expressions comme “Allez Dédé! Un petit dernier pour la route!”

    Nos enfants sauront plus ce que ca veut dire…

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