Je sais que vous attendez toujours avec impatience mes comptes-rendus de weekend, et que votre semaine semble triste lorsque vous ne pouvez pas vous imbiber de mes expériences palpitantes pour remplir le vide de votre vie (bon, d’accord, Flavie et Julien semblent avoir eu une fin de semaine très halloweenesque, Geoffrey a plongé du côté de Carmel et Le Piou s’est encore fait un ennemi).

Vue sur le sud-est de Clear Lake
Vue sur le sud-est de Clear Lake à deux cents mètres en-dessous de Buckingham Peak, l’un des sommets de mont Konocti.

De notre côté, après la beuverie dégustation de la veille, nous sommes partis à l’ascension d’un des sommets de mont Konocti, le volcan assoupi au pied duquel nous vivons. La distance n’est que d’un peu plus d’un kilomètre et demi, mais avec le dénivelé (1300 pieds, soit environ 590 mètres de grimpe), ça fait un bon bout, d’autant qu’un brin d’escalade est nécessaire à certains endroits.

Le récepteur GPS s’est révélé un excellent compagnon pour l’opération, d’autant que je l’avais mis à jour avec la carte topographique Garmin TOPO 2008. Nous n’avons pas croisé un chat (encore heureux, car des cougars hargneux vivent dans la région), et à environ mille mètres nous avons pu admirer un superbe point de vue sur le sud-est de Clear Lake, au-dessus de Black Forest. Deux cents mètres plus haut, Buckingham Peak, l’un des cinq sommets de mont Konocti, s’est révélé un peu décevant, car n’offrant pas de vue alentours, sa terre d’un rouge vif volcanique étant couverte de chaparral et de pins. Deux stations de transmission s’y dressent, relayant signaux de téléphones mobiles et de télévision.

mont Konocti
Google Earth Plus permet d’importer des trajets enregistrés par un récepteur GPS. Ici, notre petite ascension du mont Konocti.

En rentrant, après plusieurs heures de marche, une grosse faim nous guettait. Heureusement, ma douce amie avait fait mariner depuis la veille des steaks de bison achetés chez J|S Ranch, sur highway 20, pas très loin de chez nous.

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Non, je n’ai pas passé mon dimanche à installer Leopard sur les Macs de la maison, parce que voyez-vous, c’est le genre de chose que je fais pendant les heures de travail. Les derniers weekends de l’été indien sont faits pour être savourés en plein air.

Hopland Inn
Hopland Inn, sur l’US 101, dans le comté de Mendocino.

Samedi donc, rendez-vous à Lakeport où des amis avaient organisé une virée à Hopland, petite bourgade du comté voisin de Mendocino, de l’autre côté des monts Mayacamas. Si vous avez jamais pris la route US 101 pour aller vers Eureka, voire l’Oregon ou l’État de Washington, vous avez forcément traversé ou fait escale dans ce petit patelin qui doit son nom au houblon qui couvrait au XIXe siècle ce coin de Californie du nord. Ne reste de cet héritage que la Mendocino Brewing Company et sa Hopland Brewery, qui brasse notamment l’excellente Red Tail Ale, une bibine ambrée à 6,1° dont la bouteille est décorée d’une buse à queue rousse. Les champs des environs de Hopland sont désormais pour la plupart plantés de vignes, dont le cépage dominant est le zinfandel (un cousin américain du primitivo, mais que certains experts identifient comme la même grappe).

Notre bob de service s’étant donc gentiment dévoué pour nous servir de chauffeur dans son Chevy Tahoe, nous voilà donc partis pour faire la tournée de dix domaines dans le cadre du Hopland Passport, l’un de ces événements qu’organisent certaines régions vinicoles à la saison des vendanges pour attirer les touristes. Pour 20 ou 30 dollars par tête on a droit à un verre à pied et dégustation à gogo dans tous les domaines participants. La consommation de vin sur la voie publique est pour une fois autorisée (ce qui n’empêche pas les flics de surveiller les automobilistes de près).

La première étape fut Nelson Family Vineyards, une exploitation dont les collines couvertes de vignes rappellent celles de l’Alsace. Il ne fut donc guère surprenant de pouvoir y goûter un très agréable riesling — le domaine produit aussi une vendange tardive du même cépage. Côté rouges, nous sommes repartis avec une bouteille chaque de leur Barn Blend, un assemblage maison typiquement californien de zinfandel, cabernet-sauvignon et merlot, et de leur pinot noir, tout deux de la cuvée 2006.

Jeriko
Jeriko, domaine viticolo-touristique au nord de Hopland.

Le reste des domaines ne réussit malheureusement pas à parvenir à la hauteur des vins Nelson. Jeriko est l’un de ces typiques pièges à touriste, servant des vins décents mais pas franchement à la hauteur du cadre néo-méditerranéen un brin prétentieux. L’exploitation a tout de même réussi un joli coup en produisant pour le compte de Trader Joe’s des vins biologiques sous le label Natural Blonde. Ne cherchez donc pas de terroir du côté de Jeriko. Même le rosé maison semble un peu cher pour 6 dollars — à ce prix-là, je connais des bandols qui ont bien plus de charme.

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Pearadise
Festival de la poire à Kelseyville.

Les vendanges sont quasi-terminées : le plus gros s’est achevé il y a deux semaines sous la pluie — cette vague d’humidité exceptionnelle en Californie du nord pour un mois d’octobre est cependant tombée à point pour les réserves d’eau de l’État.

Examen de poires
Ici on prend les poires très au sérieux.

Dans le cœur du comté de Lake, l’été est consacré aux poires, dont les différentes variétés poussant sur la côte ouest se récoltent entre juillet et septembre — un festival sur ce thème a lieu chaque année le dernier samedi de septembre dans ma localité adoptive de Kelseyville. Depuis notre arrivée ici, nous sommes devenus des experts sur le fruit charnu, capables d’identifier immédiatement une bartlett d’une anjou, une comice d’une conference, une seckel d’une bosc. Près de trois dizaines de variétés de poires sont cultivées dans le comté, et exportées à travers tous les États-Unis. Mes favorites ? L’Asian pear, qu’on appelle généralement en France la pomme chinoise, une variété d’un jaune ocre délicieusement sucrée, et la starkrimson, une poire rouge vif à la tige épaisse, tendre et sucrée, la première à être cueillie, dès juillet.

Raisins
Vendanges à Steele Wines.

Les vendanges ont elles aussi droit à leur festival le premier weekend d’octobre. Le comté de Lake, bien que ne jouissant pas de la notoriété de ses voisins de Napa et Sonoma, doit une large part de sa toute relative santé économique à la viticulture. Les trois-quarts de la production sont revendus à des caves des comtés plus prestigieux du sud (certaines ont d’ailleurs des vignobles dans Lake), mais on trouve de plus en plus facilement les bouteilles de producteurs du comté chez les marchands de vin de l’ensemble de la Californie, d’autant qu’à qualité égale, elles restent beaucoup plus abordables que les vins de leurs concurrents de Napa. La récente appellation viticole Red Hills Lake County connaît actuellement une croissance agressive, et plus au nord, la famille Fetzer travaille à faire de leur domaine Céago, sur la rive nord de Clear Lake, une destination touristique haut-de-gamme en même temps qu’une exploitation vinicole à la renommée grandissante. Mes chouchous du moment sont le syrah et le cabernet-sauvignon maison produits par le domaine Moore Family Vineyards, dans les collines rouges traversées par Bottle Rock Road, une route de montagne très appréciée des motards de cette région de Californie. La famille Moore a ouvert le mois dernier son exploitation au public pour la première fois, et a seulement récemment mis en bouteille sa récolte 2004. Leurs rouges estate valent le détour, d’une qualité qui les placent dans les meilleurs vins du comté.

Ce matin, l’odeur de raisins fermentés qui flottait dans Big Valley depuis un mois a disparu. Les vignes ont quasiment toutes été allégées de leurs fruits (sauvignon blanc, cabernet-sauvignon, syrah, chardonnay) par les travailleurs saisonniers qui actuellement manient la gaule dans les noyeraies.

Noyeraie
Les environs de Clear Lake sont couverts de noyers.

La noix est la troisième ressource agricole du comté (même si les mauvaise langues prétendent qu’il s’agit du cannabis). La récolte bat son plein depuis une bonne semaine. Les machines à secouer les branches ont fait leur œuvre, ne reste plus qu’à finir le ramassage. Le noyer du voisin nous jette gentiment un petit bout de sa production dans le backyard, ce qui somme toute me ramène à mon enfance. Mes parents ont deux vieux et imposants noyers sur leur terrain, et l’une des corvées automnales que ma sœur et ma pomme se voyaient attribuées était le ramassage des noix, qui semblaient tomber tout l’automne, de quoi nous nourrir pour le reste de l’année. Remplir les paniers au fond du jardin était la dernière chose qu’un adolescent avait envie de faire. Mais désormais, je regrette presque que le noyer des voisins soit un peu radin avec ses branches côté ouest.

Vidéo Géocaching

Une petite aventure dans mon coin de Californie. Le géocaching est un passe-temps inventé sur la côte ouest américaine en 2000, mais il s’est depuis propagé à travers le monde. J’ai donc étrenné mon récepteur GPS tout neuf, un Garmin GPSmap 76CSx (Amazon.com, Amazon.fr), en partant chercher une cache dissimulée dans une forêt sur le flanc du mont Konocti, le volcan endormi au pied duquel j’habite.

Regardez cette séquence Quicktime, optimisée pour iPod, iPhone, Apple TV et iTunes.

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Enceints

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L'homme enceint
The pregnant man.
Photo : oatmeal2000. Tous droits réservés.

S’il est bien un américanisme qui me gonfle (je sais, je râle beaucoup sur ce blog, ce qui fait dire à certains que je dois être un mec hargneux et malheureux, surtout ceux qui sont incapables de déceler sarcasme ou ironie chez ceux d’entre nous qui refusons toujours d’utiliser les smileys, ces béquilles stylistiques dont les skyblogueurs semi-illetrés sont si gourmands) — s’il est bien donc, disais-je avant de m’interrompre, une expression typiquement américaine qui me donne envie d’avorter ceux qui la prononcent, c’est celle qui consiste à annoncer un heureux événement par cette phrase : « We’re pregnant ».

Personne ne semble savoir comment est née cette expression popularisée dans les années 90. S’agit-il d’une émanation sexo-égalitariste du politiquement correct, consistant à faire partager au géniteur la responsabilité et le poids psychologique de la gestation ? Ou bien s’agit-il au contraire d’une revendication quasi-machiste du père, craignant que les rumeurs attribuent la paternité à quelqu’un d’autre ?

Toujours est-il que l’emploi de la première personne du pluriel pour décrire l’état biologique de la mère, surtout dans la bouche du père supposé, me conduirait presque à rendre orphelin le fœtus qu’il a engendré.

Encore l’autre jour, j’entendis un écrivain pousser le bouchon encore plus loin en décrivant l’accouchement de sa femme par ces mots : « We went into labor ». Il se reprit aussitôt, remarquant justement que ce n’est pas lui qui dut lutter avec les contractions induites par son bébé de fils, mais bien sa moitié, tandis qu’il restait là, planté comme un con, assistant impuissant à la douleur procréatrice de la mère.

J’ignore s’il y a déjà des francophones qui annoncent fièrement, sans crainte du ridicule : « Nous sommes enceints », au lieu de « Nous attendons un enfant ». À moins que le père ne porte lui aussi un fœtus, n’accouche d’une façon que je préfère ne pas imaginer et ne donne le sein à sa progéniture, il n’y a aucune raison pour lui d’utiliser le pronom « nous ».

Le premier que je rencontre qui utilise la première personne du pluriel pour décrire l’état de sa femme, je lui file un coup de tatane dans les gonades. À moins que la future maman ne se plie de douleur après l’impact, il l’aura mérité.

Comme beaucoup d’expatriés vivant aux États-Unis, je dois faire attention à mon poids. Le style de vie et les tentations gourmandes sont permanentes, quoique beaucoup plus limitées dans le milieu rural où je me suis installé. Beaucoup de Français vivant en Californie, en général ceux qui sont venus s’installer avec leur famille, parviennent à échapper à la tendance en conservant la plupart de leurs habitudes alimentaires, où en limitant leurs courses aux nombreux marchés fermiers que compte la Californie du nord et à Whole Foods (ou Whole Paycheck, comme le surnomment les Américains) — un mode de consommation qui revient cher.

L’adaptation est plus rude pour les expatriés célibataires, surtout pour les workaholics qui ne visitent le gym qu’occasionnellement. La présence de distributeurs automatiques dans quasiment tous les bureaux, la livraison à domicile disponible tard pour quasiment tous les types de cuisine et la présence de restaurants et supermarchés ouverts toute la nuit n’aide pas non plus au maintien de la ligne.

Alors on fait gaffe quand même, mais de temps à autre, on s’accorde un péché mignon, un one-night-stand de malbouffe. Outre les M&M’s cacahuètes et les diverses saloperies enrobées de chocolat signées Trader Joe’s, j’ai quelques péchés de junk food auxquels je m’adonne de temps à autre.

Costco hot dog
Le hot dog de Costco, une valeur sûre de la junk food. Photo : eileen216. Tous droits réservés.

Le hot dog à 1,50 dollar de Costco. Oui, c’est sûrement plein de saloperies. Oui, c’est gras. Je m’en offre un rarement, mais le Hebrew National servi par la chaîne du superdiscounter ne déçoit jamais, et la boisson est incluse. Et en plus, c’est kosher. Que demande le peuple élu ?

El Farolito
El Farolito, l’une des meilleures taquerias de San Francisco. Photo : gordasm. Licence Creative Commons.

Les burritos de Taqueria Cancun ou El Farolito. À San Francisco, chacun a sa préférence pour les burritos, qui ici sont généralement considérés les meilleurs des États-Unis. Le décor de Taqueria Cancun est un peu plus accueillant que celui d’El Farolito. Mais la viande al pastor chez cette dernière adresse est fantastique.

Bob's
Bob’s, l’une des meilleures adresses de San Francisco pour les donuts. Photo : spanaut. Licence Creative Commons.

Les donuts de Bob’s. Cette adresse du Polk Gulch est une institution de ce quartier de San Francisco hétéroclite où se croisent methheads, prostitués transexuels, piliers de bar, vieux homos trop ridés pour les clubs du Castro et yuppies contribuant à la gentrification progressive du Polk Village, qui est plein de bonnes adresses ignorées des touristes et des sorority girls de la Marina, effrayés par l’allure du coin à l’abord du versant ouest de Nob Hill, et préfèrent rester du côté de la colline russe voisine. Bob’s pond plusieurs fois par jour toutes sortes de donuts à 75 cents pièce, autant appréciés des potheads ayant les munchies que par les flics du quartier qui viennent y cultiver leur diabète. Essayez le sugar crumble, vous y deviendrez accro. Et ça revient moins cher que l’héroïne.


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