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mai
11
Vidéo : le vote du second tour à San Francisco et aux États-Unis
Publié dans podcasts, politix
Publiez sur Facebook, Twitter, deliciousDernier podcast et billet sur le vote des Français de la circonscription de San Francisco, avec cette fois-ci, en plus d’une comparaison entre les résultats du consulat avec ceux des électeurs au niveau national et des expatriés, un regard sur le vote du second tour des Français des États-Unis, circonscription par circonscription.
L’interminable queue du 21 avril dernier n’était plus qu’un mauvais souvenir samedi 5 mai. Le consulat avait cette fois-ci mis en place trois urnes à San Francisco et deux à Sunnyvale, histoire de mieux répartir les votants, et ça a plutôt bien marché. Pas de queue ou presque, et un nombre d’électeurs en augmentation de 20% par rapport au premier tour avec 4 534 votants, le soleil aidant.
Télécharger la vidéo :
MPEG-4 H.264, compatible iPod et Apple TV (23 Mo, avec commentaire audio)
DivX & MP3 pour ceux qui n’ont ni Quicktime ni iTunes.
PDF (5 Mo, Acrobat Reader nécessaire)Le taux de participation fut donc pour la circonscription de 37,15%. C’est évidemment moins que les presque 84% au niveau national et les 42% des Français de l’étranger, mais là encore, c’est un record pour le consulat. Les assesseurs ont compté 65 suffrages annulés (bulletins blancs ou nuls).
Revenons d’abord au premier tour. On avait constaté que les électeurs de la circonscription san-franciscaine avaient voté dans l’ensemble plus à droite (ou moins à gauche) que l’ensemble des Français. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal avaient fait mieux qu’au niveau national, bénéficiant d’un vote utile et plus modéré à droite comme à gauche. François Bayrou avait lui aussi réalisé un meilleur score qu’au niveau national, et la question était de savoir comment ses voix allaient être reportées au second tour.
Le score de seulement 43,78% de Ségolène Royal dans la circonscription de San Francisco semble démontrer un report plutôt médiocre des voix qui sont allés à François Bayrou au premier tour. Alors qu’au niveau national, les bulletins qui sont allés le 22 avril au centriste semblent avoir bénéficié de façon à peu près équivalente aux deux candidats du second tour, il apparaît que dans la circonscription de San Francisco, seulement un tiers des votants ayant choisi Bayrou au premier tour aient reporté leur vote sur la candidate socialiste.
Le meilleur taux de participation au second tour peut aussi signifier que des expatriés favorisant Nicolas Sarkozy n’avaient pas daigné se déplacer pour voter le 21 avril, certains de voir leur favori arriver de toutes façons au second tour, pour lequel ils se seraient ensuite davantage mobilisés le 5 mai.
Jusqu’ici donc, rien là de très surprenant. On savait déjà que les Français du consulat de San Francisco votaient davantage à droite que l’ensemble de leurs compatriotes. Le discours très pro-business de Nicolas Sarkozy était sans doute plus susceptible de séduire les entrepreneurs existants et potentiels vivant dans le nord-ouest américain. Mais Ségolène Royal réalise tout de même un score tout à fait respectable.
Si on compare à nouveau le vote de la circonscription san-franciscaine à celui de l’ensemble des Français de l’étranger, on constate là encore que les électeurs du nord-ouest ont voté de façon plus marquée pour Nicolas Sarkozy, plus encore que l’ensemble des expatriés qui traditionnellement votent davantage à droite que la métropole.
Presque deux tiers des Français votant aux États-Unis ont voté pour Nicolas Sarkozy. Ca n’est finalement pas très surprenant, puisque le candidat de l’UMP avait une approche beaucoup plus atlantiste que Ségolène Royal, et incarnait des valeurs qui dans l’ensemble sont souvent associées au succès économique américain.
Regardons maintenant comment les Français sur les listes électorales des différents consulats généraux des États-Unis ont voté. Le pays est divisé en dix circonscriptions consulaires. Celle de San Francisco comprend donc grosso modo le nord-ouest américain, l’Alaska et Hawaii. Celle de Los Angeles couvre le sud-ouest, celle de Chicago le plus gros du Midwest, celle de Houston le Texas, l’Oklahoma et l’Arkansas, celle de la Nouvelle-Orléans se limite à la Louisiane, et celle de Miami correspond à la Floride. La circonscription d’Atlanta comprend le plus gros des États du Sud, celle de Washington couvre D.C., la Virginie, la Virginie Occidentale, la Pennsylvanie, Rhode Island et le Maryland, celle de New York correspond à l’État du même nom, au New Jersey et au Connecticut, et celle de Boston comprend le reste de la Nouvelle-Angleterre. Leur taille varie donc considérablement. Les circonscriptions de Chicago et San Francisco couvrent les plus grandes superficies, mais c’est celle de New York qui est la plus importante en nombre d’expatriés.
La disparité du vote par circonscription consulaire est étonnante. On avait vu qu’au consulat de San Francisco, Nicolas Sarkozy avait creusé l’écart par rapport aux résultats nationaux. Mais lorsqu’on compare la circonscription du nord-ouest avec la plupart des autres, il semble que les Français du consulat de San Francisco aient finalement voté beaucoup moins à droite que la plupart de leurs compatriotes vivant dans d’autres régions des États-Unis.
La circonscription de Boston est celle qui a voté le plus comme l’ensemble de la France, avec un résultat quasi-similaire sur certes seulement moins de 2000 votants. Le seul endroit où Ségolène Royal a récolté plus de voix que Nicolas Sarkozy est celui de la Nouvelle Orléans, désormais un poste à mission avant tout culturelle, où elle a reçu 97 bulletins, contre 94 à son adversaire.
Avec presque 64% des voix en faveur de Nicolas Sarkozy, Los Angeles est la circonscription qui incarne le mieux le vote français aux États-Unis. Sarkozy a également largement dépassé les 60% à Atlanta, New York, Chicago et Washington D.C.
Rien de très surprenant quant à ces résultats. New York est la capitale financière des États-Unis, voire du monde, et les marchés ont été prompts à choisir Sarkozy comme leur poulain, qui est d’ailleurs venu faire son jogging dans Central Park en novembre dernier. Atlanta et Chicago sont également des pôles financiers, dont les circonscriptions couvrent des états pour la plupart plutôt conservateurs. Les 61% de Nicolas Sarkozy au consulat de la capitale fédérale doivent également sûrement beaucoup à l’attitude plutôt atlantiste du candidat de l’UMP, qui a profité de son voyage l’année dernière pour serrer la main du président Bush.
Mais c’est véritablement à Houston et Miami que le candidat de la droite a pulvérisé son adversaire socialiste, recueillant respectivement 72 et presque 82% des voix.
Ce raz-de-marée — tout relatif, certes, puisqu’il ne s’agit que de quelques milliers d’électeurs au total — a plusieurs explications. La plupart des expatriés de la circonscription consulaire de Houston sont des diplômés de grandes écoles en ingénierie ou commerce qui ne séjournent en moyenne que 3 ans dans la région. Ils travaillent essentiellement pour des grandes entreprises pétrolières et des des banques, et dans une seconde mesure pour des sociétés spécialisées en électronique ou en aéronautique. Il s’agit donc d’un électorat aisé, sans doute davantage séduit par le programme pro-business de Sarkozy que le discours de Royal, qui a souvent pris pour cible les grandes multinationales dans ses discours. Ajoutez à ça la mentalité très conservatrice des sociétés du Texas, de l’Oklahoma et de l’Arkansas, et le faible score de la candidate de la gauche à Houston n’est finalement pas très surprenant.
Ses 18% en Floride ont une explication légèrement différente. La plupart des Français de l’État sont concentrés dans le sud-est, dans la région de Miami et de Palm Beach. Beaucoup d’entre eux sont des retraités vivant aisément, parfois entre les deux pays, favorable au fameux bouclier dont Sarkozy s’est fait le champion. D’autres expatriés de la région travaillent ou investissent dans l’hôtellerie, la restauration et le commerce, autant de secteurs où Sarkozy a enregistré des scores très favorables.
Les Français des États-Unis, même s’ils ont donc largement plébiscité Nicolas Sarkozy, sont donc loin d’être un groupe homogène. On vote plus à gauche — ou moins à droite, tout dépend de la façon dont on voit les choses — dans les circonscriptions de Boston, de La Nouvelle-Orléans et de San Francisco, trois régions qui justement ont tendance à voter plus démocrate que le reste du pays. Les expatriés s’installent-ils donc dans des régions correspondant davantage à leurs opinions politiques ? Ou sont-il influencés par la culture politique locale ? Il y a sans doute là un peu des deux.
Abonnez-vous au podcast des Grenouilles dans la Vallée.
Voir aussi :
Le vote des Français de Londres, sur What’s Next
Le vote des Français du Danemark, sur le blog d’Indca– Pub –
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3 commentaires sur “Vidéo : le vote du second tour à San Francisco et aux États-Unis”
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“On vote plus à gauche — ou moins à droite, tout dépend de la façon dont on voit les choses — dans les circonscriptions de Boston, de La Nouvelle-Orléans et de San Francisco, trois régions qui justement ont tendance à voter plus démocrate que le reste du pays.”
Pour san francisco, nous avons la chance d’avoir des bureaux de votes qui separent assez proprement san francisco+berkeley de la silicon valley. Or habiter SF et B intra muros, c’est literalement une religion - de gauche (le bureau de vote de san francisco couvrait aussi des regions moins hip comme santa rosa ou la central valley - regions ou le poids du gouvernement americain actuel peut aussi declancher un vote de reac - donc a gauche). Et effectivement, j’ai croise tres peu de san franciscains qui ont vote Nicolas.
Et vice versa, habiter dans la silicon valley c’est habiter une autre planete avec d’autres regles economiques et sociales et une dynamique clairement de droite, et je pense que c’est un peu plus lie a voter a droite.
Les totaux de la circonscription de san Francisco ne sont donc - a mon avis - pas representant dune tendance, mais bien d’une moyenne constatee sur toute la zone.
et je pense que c’est valable pour toutes les circonscriptions, de meme que la banlieue parisienne peut etre violette, mais elle a clairement des villes tres roses, et des villes tres bleues.
————————-
une autre remarque que tu n’as pas faite.
88 et 95: le deuxieme tour n’etait pas tres populaire. Vote considere comme “inutile”.
02: surprise au premier tour, et on ne saura jamais combien on vote au 1er tour APRES 20h en france. Au deuxieme tour, petit sentiment de patriotisme qui a pousse les non votants a aller voter.
07: meme si on ajoute 10% de participation manquee au premier tour de gens qui n’ont pas pu vote a cause des queues inacceptables, il y a quand meme un saut inexplique de votants au deuxieme tour. Est ce parce qu’on vote un jour AVANT? est ce parce que nos voiz comptent enfin pour de vrai? ou est ce parce que les francais avaient VRAIMENT une raison suffisente pour voter (aka: la haine ou l’amour pour un des deux candidats) ? ou est ce parce que c’est une des premieres elections ou il y avait un enjeu profond de l’identite meme de la france, et que ces elections ont touche la corde sensible?
J’ai tendance a retenir la derniere hypothese, basee sur les discussions autour de moi. Et j’en suis ravie. Aller voter ce nest pas seulement civique, c’est l’essence meme de la democratie. Ces elections ont ete une pierre blanche de civisme. Vive la france et merci aux francais d’etre alle vote. Et merci aux consulats, ambassades etc qui nous entendent et qui font ENFIN un effort pour nous garantir le droit de vote de maniere un peu plus correct que dans le passe (il y a encore beaucoup de progres a faire, mais j’espere qu’avec de tels chiffres ils continueront a tenir compte des francais a l’etranger)
Merci Sophie, voilà plein de remarques tres justes. Tu as raison : une grande partie de la population vivant dans certains quartiers de SF, dans le comté de Marin et dans l’est de la Baie adhèrent à des valeurs généralement associés à la gauche. Mais ça a changé doucement au cours de la dernière décennie. Même lorsqu’on isole le bureau de vote de San Francisco de celui de Sunnyvale, Sarkozy arrive tout de même en tête. La communauté française de San Francisco, à l’image de la population de la ville, est très hétéroclite. Et depuis la fin des années 90, on y trouve beaucoup de Français travaillant dans le high tech et de nombreux entrepreneurs dans des secteurs divers, de la restauration à l’immobilier. J’ai rencontré pas mal de Français de SF qui ont voté Royal dès le premier tour, mais beaucoup aussi — souvent moins vocaux — qui ont voté Sarkozy. Je connais aussi quelques Français de SF et de l’est de la Baie qui votent traditionnellement socialiste, mais qui pour la première fois ont voté à droite dans cette élection, dans certains cas plus par rejet de la candidature Royal que par adhésion au programme de Sarkozy. Je pense que comme ailleurs, les Français de la région s’associent souvent avec des compatriotes avec qui ils ont des affinités politiques. — Arnaud
Mouais enfin moi je vais temperer cet enthousiasme pour le travail des ambassades et consulats etc: si je voulais voter il me fallait aller au centre de vote le plus proche soit a 300km et 3h30 (au bas mot) de voiture. Je sais bien qu’il n’etait probablement pas possible d’ouvrir un bureau de vote pour les allez disons 20 francais en age de voter qui vivent dans ma ville mais comme au Mexique nous n’avons pas la possibilite de voter par correspondance (et pourquoi l’Etat ne nous paierait pas un service de messagerie genre dhl ou autres si la poste mexicaine est effectivement inefficace?) et bien j’ai du voter par procuration…C’est toujours voter c’est sur mais ce n’est pas pareil.
A quand le vote par internet pour ceux qui sont loin des consulats, ambassades etc…?
Une analyse excellente avec du fond, de la forme, bref un grand bravo car nombre de médias français ne se penchent pas aussi à fond sur les votes.