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Zodiac

Zodiac, réalisé par David Fincher. Écrit par James Vanderbilt, d’après les livres de Robert Graysmith.
Avec Jake Gyllenhaal, Marc Ruffalo, Robert Downey Jr., Brian Cox et Anthony Edwards.
Warner Bros. 158 minutes.
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Zodiac s’ouvre le soir du 4 juillet 1969, à Vallejo, une ville moyenne du nord de la baie de San Francisco. Un couple est impitoyablement abattu de plusieurs balles dans leur voiture par un homme dont on ne voit jamais le visage, même si on croit en deviner les traits à la lueur faible des feux d’artifice célébrant l’indépendance. Chronologiquement, ce n’est pas le premier meurtre attribué au tueur du Zodiaque, qui terrorisera la région de la baie de San Francisco pendant plusieurs années. Mais c’est avec cette scène sanglante que le réalisateur David Fincher choisit d’introduire l’ombre du meurtrier qui plane sur tout le film, au son de « Hurdy Gurdy Man », la chanson de Donovan à l’intro inquiétante.

Dans la séquence suivante, on suit le parcours d’une lettre mystérieuse jusque dans la salle de rédaction du San Francisco Chronicle. La missive est accompagnée d’un message codé, composé de symboles empruntés à divers alphabets. La lettre en clair est une revendication du meurtre de Vallejo, mais aussi d’un double homicide, six mois plus tôt, dans la ville voisine de Benicia. Paul Avery, le journaliste chargé des faits divers du quotidien, téléphone aux services de police correspondant aux diverses juridictions. Jusqu’ici, les flics de la région n’avaient pas lié les meurtres en question. Mais les détails inclus dans le message lui permettent de confirmer que son auteur est bien le tueur.

Jake Gyllenhaal
Jake Gyllenhaal dans Zodiac.
Photo : Warner Bros. Tous droits réservés.

Le dessinateur du journal, Robert Graysmith, incarné par Jake Gyllenhaal, est immédiatement captivé par l’affaire, en grande partie à cause du cryptogramme envoyé par le meurtrier. « J’aime les énigmes », explique-t-il à Paul Avery, qui a ici les traits de Robert Downey Jr. C’est ainsi que Graysmith, le jeune idéaliste jusqu’ici ignoré par ses confrères, se lie d’une amitié autrement improbable avec le reporter cynique, alcolo et progressivement cocaïnomane qui suit l’affaire pour le Chronicle.

Le tueur qui signe désormais ses messages « Zodiac » va encore frapper dans la région. Et encore. Et à chaque fois, le quotidien et ses concurrents reçoivent des lettres mystérieuses revendiquant les meurtres, accompagnées de codes parfois restés indéchiffrables. Très vite, l’affaire devient plus qu’une énigme. Pour Robert Graysmith, Paul Avery et Dave Toschi, le flic de San Francisco qui suit l’affaire, le Zodiac devient rapidement une obsession qui va leur coûter cher.

De la même façon, Zodiac est bien plus qu’un polar ou un thriller, même si le scénariste Vanderbilt et le réalisateur Fincher s’appliquent à retracer les rebondissements médiatiques et policiers de l’affaire. Le film dépeint avec une précision remarquable les discussions se déroulant dans les bureaux et la salle de rédaction du San Francisco Chronicle de l’ère nixonnienne. Parallèlement, il suit les méandres procéduraux de l’investigation, qui nécessite la coordination des services de police dans plusieurs juridictions, à une époque où le fax restait un luxe hors de portée pour les shérifs des comtés du nord de la baie.

Robert Downey Jr.
Robert Downey Jr. dans Zodiac.
Photo : Warner Bros. Tous droits réservés.

Fincher utilise la même précision diabolique pour la reconstitution des meurtres, décrivant comment le psychopathe, masqué, interrompt en septembre 1969 le pique-nique idyllique d’un couple d’étudiants au bord du lac Berryessa, dans le comté de Napa. Bryan Hartnell et Cecelia Ann Shepard sont chacun ligotés et poignardés plusieurs fois par le Zodiac. Cecelia succombe à ses blessures deux jours plus tard. Hartnell survit, malgré les six coups de couteaux qu’il a reçus dans le dos. La scène est redoutable d’efficacité non pas parce qu’elle dépeint un meurtre sanglant — l’hémoglobine est d’ailleurs spectaculairement absente de cette séquence —, mais parce que Fincher a une approche très froide et méthodique de l’événement. Pas d’inflation musicale pour gonfler artificiellement le suspense. Pas de montage saccadé, caméra à l’épaule, pas de ralentis ou d’effets de surexposition pour créer une atmosphère angoissante. Juste un crime horrible, commis de sang froid par un meurtrier cagoulé, et signé sur la portière de la Volkswagen de l’étudiant d’une croix celtique, le symbole utilisé par le tueur dans ses messages.

Visuellement, il s’agit sans doute du film le plus conventionnel que Fincher ait signé à ce jour, même si la photographie correspond parfaitement à l’époque. Le film s’ouvre d’ailleurs sur le logo grenu de la Warner, et garde un ton rétro, aux couleurs évoquant les polars des années 70. Il capture également le côté glauque des nuits embrumées de San Francisco, qu’il avait déjà largement évoquées dans The Game, sans doute son film le plus accessible.

Fincher ne s’autorise que quelques plans sortant de l’ordinaire, mais dont la parfaite exécution sert l’intrigue sans devenir une distraction. Il y a notamment cette vue suivant un taxi en plongée verticale, dont l’axe suit parfaitement celui du véhicule. L’effet est quasi-hypnotique, happant le spectateur dans l’itinéraire funeste vers Presidio Heights.

Marc Ruffalo
Marc Ruffalo dans Zodiac.
Photo : Warner Bros. Tous droits réservés.

La réussite du film doit beaucoup à sa distribution. Jake Gyllenhaal est tout à fait crédible dans le rôle de Robert Graysmith, ce boyscout qui perd vite son innoncence lorsqu’il se plonge dans cette enquête sinistre où il suit toutes les pistes possibles, y compris les plus improbables. Robert Downey Jr. est irréprochable en Paul Avery, un personnage qui semble presque taillé sur mesure pour son numéro de journaleux camé et égocentrique. Et Marc Ruffalo, qu’on croyait jusqu’ici cantonné aux rôles de brave type dans des comédies romantiques de seconde zone (il a notamment incarné le personnage principal de Just Like Heaven, un autre film situé à San Francisco, en fait l’adaptation médiocre du roman de Marc Lévy, Et si c’était vrai), est ici impeccable dans la peau de Dave Toschi, le policier dont on dit qu’il a été l’inspiration de Steve McQueen pour le personnage de Bullitt. Fincher s’offre d’ailleurs un clin d’œil à un autre flic san-franciscain, l’inspecteur Harry, dont le premier film s’inspire très librement de l’affaire en mettant en scène Clint Eastwood face à un tueur en série du nom de Scorpio.

Les seconds rôles sont tous irréprochables, de Anthony Edwards, incarnant Bill Armstrong, le flic méthodique à qui on doit des notes incroyablement détaillées sur l’enquête autour de Leigh Arthur Allen, à Chloe Sevigny, qui tient le rôle de la femme de Graysmith, un personnage qu’elle joue tout en nuances, sans jamais tomber dans la caricature facile de l’épouse délaissée. Et puis il y a bien sûr Arthur Leigh Allen, le suspect principal, joué ici par John Carroll Lynch, encore plus inquiétant qu’à son habitude.

À deux heures quarante minutes, sans dénouement aboutissant à l’arrestation, la punition ou même l’identification formelle du meurtrier, Zodiac n’est donc clairement pas un film policier traditionnel. Le scénariste et le réalisateur nous plongent dans le même mystère que celui dans lequel baignent les protagonistes, brouillant les pistes juste au moment, où, comme Graysmith ou Toschi, on croit enfin être arrivé à une solution. Ils incluent par exemple dans le récit un épisode qui n’est généralement pas attribué au tueur en série par les enquêteurs, mais qui à l’époque — et même encore de nos jours — nourrit le mythe qui entoure le meurtrier. Fincher utilise aussi trois acteurs différents pour incarner le Zodiac, dont on ne voit jamais clairement le visage.

La structure même du film est peu conventionnelle. Au lieu des trois actes habituels, il s’agit plutôt d’un récit en deux actes, où la transition est constituée d’un saut de quatre ans, illustré brillamment par la construction de la Transamerica Pyramid au son du « Inner City Blues » de Marvin Gaye.

Zodiac est un exercice sur la nature destructrice d’une obsession, qui petit à petit peut désintégrer mariage, carrière et santé physique et mentale. Car les victimes du tueur ne sont pas juste celles qu’il attaque, et dont le nombre exact demeure à ce jour sujet à discussion. Ce sont aussi Graysmith, Avery et Toschi, qui paieront un lourd tribut, personnel et professionnel, dans leur quête de l’identité du meurtrier, et c’est avant tout cette histoire-là que Fincher raconte. Et ça, ça vaut largement tous les polars à formule qu’on nous sert habituellement.

Voir aussi :

Zodiac - Bande sonore

Zodiac (chansons extraites du film).
Multi-interprètes.
Lakeshore Records (US), Varese Sarabande (France).
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Zodiac - Bande sonore

Zodiac (musique originale du film).
David Shire.
Lakeshore Records (US), Varese Sarabande (France).
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