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Pastis, limoncello et absinthe : spiritueux américains, esprit européen
Publié dans bibine et pinard
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Pastis Charbay et limoncello Marchesa : Made in California.Les Américains émulent les vins français depuis des décennies, rien de surprenant donc à ce qu’ils imitent aussi les spiritueux européens. Après tout, la Française Grey Goose fait de l’ombre à la vodka russe depuis son apparition, notamment aux États-Unis.
On trouve Pernod et Ricard sur les étagères de nombreux bars et restaurants chics américains. Le pastis est même idéal mélangé à un jus de fruit commun en Amérique du Nord. Charbay, un Californien spécialisé dans les spiritueux, produit à Napa un pastis entièrement naturel et sans colorant, qui complète sa gamme de vodkas, rum, portos, grappa et whiskey.
Un ami italien m’approvisionne aussi régulièrement en limoncello, cette liqueur à base de citron que les Italiens affectionnent particulièrement. Mais celle-là est produite par sa famille émigrée aux États-Unis, près de San José. Leur limoncello Marcheta Anna Maria Toscano est fabriqué à partir de la recette héritée de leur grand-mère, une duchesse italienne de Naples, et c’est la seule liqueur de ce type produite en Californie, pourtant un terrain propice aux citrons (je peux voir au moins deux citronniers de mon balcon, car Silicon Valley était il y a encore quelques décennies un immense verger).
La palme du chic franco-américain dans le domaine revient cependant à Ted A. Breaux. Ce néo-orléanais chimiste de formation a une passion particulière pour les spiritueux, et notamment l’absinthe. Déçu par les différentes liqueurs vendues sous cette étiquette en Europe (et notamment les breuvages artificiellement colorés de la République tchèque), Ted Breaux se mis en tête de reproduire la liqueur d’absinthe de la façon la plus fidèle possible, telle qu’elle était fabriquée au tournant du siècle dernier. Il dépensa ses économies sur des bouteilles rares vieilles d’un siècle ou plus, contenant des fonds d’absinthe, et amassa une collection de vieux livres sur le sujet. Après avoir analysé au niveau moléculaire le contenu de ces vieilles bouteilles, il commença ses recherches pour mettre au point une recette de fabrication qui permettrait d’arriver au même résultat. Mission accomplie avec Nouvelle-Orléans, une liqueur produite depuis 2004 par la vieille distillerie française Combier de Saumur. La société Jade Liqueurs de Breaux est aussi à l’origine de la recréation de la Verte Suisse 65 (le chiffre est celui du taux d’alcool) et de l’absinthe Édouard (le prénom de Pernod père, l’un des pionniers de la production commerciale de l’élixir).
Absinthe Nouvelle-Orléans : Designed in California, Made in France.L’absinthe jouit toujours d’une mauvaise réputation dans bien des endroits — elle est toujours illégale aux États-Unis —, mais elle est enfin en train de sortir de l’ombre grâce à la fin de la prohibition dont elle fut victime pendant presque un siècle en Europe. La liqueur, interdite en France en 1915 (et dès 1910 en Suisse) fut à l’époque accusée de tous les maux. Il n’existe en fait aucune étude scientifique prouvant que l’absinthe soit dangereuse pour la santé, à condition bien entendu d’en consommer avec modération. Désormais, il est légal en France de fabriquer une absinthe dont le pourcentage de thuyone, la substance qu’on a accusée d’être à l’origine de la nocivité de la liqueur, ne dépasse pas 10%. La distillerie Armand Guy de Pontarlier produit depuis 2001 une absinthe dont la recette est inspirée de celle de l’arrière-grand-père de l’actuel gérant, la François Guy. En Suisse, le plus grand nom est certainement l’absinthe Kübler de l’établissment Blackmint. Même Pernod a réintroduit une liqueur « aux extraits de plantes d’absinthe » à 68°.
La Nouvelle-Orléans est également une absinthe à 68° d’alcool (à comparer avec les 45° de la François Guy ou ou les 53° de la Suisse Kübler). La distribution de l’élixir reste très confidentielle, mais Google est l’ami des amateurs d’absinthe.Commentaires
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