Enceints

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L'homme enceint
The pregnant man.
Photo : oatmeal2000. Tous droits réservés.

S’il est bien un américanisme qui me gonfle (je sais, je râle beaucoup sur ce blog, ce qui fait dire à certains que je dois être un mec hargneux et malheureux, surtout ceux qui sont incapables de déceler sarcasme ou ironie chez ceux d’entre nous qui refusons toujours d’utiliser les smileys, ces béquilles stylistiques dont les skyblogueurs semi-illetrés sont si gourmands) — s’il est bien donc, disais-je avant de m’interrompre, une expression typiquement américaine qui me donne envie d’avorter ceux qui la prononcent, c’est celle qui consiste à annoncer un heureux événement par cette phrase : « We’re pregnant ».

Personne ne semble savoir comment est née cette expression popularisée dans les années 90. S’agit-il d’une émanation sexo-égalitariste du politiquement correct, consistant à faire partager au géniteur la responsabilité et le poids psychologique de la gestation ? Ou bien s’agit-il au contraire d’une revendication quasi-machiste du père, craignant que les rumeurs attribuent la paternité à quelqu’un d’autre ?

Toujours est-il que l’emploi de la première personne du pluriel pour décrire l’état biologique de la mère, surtout dans la bouche du père supposé, me conduirait presque à rendre orphelin le fœtus qu’il a engendré.

Encore l’autre jour, j’entendis un écrivain pousser le bouchon encore plus loin en décrivant l’accouchement de sa femme par ces mots : « We went into labor ». Il se reprit aussitôt, remarquant justement que ce n’est pas lui qui dut lutter avec les contractions induites par son bébé de fils, mais bien sa moitié, tandis qu’il restait là, planté comme un con, assistant impuissant à la douleur procréatrice de la mère.

J’ignore s’il y a déjà des francophones qui annoncent fièrement, sans crainte du ridicule : « Nous sommes enceints », au lieu de « Nous attendons un enfant ». À moins que le père ne porte lui aussi un fœtus, n’accouche d’une façon que je préfère ne pas imaginer et ne donne le sein à sa progéniture, il n’y a aucune raison pour lui d’utiliser le pronom « nous ».

Le premier que je rencontre qui utilise la première personne du pluriel pour décrire l’état de sa femme, je lui file un coup de tatane dans les gonades. À moins que la future maman ne se plie de douleur après l’impact, il l’aura mérité.

Commentaires

9 commentaires sur “Enceints”

  1. Le Piou le 12 octobre 2007 11:45

    Alors toi, tu verras quand ca sera ton tour que dire “WE” n’est absolument pas usurpe: on a fait le bebe a 2, et s’il est vrai que la femem doit assume l’accouchement physiquement seule, le futur papa doit, lui, assumer seul les humeurs de la futur maman… Et je dis ca, sans mauvaise arriere pensee: certaines reagissent tres mal au bouleversement hormonal qu’elles subissent…
    Mais on en reparler un jour prochain, j’espere… jeune padawan…

    Ah bon, tu étais enceint toi aussi ? Allez, tu as survécu les humeurs de la maman. Elle te permet même de faire de la moto sous la pluie. De quoi il se plaint, le Piou ? — Arnaud

  2. StuFF mc le 12 octobre 2007 13:40

    D’un côte je comprend, moi je dis plutôt “on attend un enfant”, mais d’un autre c’est vrai que c’est plutôt relax pour l’homme, les 9 mois. Je souhaite ceci dit de tout mon coeur voire arriver une petite grenouille au plus vite. Allez, bossez, les californiens ;) StuFF 1.2 arrive a grand pas ;)

  3. Thomas le 13 octobre 2007 10:18

    “À moins que le père ne porte lui aussi un fœtus, n’accouche d’une façon que je préfère ne pas imaginer[…]”

    pas besoin d’imaginer, on a une vidéos :

    http://www.dailymotion.com/relevance/search/groland+accouchement/video/xtjvv_on-pousse_fun

    Ça va leur refroidir l’envie d’utiliser l’expression.

  4. laredo le 14 octobre 2007 0:42

    un jour à l’occasion d’un repas, un invité a déclaré: “ma femme est habitée”.
    je dois dire que j’ai mis plusieurs minutes avant de comprendre!!!!!
    de quoi et de qui il nous causait!

  5. geneline le 15 octobre 2007 9:43

    Dans le même ordre d’idée, un de mes amis don la femme était aveugle, disait “nous sommes mal-voyants”… Moi aussi j’étais choquée.

  6. Nikita Rzo le 16 octobre 2007 7:33

    Moi y a “jeune padawan” qui me donne envie de donner des coups de tatane.

    “Ma femme est habitée” est véritablement sublime !

  7. Manu le 16 octobre 2007 12:48

    Et puis moi l’autre jour, un couple me disais “we’re moving!”. C’est dingue ca! ;-)

    Bon, je laissais juste un commentaire pour t’encourager a raler, c’est pour lire tes raleries que je viens sur ton site et je ne crois pas etre le seul. M’enfin, on est Francais apres tout, si on peut meme plus raler! ;-)

    PS: j’ai fait main basse sur une caisse de St Emilion, si tu veux t’arreter un de ces quatre pour gouter autre chose que le jus de raisin du nord de SF, tu siffles, hein?

  8. sardinette le 18 octobre 2007 9:33

    salut Arnaud!
    puisque le sujet me concerne en ce moment je laisserai mon avis sur la question… oui moi aussi ca me choque cette expression qui est très politically correct!!! je suis d’accord avec le piou ca se fait a deux mais bon c’est vrai, ce n’est pas 50-50!!!! LOOOOIN de la!!! mais bon si on regarde par rapport a il y a 20 ans, les hommes sont beaucoup plus impliqués qu’avant dans le processus, et ne sont plus laissés a fumer des cigarettes dans le couloir!!! ils sont entièrement encourages a être présent et a participer du mieux qu’ils peuvent a l’accouchement. On leur apprends des techniques de soutien pour le jour J et on leur explique tout tout tout ce qui se passe en détails!!!
    Certains hommes a force de côtoyer leur femme enceinte éprouvent même des symptômes similaires, prise de poids, nausées, et contractions, etc! Le phénomène s’appelle couvade et bien sur n’est que très peu reporté dans nos sociétés patriarcales…
    voir article ici
    a plus!
    la baleine

  9. Dolce Vita le 22 octobre 2007 11:26

    Vu l’etat de nerfs et les kilos pris par ces messieurs dans certains cas, je pense que lui aussi a l’impression d’attendre que quelque chose se passe dans son ventre !

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