Pardonnez-moi ce calembour bien gras, sans doute induit par la fatigue du vendredi et la consommation abusive de Downtown Brown, une excellente ale brune d’Eureka que j’affectionne particulièrement. Aujourd’hui, j’ai investi dans le pneumatique français : je suis le fier propriétaire d’un Zodiac d’occasion, un Zoom 310 made in France, s’il-vous-plaît, et je vais prendre livraison et faire installer de nouveaux pneus sur la Jeep, quatre Michelin CrossTerrain, comme les précédents.

Zodiac
Prochaine étape : apprendre à nager.

Alors certes, mon patriotisme consumériste a ses limites. Mon ordinateur m’a ainsi conduit à commander aujourd’hui, sans que je puisse me défendre, un Garmin GPSMap 76CSx (le même sur Amazon.fr), un module portable GPS étanche conçu par une société sino-américaine dont la holding est incorporée aux îles Caïmans. Je sais, j’aurais pu choisir un appareil du Français Magellan à la place, mais j’ai déjà un Garmin dans la voiture dont je suis très content. Et j’ai commandé mes pneus chez le démoniaque Wal-Mart, le géant de la distribution, le croqueur de petits commerces, l’exploiteur de smicards qui innonde le monde entier de produits fabriqués en Chine par des orphelins cancéreux (cela dit, qu’on ne me fasse pas croire que Carrefour ne fait pas la même chose là où ils peuvent). Bah oui, j’aurais bien voulu acheter les nouvelles chaussures de la Jeep chez un distributeur du coin, mais il m’aurait fallu débourser 100 dollars de plus, et ma charité pécuniaire a ses limites. Autre petite infidélité : le Zodiac est déjà équipé d’un moteur Nissan, mais bon, vu que Renault contrôle le groupe japonais, je ne culpabilise pas trop (il n’existe pas de constructeurs français de moteurs marins à ma connaissance de toutes façons).

Voilà, j’ai fait suffisamment de brand-dropping pour le reste de la semaine.

U-Haul in Albany, NY

Photo : tomefran. Tous droits réservés.

Belle démonstration de l’abîme qui sépare les cultures française et américaine : dans le courrier des lecteurs de Télérama, cité dans la revue de presse de France Inter ce mercredi, une Evelyne raille les déclarations du locataire de l’Élysée, où elle voit une contradiction évidente. « Président Sarko dit : “je veux que les Français, même les plus modestes, deviennent propriétaires de leur habitation”. Bon. Puis, plus tard, à propos de l’emploi, devant le MEDEF; président Sarko dit : “Il faut encourager la mobilité géographique”. Pourquoi pas ? Mais alors les Français devront s’acheter des caravanes. »

Les Français, en effet, n’achètent pour la plupart qu’une seule résidence principale au cours de leur vie. Les Américains, en revanche, achètent dès qu’ils en ont les moyens (ou même s’il ne les ont pas, comme en atteste la crise du marché du crédit, étranglé par le segment des hypothèques à risque), qu’il revendent si une opportunité se présente ailleurs, même s’ils sont très loin d’avoir entièrement remboursé leur prêt. En Silicon Valley, il n’est pas rare de croiser des couples trentenaires qui en sont déjà à leur troisième maison, sans pour autant avoir changé de comté. Le cycle traditionnel est le suivant : on achète une première maison (starter home), généralement modeste, puis les enfants arrivent, et on revend pour acheter plus grand, et ainsi de suite jusqu’à la retraite, où on revend pour une résidence moins spacieuse mais confortable, et le surplus (s’il existe) va à l’acquisition d’une résidence secondaire en Floride ou au Costa Rica, bateau de pêche facultatif.

Alors certes, le marché immobilier a considérablement ralenti aux États-Unis (souvent très sévèrement dans des coins de Floride, du Nevada ou de l’Arizona, ou l’inventaire de propriétés en vente a atteint des proportions déraisonnables), handicapant particulièrement la mobilité géographique des propriétaires de classes modestes ou moyennes qui ont acheté leur maison au cours des dernières années (le taux de revente est actuellement à son plus bas depuis 5 ans). Malgré tout, la fiscalité immobilière est souvent un peu plus avantageuse de ce côté-ci de l’Atlantique.

Voilà pourquoi il est curieux, vu d’ici, de voir une contradiction entre davantage de propriétaires et une plus grande mobilité géographique.

Il est un sujet de plaisanterie (et souvent de dispute conjugale) perpétuel chez les banlieusards américains : l’état de leur garage. Car même si la plupart des maisons américaines contemporaines sont construites pour accomoder deux véhicules (avec porte menant directement à la cuisine, pragmatisme consumériste oblige), le garage se retrouve bien souvent progressivement envahi de bric-à-brac interdisant à terme son utilisation comme lieu de stationnement. À la place s’y entassent skis et planches à voile, cartons de vêtements qu’on ne se décide pas à jeter, meubles superflus mais dont l’utilité pourrait surgir au prochain déménagement, outils et appareils divers, rouleaux de papier-toilette achetés à la tonne chez Costco, et plein d’autres saloperies qui donnent à la pièce des airs de boutique Emmaüs où rien n’est jamais vendu. Du coup, les véhicules familiaux se retrouvent relégués à l’allée de garage ou à la rue, comme punis par leur propriétaire bordélique.

Les Américains détiennent le record mondial du matérialisme. Ils possèdent plus de stuff et produisent plus de déchets par habitant que n’importe quel autre peuple sur la planète. Il faut dire que tout est plus grand ici, des voitures aux réfrigérateurs. Et c’est LA société consumériste par excellence, où l’on peut acheter un service de fourchettes à huîtres sur QVC à 3 heures du matin si l’envie vous prend. L’obsession de la possession est compulsive chez certains, étiquetés pack rats ou hoarders, qui transforment leur domicile en caverne d’Ali-Baba (quelques photos d’un cas sérieux). Je connais ainsi une ex qui m’interdit, tout au long de notre liaison, de pénétrer dans son appartement, de peur de me voir partir en courant à la vue du merdier qui envahissait chaque pièce de son domicile — ironie du sort, elle travaillait à l’époque pour eBay, mais elle négligea apparemment de mettre à contribution les services de son employeur pour se débarrasser de son bric-à-brac.

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Grand format sur Flickr
Dan’s Nishiki Custom Sport Fixie
Photo : pcnotpc

Malgré ses collines raides et ses automobilistes distraits, le vélo est un mode de transport bien mieux implanté à San Francisco que dans la plupart des autres métropoles américaines. L’association très polémique Critical Mass, qui célèbre ses 15 ans ce mois-ci, organise même régulièrement des virées de deux-roues non motorisés dans les rues de la ville, histoire de faire une démonstration de force qui ne se termine pas toujours bien.

Parmi les cyclistes san-franciscains, il y a la tribu très particulière des adeptes des fixies, ou fixed gears, ou en français des pignons fixes. Mode passagère ou culte ayant vocation à durer ? Cousin bâtard du cruiser californien façon Schwinn et du vélo hollandais, le pignon fixe urbain est souvent un antique cadre de vélo de course équipé de nouvelles roues, d’un seul frein et d’un plateau unique. Longtemps une monture réservée aux courriers, voilà quelques années qu’il a envahit les rues de SF, et c’est le deux-roues obligé de tout hipster san-franciscain qui se respecte, et sa popularité n’est pas du goût de tout le monde.

Les amoureux de la pédale permanente ont souvent bricolé eux-mêmes avec amour une bécane parfois plus vieille qu’eux. On est loin des modèles que les pros utilisent pour leur entraînement. Et certaines sociétés ont déjà commencé à commercialiser des cadres prêts à être personnalisés.

L’utilisateur Flickr pcnotpc a une collection intéressante d’adeptes san-franciscains du pignon fixe et de leurs bécanes. Il y a le Gitane Sport De Luxe converti de Ray, le vélo ultra-minimaliste de Marmaduke, le Peugeot simplifié de Sherm et Katie, et bien d’autres montures qui donnent envie de transformer le vieux machin dans votre garage en pédaleur à tout va.


Fall Festival in Japantown. Photo : kumasawa

C’est l’équinoxe aujourd’hui, et officiellement l’automne depuis deux jours, mais les San-Franciscains savent que fin septembre et la première moitié d’octobre marquent le début du véritable été de la ville. Le brouillard matinal disparaît presque, les soirées sont fraiches mais moins glaciales et venteuses, et les températures oscillent entre 20 et 30 degrés centigrades, suffisamment pour pouvoir se balader au Folsom Street Fair les fesses à l’air.

Il est une bonne vieille pratique française dont l’expatrié se doit de se débarrasser : celle qui consiste à capitaliser son nom de famille.

La convention typographique, qui doit son existence essentiellement au fait que nombre de noms de famille français sont aussi des prénoms, n’est pas en usage aux États-Unis, où il est fortement encouragé de l’oublier.

Cette pratique bien de chez nous va souvent de pair avec l’écriture du nom de famille avant le prénom. Aux États-Unis, dans la plupart des cas, on liste son prénom avant son nom. Lorsque le nom de famille doit être listé avant dans le même champ, le formulaire le précise, et lorsque c’est le cas, le patronyme sera suivi d’une virgule de séparation.

Inutile donc d’écrire son nom de famille en capitales de ce côté-ci de l’Atlantique, sauf si vous devez également écrire votre prénom de la même façon. D’autant que n’importe qui ayant utilisé l’Internet pendant plus de deux minutes et demie sait qu’écrire tout en majuscules est impoli et peu recommandé. De grâce donc, épargnez-nous la capitalisation de votre patronyme, y compris sur LinkedIn ou Facebook. Cette pratique surannée dans votre correspondance pourrait même ici vous faire passer pour un prétentieux cherchant à insister sur son pedigree.

En revanche, si votre nom a une particule, apprêtez vous désormais à voir l’initiale de votre particule capitalisée, que vous soyez noblesse d’Empire ou pas.

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