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San Francisco en 5 documentaires
Cinq documentaires, cinq histoires racontant chacune un visage de la ville ou un chapitre de son histoire.
Jonestown: The Life and Death of Peoples Temple
Remarqué au festival Tribeca, nommé aux Gotham et aux Satellite Awards et récompensé du prix du Meilleur documentaire sur la région de la Baie au festival international de San Francisco de 2006, ce film retrace l’ascension et la chute tragique d’une secte menée un gourou charismatique à l’idéologie collectiviste.
Le Temple du Peuple est fondé dans l’Indiana par Jim Jones, un prêcheur autodidacte défendant l’intégration, et qui dans les années 60 décide d’emmener sa congrégation de quelques centaines de fidèles vers la Californie. À Ukaiah, dans le nord rural de l’État, la communauté fonctionne comme une commune, un modèle populaire parmi le mouvement hippie grandissant. Mais le Temple du Peuple n’a pas grand chose à voir avec ces autres communautés : c’est une secte menée d’une main de fer par Jones, qui fait travailler ses membres à un rythme relevant de l’esclavage, les galvanisant de discours les incitant à créer un paradis sur terre plutôt que de souscrire au concept chrétien de l’au-delà.
Dans les années 1970, le révérend s’installe à San Francisco, où son mouvement joue un rôle clé dans la victoire électorale de George Moscone. Mais les méthodes douteuses de Jones sont exposées dans les médias, et il ordonne à ses adeptes de faire leur valises pour déménager vers Jonestown, le village qu’il a fait bâtir en Guyana au beau milieu de la jungle. Peu de temps après, en novembre 1978, plus de 900 membres de la sectes seront incités ou forcés à se suicider au cyanure, et un sénateur américain et d’autres visiteurs seront abattus par balles.
Le documentaire retrace le parcours du révérend fou, et à travers les témoignages de survivants de la secte (y compris l’un de ses nombreux fils illégitime) et de témoins du phénomène, tente d’expliquer comment des familles entières se vouèrent corps et âme à une utopie collectiviste, une sorte d’idéologie socialiste au chef spirituel charismatique mais souffrant de toute évidence d’une santé mentale plus que douteuse. Il évoque aussi un épisode méconnu de l’histoire de San Francisco en soulignant le rôle joué par le Temple dans la politique locale.
Jonestown: The Life and Death of Peoples Temple, réalisé par Stanley Nelson.
Seventh Art Releasing.
86 minutes. 2006.
» Regardez la bande annonceThe Bridge
Le Golden Gate Bridge est la fierté de San Francisco. Le pont d’acier rouge enjambant le détroit attire des millions de visiteurs chaque année. C’est aussi la première destination du monde en terme de suicides, avec environ vingt sauts fatals par an. En 2004, Eric Steel et son équipe ont installé des caméras de chaque côté du pont, maintenues jour et nuit, pour tenter de capturer — et si possible, éviter — les suicides du monument. Cette année-là, 24 personnes sautèrent du pont. Une seule d’entre elles survécut. 3 corps ne furent jamais retrouvés. The Bridge capture les sauts de la majorité d’entre eux, parfois en gros plan, parfois de loin, à peine perceptibles sous la forme d’une petite tache d’écume venant troubler la perfection d’une vue de carte postale.
Loin d’être un snuff film, comme il a été décrit par certains critiques qui ne l’ont pas vu, The Bridge est superbe, fascinant et brutal. Le fait le portrait de plusieurs des suicidés, à travers les témoignages de leurs proches. Le plus troublant est la diversité des disparus. Pour certains, c’était la énième tentative. Pour d’autres, c’était un geste inattendu. Certains avaient préparé leur disparition avec soin. D’autres hésitent, renoncent, plus finalement sautent.
Le documentaire montre aussi les tentatives avortées de certains des candidats au suicide, parfois sauvés grâce à l’intervention de la police ou d’un passant. Les équipes de Steel étaient dotées de téléphones mobiles, qui se révèlérent être utiles lorsqu’une personne suicidaire était repérée. Certaines vies furent ainsi sauvées (même si le film n’aborde pas ce sujet), mais dans trop de cas, l’appel arriva trop tard.
L’un des témoignages du film est celui d’un survivant au saut, qui change d’avis alors même qu’il est en chute libre. Miraculeusement encore en vie après son plongeon, il doit sa vie à un phoque qui nage autour de lui jusqu’à son repêchage par les gardes-côtes.
Si l’origine sociale et le parcours des suicidés de 2004 sont relativement hétérogènes, le film permet de remarquer que dans la plupart des cas, les jumpers étaient victimes d’une maladie mentale souvent diagnostiquée, allant de la dépression à la schizophrénie la plus sévère. Les moments les plus difficiles du film ne sont pas tant les chutes des désespérés que les témoignages d’impuissance douloureuse des amis et familles des suicidés.
Lorsqu’en mai 2006 le festival annonce la projection du documentaire, l’administration du pont, jusqu’ici sourde ou évasive quant à toute proposition de barrière ou de filet (seules des bornes d’appel et des rondes de police servent à la prévention) décide enfin de mobiliser 2 millions de dollars pour l’étude d’une solution.
The Bridge bénéficie également de la très belle musique originale composée par Alex Heffes.
The Bridge, réalisé par Eric Steel.
First Stripe Productions.
93 minutes. 2006.
» Regardez la bande annonceThe Wild Parrots of Telegraph Hill
Voilà plusieurs décennies que plusieurs volées de perroquets sauvages vivent à San Francisco. La plus importante d’entre elle est une colonie de conures à tête rouge, une espèce originaire d’Amérique du Sud, qui a élu domicile sur Telegraph Hill.
Mark Bittner, un sans domicile fixe musicien à ses heures, se prit d’affection et de passion pour ces oiseaux, qu’il étudia et apprit à connaître individuellement. Un livre en résulta, qui inspira à son tour la documentariste Judy Irving à rencontrer et filmer Mark et ses amis colorés.
Bittner est un personnage. Musicien raté échoué sur la colline surplombant North Beach, il parle de ces oiseaux avec une tendresse et un respect qui émeut les plus cyniques. Ne se contentant pas juste de les observer et d’en apprivoiser certains, il les étudie et les photographe avec la patience et le professionnalisme d’un ornithologue diplômé.
Le documentaire d’Irving est très touchant, et bascule parfois légèrement dans le sentimentalisme, un piège d’autant plus difficile à éviter qu’elle se prit elle-même d’affection pour ce Saint François de Telegraph Hill lors du tournage. The Wild Parrots of Telegraph Hill a aussi le mérite de présenter un quartier trop souvent méconnu de San Francisco. Les perroquets se portent bien, et malgré leurs prédateurs que sont les oiseaux de proie, leur nombre continue à doucement augmenter.
The Wild Parrots Of Telegraph Hill, réalisé par Judy Irving.
New Video Group (US)/Drakes Avenue (UK).
80 minutes. 2005.
» Acheter sur Amazon.com(région 1), Amazon.fr
(région 2)

The Wild Parrots of Telegraph Hill: A Love Story . . . with Wings, par Mark Bittner.
Three Rivers Press. 304 pages.
ISBN 140008170X (paperback US).
» Acheter sur BookSense.com, Amazon.com, Amazon.fr
24 hours on craigslist
Il est impossible de vivre dans la région de San Francisco et d’ignorer craigslist. Ce site communautaire et minimaliste, fondé il y a déjà une décennie par Craig Newmark sous la forme d’une liste de diffusion, est désormais une entreprise à but non lucratif proposant des petites annonces en tous genres et des forums sur des dizaines de sujets. craigslist m’a valu de trouver deux jobs, un vélo, de la mémoire vive pour un vieil ordinateur, des rencontres diverses, et quelques centaines d’heures de glandouille en ligne à discuter avec de parfaits inconnus.
craigslist est devenu la référence en matière d’annonces en ligne, à tel point que le site a été accusé de mettre en péril la presse régionale en leur faisant de la concurrence déloyale : publier une annonce sur craigslist est en effet gratuit, sauf pour les employeurs des régions urbaines de San Francisco et New York, qui doivent s’acquitter d’un prix modique lorsqu’on le compare à ceux de Monster ou HotJobs.
24 hrs. on craigslist est un documentaire-concept dont les participants ont pour la plupart été recrutés sur craigslist pour enquêter sur les utilisateurs du service de petites annonces du 4 août 2003. Pendant une heure et demie, on rencontre ces San-Franciscains aussi divers qu’amusants, cherchant à vendre, acheter, échanger ou rencontrer. Une mère indécise de deux enfants a six poussettes à vendre, et explique les raisons parfaitement légitimes derrière chaque achat. Une propriétaire de chat diabétique recherche d’autres maîtres dans la même situation. Un musicien cherche à monter un groupe. Un couple d’adeptes du SM veut trouver une partenaire de jeu. Plus triste, une jeune femme cherche un nouveau co-locataire suite à la disparition tragique de sa compagne d’appartement.
Même si le documentaire a été filmé par des bénévoles recrutés sur craigslist, la qualité technique est de qualité largement professionnelle. Le tout dresse un portrait très distrayant des habitants de San Francisco et de sa région, reflétant la diversité ethnique et culturelle de la Cité près de la Baie, sans jamais tomber dans la caricature, la condescendance ou la méchanceté.
Le DVD inclut beaucoup de contenu supplémentaire, dont près de 4 heures de scènes coupées ou raccourcies, et un entretien avec le réalisateur Michael Ferris Gibson.
24 hours on craigslist, réalisé par Michael Ferris Gibson.
Heretic Films.
83 minutes. 2005.
DVD région 1.
» Acheter sur Amazon.comHarvey Milk est un monument de l’histoire de San Francisco et du mouvement des droits de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre. Comme son titre le suggère, ce documentaire n’est pas une biographie de ce militant qui fut brièvement superviseur de la ville avant d’être assassiné avec le maire George Moscone en novembre 1978, mais une chronique de cet période clé qui représenta une révolution dans la culture américaine, et, à travers les remous qu’elle suscita, le monde occidental.
Natif de Long Island, Milk arrive à San Francisco au début des années 1970. Comme de nombreux homosexuels du reste du pays, il est attiré par la réputation de tolérance et d’ouverture d’esprit de la ville. Il y ouvre un magasin de photo, et rapidement devient une personnalité dans le quartier de Castro, à l’époque encore souvent désigné Eureka Valley (ce nom ne désigne désormais plus qu’un petit bout de quartier mal défini). Il se présente à plusieurs reprises aux élections municipales, sans succès. En 1977, le mode de représentation au Conseil des superviseurs change, et les habitants élisent désormais des représentants de quartier. Harvey Milk est élu cette année-là avec le maire George Moscone. L’année suivante, tous deux sont abattus par un ex-superviseur déséquilibré dans les locaux même de la mairie.
The Times of Harvey Milk retrace non seulement le parcours san-franciscain du militant gay, mais dresse le portrait d’une ville dans les années 70, une période bouillonnante au niveau social, politique et culturel. Il décrit aussi les conséquences de son meutre et son héritage spirituel et politique. C’est un film puissant et brillant qui obtint en 1985 l’Oscar du meilleur documentaire.
À noter que Bryan Singer, le réalisateur des deux premiers X-Men et de Superman Returns, travaille actuellement sur un projet intitulé The Mayor of Castro Street pour Warner Independent Pictures, ayant pour thème l’assassinat de Milk.
The Times of Harvey Milk, réalisé par Rob Epstein.
New Yorker Video.
88 minutes. 1984.
DVD région 1.
» Acheter sur Amazon.com, Amazon.fr
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