Vin : quelle bouteille californienne rapporter en France ?

On me le demande souvent, même si je ne suis pas un expert sur le sujet. Mais c’est une bonne question. Une bonne bouteille est un cadeau ou un souvenir plus personnel qu’un t-shirt. Et après tout, le vin californien ne souffre plus de la mauvaise image qui colla longtemps à ses étiquettes, et il reste mal distribué en France, mis à part la piquette bon marché et les prétentieuses bouteilles d’Opus One qu’on trouve chez Nicolas.

Il n’y a que du bon vin dans la liste ci-dessous, qui répertorie des bouteilles à prix variés (qui sont toutes dans ma cave), mais toutes inférieures à 100 dollars dans leur version 750 ml (taxe non incluse). Les bouteilles choisies ne représentent cependant que la région de Wine Country au sens large, c’est-à-dire les régions viticoles proches de San Francisco (Napa, Sonoma, Mendocino et Santa Cruz). Les millésimes américains voient généralement beaucoup moins de variation que les vins français, bénéficiant de conditions climatiques relativement comparables chaque année et rarement désastreuses, ce qui rend la sélection beaucoup moins problématique.

Pour impressionner

Votre patron vous a envoyé signer un contrat sur Sand Hill Road, ou a financé votre voyage d’étude en Silicon Valley, tous frais payés et suite au Four Seasons à la clé. Une bonne bouteille californienne semble être une bonne idée en signe de remerciement (et ça ne peut pas faire de mal à une promotion éventuelle), et vous ne voulez pas rapporter un vin qui va vous faire passer pour radin ou complètement ignare en la matière.

Si votre budget vous le permet, vous pouvez opter pour l’une de ces bouteilles prestigieuses par un grand nom de la vallée de Napa. En plus, elles ont une histoire — ce qui est toujours un bonus. Les plus chères sont parfois appelées des trophy wines : des vins de prestige, généralement à base de cabernet-sauvignon, dont certains ne sont disponibles qu’en primeur ou chez les cavistes haut-de-gamme. Pas besoin toutefois de claquer 2000 dollars pour une bouteille de Screaming Eagle, il y a des valeurs sûres moins ruineuses et tout aussi respectables.

Beaulieu Vineyard George de Latour Private Reserve

BV

Beaulieu, abrégé BV, est l’un des plus anciens domaines de la vallée de Napa, fondé par le Français Georges de Latour en 1902, qui eut l’initiative d’importer des plants de vigne français pour contrer l’épidémie de phylloxéra qui ravagea les vignobles californiens à la fin du XIXe siècle. Son entreprise prospéra même lors de la Prohibition, le viticulteur ayant cultivé des relations très amicales avec l’archevêché de San Francisco qui lui donna l’exclusivité de la production de vin de messe. BV appartient de nos jours au géant de la boisson Diageo, qui a son siège à Londres.
Le Georges de Latour Private Reserve est le vin de prestige de la marque, un 100% cabernet-sauvignon réalisé à partir de deux des plus vieux vignobles du domaine. J’ai récemment trouvé les millésimes 1991 et 1993 (excellent) chez K&L Wines à Redwood City pour seulement 40 dollars.
Entre 75 et 90 dollars chez Beltramo’s, Bevmo, Costco et K&L Wines.

Quintessa

Quin

Agustin Huneeus est né au Chili, où il a commencé sa carrière de vigneron. Après avoir travaillé dans plusieurs maisons californiennes, il rejoint Franciscan Estates qu’il réinvente et à qui il redonne ses lettres de noblesses. Après quelques années, il vend sa part et fonde son propre domaine, Quintessa (il a depuis lancé un autre domaine en 2006, Faust). Sa femme Valeria est microbiologiste et agronome, et le couple a engagé le vinificateur Charles Thomas. S’il existe une tentative pour définir un terroir à Napa, Quintessa en est l’expression la plus pure : l’exploitation, qui adhère aux principes de la philosophie biodynamique, ne produit qu’un seul vin, qui porte le nom de son vignoble de Rutherford. C’est un vin au style bordelais, à base de cabernet-sauvignon, auquel sont assemblés après élevage en fûts séparés des vins de merlot, cabernet franc, petit verdot et carménère. Le résultat est un cabernet de Napa typique et spectaculaire, aux tanins très riches et à la charpente complexe, qui vieillit très bien et ne se vend quasiment qu’en primeur.
Environ 100 dollars au domaine et à partir de 90 dollars chez les cavistes spécialisés.
Alternatives : Ramey Cabernet Sauvignon “Jericho Canyon Vineyard”, millésime 2004 ou 2005 (environ 90 dollars chez Bottle Barn).

Stag’s Leap Fay Estate Cabernet Sauvignon

Fay

Warren Winiarski est un Américain d’origine polonaise qui appartient à cette génération de viticulteurs californiens qui dans les années 60 et 70 représente les pionniers du vin californien de qualité. Autodidacte forcené, après un apprentissage dans les maisons de la région (notamment chez Robert Mondavi), il achète en 1970 un terrain qu’il plante de cabernet-sauvignon et merlot, gardant les pieds de durif existants. Son millésime 1973 remporta les meilleures notes de la dégustation à l’aveugle organisée par le marchand de vins britannique Stephen Spurrier en 1976. Cette victoire inattendue lui valut même à l’époque des lettres d’insultes de critiques et viticulteurs français. Winiarski s’en remit plutôt bien, puisqu’il a vendu son domaine il y a quelques mois pour pas moins de 185 millions de dollars au groupe UST et à la famille italienne Marchese Antinori.
Attention toutefois : Stag’s Leap Wine Cellars ne doit pas être confondu avec Stag’s Leap Winery, un domaine voisin avec qui Winiarski eut une dispute juridique que les deux parties acceptèrent d’abandonner après des années de procédures. Pour compliquer encore le tout, il existe une appellation viticole Stags Leap District (sans apostrophe), surplombant la vallée de Napa, que les étiquettes des vins produits à partir de vignobles locaux portent également.
Plus abordable que les trophy wines Cask 23 et S.L.V. de la marque, le Fay est un vin 100% cabernet-sauvignon nommé d’après l’un des vignobles du domaine (lui-même portant le nom du légendaire viticulteur Nathan Fay dont le vin inspira Winiarski).
80 dollars au domaine et chez les cavistes spécialisés.

Blackbird Vineyards Proprietary Red Wine

Blackbird

Le vin de merlot souffre d’une mauvaise réputation, principalement à cause de l’abus qu’a été fait de ce cépage par des usines à piquette exploitant ce cépage facile à boire. Le merlot californien bon marché est un peu le gros rouge qui tache américain, sans complexité ni arômes subtils, la bouteille qui fait dire à Miles, le personnage qu’incarne Paul Giamatti dans Sideways (iTunes, Amazon.com, Amazon.fr): I am not drinking any fucking Merlot! Les hectolitres de piquette produite avec ce cépage ont entaché la renommée des vins plus subtils des domaines Chateau St. Jean ou Duckhorn, mais cela n’a pas découragé tout le monde.
Si vous voulez surprendre un amateur de vin qui connaît déjà les grands noms de Napa, rien de tel qu’un cru par l’une de ces boutique wineries, comme on les appelle : il s’agit généralement d’exploitations familiales récentes ou de garagistes passionnés sélectionnant soigneusement leur fruit, à la production souvent limitée à 1000 caisses, voire bien moins.
Blackbird Vineyards est l’une de celles-là : perché sur le district d’Oak Knoll, un versant de la vallée de Napa, le domaine produit depuis 2003 un vin à base de merlot, revendiquant ouvertement les pomerols comme inspiration, se démarquant ainsi de la plupart de ses concurrents, dont les vins sont généralement réalisés principalement à partir de cabernet-sauvignon (le nom de la maison, blackbird, est la traduction approximative de l’archaïque « merlot »). Leur vin se distingue du lot à chaque millésime tout en restant sous la barre des 100 dollars, et on le trouve dans les meilleurs restaurants de San Francisco et de la région de Napa.
Environ 80 dollars chez Beltramo’s (2004) et Golden Gate Wine Cellars (2005).

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Pour éduquer

Vous êtes lassés d’entendre votre pote bordelais ou votre vieux papa ricaner à la mention des mots « vin californien », d’autant qu’ils n’ont quasiment jamais rien goûté qui pourrait y correspondre. Alors bien sûr, la dégustation de vin est incroyablement subjective. Il restera toujours des indécrottables qui refuseront d’admettre qu’un vin du Nouveau Monde puisse atteindre l’excellence d’un premier cru bordelais, même lorsqu’ils sont confrontés à leur propre jugement dans une dégustation à l’aveugle.

Mais si votre public est un peu ouvert d’esprit, les vins suivants sont une bonne initiation à la diversité vinicole de la région de San Francisco sans pour autant se ruiner.

Mayacamas Chardonnay

Mayacamas

Si vous voulez prouver à vos potes français que les Californiens savent faire des vins blancs qui peuvent rivaliser avec la Bourgogne, optez donc pour le vin de chardonnay de Mayacamas Vineyards. Ce domaine est l’une de ces exploitations familiales qui n’ouvrent au public que sur rendez-vous, car leurs viticulteurs-propriétaires, les Travers, préfèrent se concentrer sur leur vin plutôt que vendre des souvenirs à des bus de touristes. Les vignobles tiennent leur nom du massif montagneux où ils sont plantés, la chaîne qui sépare la vallée de Napa de celle de Sonoma. Mayacamas produit principalement un cabernet-sauvignon et un chardonnay, dont la production est limitée respectivement à environ 2000 caisses par millésime. Bob Travers produit son vin de chardonnay suivant des méthodes très traditionnelles : il n’irrigue pas ses vignobles, et n’utilise pas la fermentation malolactique populaire chez de nombreux viticulteurs américains. Le vin est élevé six mois en chêne américain avant un vieillissement d’un an en chêne français. Il le laisse ensuite vieillir en bouteille avant de le commercialiser lorsqu’il l’estime prêt à être bu.
Environ 30 dollars chez K&L Wines (1996 et 2004) et Trader Joe’s (2004).
Alternative : Flowers Sonoma Coast Chardonnay 2006.

Chateau Montelena Estate Zinfandel

Zinfandel

Quoi de plus californien qu’un vin de zinfandel ? Ce cépage est la version américaine du primitivo italien, et ses vins s’accordent souvent très bien à la pizza ou au repas traditionnel de Thanksgiving.
Chateau Montelena est un domaine légendaire de la région de Napa au château pseudo-médiéval, connu pour ses vins depuis les années 70 (il doit sa réputation au travail de Mike Grgich qui en fut l’œnologue avant de fonder son propre domaine). Leurs vins de zinfandel sont classiques et sont très représentatifs des meilleurs zins de la région, au bouquet d’épices et de baies noires et aux tanins explosifs sans être saturés.
Environ 30 dollars chez K&L Wines ou au domaine.

Duckhorn Sauvignon Blanc

Duckhorn

Le sauvignon — appelé ici immanquablement sauvignon blanc — est un cépage dont la popularité en Californie doit beaucoup à Robert Mondavi, qui l’a popularisé sous l’appellation pseudo-française de « fumé blanc », une désignation que d’autres domaines lui ont par la suite empruntée. Les Néo-Zélandais ont certes depuis développé l’art du sauvignon et ont conquis une bonne part du marché américain, mais les Californiens, qui ont développé plusieurs styles de vin de ce cépage (certains rappellent pouilly-fumé ou sancerres, d’autres des graves blancs) ont su perfectionner leur technique.
Duckhorn est un autre grand nom de Napa, connu aussi pour ses vins de merlot. Leur millésime 2006 a reçu un très respectable 90 de la part de Wine Spectator, et comme beaucoup des meilleurs sauv blancs de Napa, il est balancé par 22% de sémillon. Ceux qui aiment les vins blancs aux arômes et saveurs tropicales nuancées d’herbes seront agréablement surpris.
Ce millésime s’est très bien vendu et peut être difficile à trouver.
Environ 25 dollars chez D&M Wines & Liquors (San Francisco).
Alternatives : Robert Mondavi « Fumé Blanc » Reserve 2005, Grgich Hills « Fumé Blanc » Estate 2006, Cakebread Cellars Sauvignon Blanc Napa Valley 2005.

Etude Pinot Noir Carneros

Etude

Les vins de pinot noir californiens ont vu leur prix flamber au cours des dernières années (là encore, Sideways y a contribué). Dans la région de San Francisco, leur fruit est largement représenté sur la côte de Sonoma, où le micro-climat aux brumes océaniques lui convient bien, mais il est aussi présent dans la région de Carneros qui dans ce coin du comté de Napa bénéficie du climat frais de la baie de San Pablo, à tel point que cette appellation est devenue un quasi-synonyme pour ce cépage délicat.
Etude est un domaine de Los Carneros spécialisé dans le pinot noir. Ses bouteilles déçoivent rarement — y compris les amateurs de bourgognes rouges — avec un nez plein d’épices et de fruits rouges, et une charpente solide. Un Carneros classique.
Entre 40 et 42 dollars chez Beltramo’s, Bevmo, K&L Wines ou au domaine.

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Pour étonner

Le vin californien, ça n’est pas que les vins de cabernet-sauvignon de Napa. Wine Country comprend une diversité étonnante de climats, sols, cépages et techniques. Libre à chaque nouvelle génération de viticulteur d’inventer ou de perfectionner une tradition. Certains transplantent une méthode européenne de leur pays d’origine, d’autre créent des assemblages inédits. Tout est permis.

Altamura Napa Sangiovese

Sangiovese

L’héritage viticole de la Californie est varié, et les Italiens y tiennent une part non négligeable. Depuis plusieurs années, les cépages italiens gagnent du terrain à Napa et ailleurs, et de nombreux domaines produisent des vins souvent inspirés de ces supertoscans, ces vins appartenant à la catégorie Indicazione Geografica Tipica qu’affectionnent particulièrement les consommateurs américains.
Ce vin 100% sangiovese est le produit de vignobles de Wooden Valley, un coin isolé de Napa où siège Altamura, un domaine plébiscité notamment par le très controversé critique Robert Parker.
35 dollars chez Beltramo’s et K&L Wines.

The Prisoner

Prisoner

Quand Orin-Swift met le premier millésime de ce vin à l’étiquette mystérieuse sur le marché en 2002, il prend tout le monde par surprise. Cet assemblage original à base de zinfandel offre un nez fort en épices, une charpente surprenante et un fini velouté. Le bouche à oreilles en fait un succès commercial, et dès que Wine Spectator lui attribue une note prestigieuse, le prix de la bouteille augmente pour se stabiliser désormais légèrement au-dessus des 30 dollars (le magazine a également classé le millésime 2005 à la dix-septième place de son top 100 de l’année 2007). The Prisoner est en général très apprécié par les amateurs de zinfandel ou de vins italiens ou espagnols, et se boit en général assez jeune.
Orin-Swift vient par ailleurs de mettre sur le marché le premier millésime de son Papillon, un assemblage de style bordelais vendu un peu plus de 50 dollars, qui est lui aussi en passe de devenir un vin culte.
Entre 25 et 35 dollars chez Beltramo’s, Dean & Deluca, Golden Gate Wine Cellars, K&L Wines, Bottle Barn et The Wine Shop (Mendocino et Healdsburg).
Alternatives : Atrea Old Soul Red, Ridge Geyserville.

Le Cigare Volant

CV

Randall Grahm est une personnalité particulière dans la viticulture californienne. Ce diplômé de lettres se découvrit une obsession pour le pinot noir et les vins du Rhône, et retourna en fac pour étudier l’horticulture. Son domaine Bonny Doon Vineyard, dans les monts Santa Cruz, produit toute une gamme de vins — rouges, blancs, rosés et doux — et met un point d’honneur à tous les sceller d’une capsule à vis.
Le Cigare Volant, nommé d’après les OVNIs du Vaucluse popularisés par Jean-Claude Bourret pendant les années disco, n’y fait pas exception. C’est un assemblage de syrah, mourvèdre et grenache inspiré des châteauneuf-du-pape rouges, jusque dans le design et la forme de la bouteille (armes pontificales en moins). Une curiosité sympathique et agréable.
Environ 30 dollars chez BevMo et Trader Joe’s.

Roederer Estate L’Ermitage Brut

Roederer

Le champagne californien reste encore trop souvent en dehors de la Californie synonyme de mousseux bon marché. C’est oublier que depuis les années 80, les Français ont contribué à réhausser les standards en important leurs cépages, leur technologie, leur savoir-faire mais aussi leurs noms en Californie et ont su produire des méthodes traditionnelles ou champenoises pouvant rivaliser avec les grands noms de Reims ou d’Épernay.
Piper-Heidsieck, Mumm, et Moët & Chandon ont désormais tous des opérations en Californie (certains produisent désormais également des vins pétillants en Amérique du sud), et Roederer ne fait pas exception. Alors que les autres maisons de champagne françaises ont opté pour Napa ou Sonoma, Roederer Estate est situé dans Anderson Valley, une sous-région du comté de Mendocino creusée par Navarro River et Russian River. Le climat y est typique, baigné de soleil dans la journée, tempéré par l’air océanique, avec des nuits fraiches. L’Ermitage est la tête de cuvée du domaine, un millésime 2000 assemblé avec 53% de chardonnay, 47% de pinot noir et le reste de vin de réserve.
Entre 35 et 45 dollars chez Beltramo’s, Bevmo, Costco, K&L Wines ou au domaine.
Alternative : Iron Horse Wedding Cuvée 2004.

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